Investir dans la pierre : valeur refuge? Reviewed by GBNews-Reporters on .  2ème partie - Gestion de fortune - Compte-rendu rédigé par David Maseda M. Michel Juvet, Associé, Bordier & Cie Porteur d’une licence HEC de l’Université d  2ème partie - Gestion de fortune - Compte-rendu rédigé par David Maseda M. Michel Juvet, Associé, Bordier & Cie Porteur d’une licence HEC de l’Université d Rating: 0

Investir dans la pierre : valeur refuge?

 2ème partie – Gestion de fortune – Compte-rendu rédigé par David Maseda


M. Michel Juvet, Associé, Bordier & Cie

Porteur d’une licence HEC de l’Université de Genève, depuis 1995 chez Bordier & Cie, Banquiers Privés, en qualité de directeur de la recherche et directeur de la gestion de fonds, associé chez Bordier & Cie dès le 1er janvier 2012.

 

Et si c’était le moment de prendre des risques ? 

 

“On accuse souvent les banquiers de vivre dans un monde totalement irréel. Mais aujourd’hui, c’est le monde de l’immobilier qui m’apparaît comme irréel, avec des performances absolues incroyables, des rendements annuels que l’on n’a plus connus dans notre métier depuis de nombreuses années. Et en effet, au vu des scénarios économiques actuels, on me pose souvent la question suivante : est-ce que l’immobilier est une valeur refuge dans la gestion de fortune ? »

 

Récession au niveau mondial

 « Avant de répondre à cette question, il est important d’évoquer la situation économique. La tendance est au pessimisme ; la récession mondiale est déjà là et la Suisse va certainement entrer en récession durant le prochain trimestre. D’une manière générale, la situation d’endettement élevé que l’on a connue depuis de nombreuses années ne va pas pouvoir continuer. Il va falloir se désendetter ; la croissance mondiale sera moindre et, par conséquent, la croissance suisse sera faible.

Par conséquent, bienvenue dans un monde sans « road map » et sans boussole… peut-être même sans pilote !  Autant dire que la navigation devient délicate !

L’enjeu est le suivant : y a-t-il encore des actifs refuges quelque part dans le monde financier ? A moins que la vraie question à se poser soit la suivante : malgré un environnement poussant au pessimisme, ne serait-ce pas le moment de prendre certains risques dans certains actifs ? Sur ce point, je vais évoquer avec vous différentes possibilités.»

 

Comment va le monde…

« En quelques mots, voici comment va le monde :

 

Quels refuges ?

 Refuges obligataires

« Depuis les années 80, les rendements étatiques sur une échéance de 10 ans sont au plus bas, aussi bien sur les obligations américaines que suisses, respectivement 2% et 0.5%. Avec un taux d’inflation égal ou supérieur à ce rendement, on aboutit plutôt à un rendement négatif : chaque année vous perdez de l’argent en terme réel. Par conséquent, on ne saurait considérer ce genre de rendement ridicule comme une valeur refuge.

 

Dans le monde obligataire, regardons où il y a peut-être de l’intérêt … sur les rendements des obligations grecques, portugaises et italiennes parce qu’elles sont à 21% ou 15% ? Mais il est en réalité sans intérêt, puisqu’il comporte un risque de défaut de paiement, de perte d’argent. Ces pays pourraient sortir de la zone Euro, avec la conséquence que des créances aujourd’hui en euros se convertiraient en drachmes ou en lires. Ce n’est donc pas intéressant non plus.

Regardons maintenant les obligations du gouvernement allemand. Le  Bund a constitué un refuge, beaucoup de monde s’est précipité sur ces obligations. Mais aujourd’hui, l’évolution du rendement réel du Bund après l’inflation fait qu’on a depuis peu des rendements négatifs même en Allemagne. Là non plus, il ne s’agit pas d’une valeur refuge, puisqu’on risque de perdre de l’argent en terme réel.

On observe même un phénomène nouveau depuis quelques semaines: alors que, traditionnellement, les courbes des rendements des obligations allemandes et de la Confédération suisse ont évolué en parallèle – en raison d’un niveau de qualité quasiment identique que les investisseurs ont tendance à privilégier quand les choses vont mal – les taux sur les obligations allemandes ont légèrement remonté alors que les taux suisses sont en baisse. La raison en est la suivante : le marché financier commence à se dire que tout ces problèmes européens finiront par être sauvés par l’Allemagne ; les coûts de financement seront très importants pour l’Allemagne, il est donc normal de voir les rendements obligataires remonter.
Dans ce cas précis, il n’est pas très intéressant d’acheter des obligations allemandes maintenant, car les taux réels actuels sont négatifs. Les prévisions des taux pour le futur peuvent encore remonter. »

 

Refuge devises

« Qu’en est-il des devises ? Peuvent-elles constituer un refuge ?

Commençons par le dollar, avec deux périodes très différentes (QE1 fin 2007 et QE2 début 2010), où la banque centrale américaine a décidé d’imprimer de la monnaie pour faire remonter son bilan dans le but de relancer la croissance économique. Cette décision a surtout eu un effet sur la monnaie, puisque le cours du dollar descend à chaque fois lors de ces programmes de relance économique par une augmentation du bilan de la banque centrale américaine.

Aujourd’hui,  il est vrai que l’économie américaine se porte plutôt bien, mais les décisions de l’Etat sur une éventuelle relance ou pas pourraient être négatives pour le dollar. Par conséquent, nous n’avons pas envie de nous positionner sur une monnaie dont les perspectives sont hautement relatives. Notons que l’Euro finira probablement de la même manière si la banque centrale européenne accepte finalement ce que tout le monde lui demande, c’est-à-dire d’augmenter la taille de son bilan, avec pour conséquence une faiblesse de l’Euro comparable a ce qu’a connu le dollar.

Ces devises ne constituent donc pas des placements refuges, mais plutôt à hauts risques, avec un potentiel de baisse assez substantielle.

Pour ce qui concerne les francs suisses : nous n’avons plus des francs suisses mais des Euros.  Depuis juillet 2011, il a beaucoup baissé. On ne peut donc pas parler de franc fort. Il ne montre pas beaucoup d’intérêt ; il ne va pas remonter, étant contrôlé par la BNS.

Cela confirme donc que les devises ne sont pas intéressantes en tant que valeurs refuge. »

 

Refuge Or

« L’or garde un certain attrait. Cependant, une valeur refuge, c’est surtout quand ce n’est pas cher. Le prix de l’or, qui n’est pas soumis à des manipulations des banques centrales, garde ce côté refuge, mais en même temps son prix reflète bien des mouvements émotionnels et spéculatifs difficiles à prévoir. Je dirais que l’or à 1’000 usd/once serait un vrai refuge. »

 

Refuge Cash

« De plus en plus de clients veulent garder du cash dans leurs portefeuilles. Mais le cash a aussi ses inconvénients : d’une part, les garanties de dépôts sont limitées à un montant (au-delà, on est lié au risque de la banque où l’on a déposé cet argent) ; d’autre part, même si un dépôt cash dans une banque peut paraître une bonne solution,  il est lié au risque de solvabilité de la banque détentrice du dépôt. »

 

Refuge Alternatif

« Non seulement les performances des fonds alternatifs (hedge funds) ne sont pas intéressantes, voire décevantes, depuis plus d’une année, mais de surcroît on risque d’avoir de la peine à retirer son argent (problème de « gate »). Par conséquent, on ne peut pas les considérer non plus comme des valeurs refuges. »

 

Refuge Immobilier

«Pour l’immobilier, prenons l’exemple de Verbier, entre 2000 et 2010, que l’on compare avec  les prix de l’immobilier à Miami ou sur les côtes espagnoles. On constate que Verbier a fait fort, et même très fort, mais sa taille n’est pas comparable avec celles d’autres villes ou d’autres pays. Il s’agit d’un effet spécifique à ce site privilégié, très spécialisé, à cette « niche » qu’est Verbier.

En l’espace de dix ans, on se doit de constater que l’immobilier n’est pas une valeur refuge. »

 

Refuge  Actions

«Revenons-en à la première remarque de ce débat : et si c’était le moment de prendre des risques ?
Oui, probablement. Avec du courage, on commence à voir apparaître de la valeur dans le marché des actions. Les actions constituent un refuge lorsqu’elles ne sont pas chères.

Il est  intéressant de voir qu’en Allemagne les cours des actions sont comparables à ce qu’ils étaient il y a environ 30 ou 40 ans. Notamment, les cours des actions des banques allemandes sont fortement dépréciés, en raison des problèmes d’endettement ; les actions sont moins chères que celles des banques américaines même au plus fort de la crise des subprimes.

Quand on parle d’actions, il faut s’intéresser aussi au rendement des dividendes ; sur le marché suisse, on observe un rendement moyen de 3.50%, très intéressant et bien réel avec une inflation suisse proche de 0%.

Mentionnons enfin des secteurs-clés pour le développement économique et où il me semble y avoir encore une certaine  valeur refuge : les matières premières telles que l’énergie et l’agriculture.»

En conclusion, Michel Juvet nous invite à garder à l’esprit que « derrière les actions, il y a des entreprises et des dirigeants qui font tout pour que leurs entreprises gagnent de l’argent». Selon lui, les actions de bonne qualité dans les bons secteurs ont donc une réelle capacité à traverser les crises tout en restant saines et sauves.

 

 

 

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