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Portrait métier : formatrice pour adultes

Jeanne Doe [1]*, formatrice pour adultes et collaboratrice dans le domaine de la réinsertion professionnelle, nous a accordé de son temps pour nous parler de son métier.

Pourriez-vous nous parler de votre parcours professionnel et ce qui vous a amené à devenir formatrice pour adultes ?

J’ai toujours plus ou moins été active dans le domaine de la formation pour adultes. Au départ, je me disposais à faire de la recherche, car c’est ce que j’ai toujours voulu faire. J’ai donc fait en France un DEA (diplôme d’études approfondies, ndlr) en sciences des matériaux. Mais cet environnement complètement clos de la recherche ne me suffisait plus. J’ai donc fait un DESS (diplôme d’études supérieures spécialisées, ndlr) dans la gestion industrielle de la qualité. J’ai alors commencé à faire de la formation dans des industries, des ateliers, et du conseil dans ce domaine. En fin de compte, je fais de la formation pour adultes depuis presque le début de ma carrière. A l’époque, nous étions des formateurs autodidactes et c’est encore souvent le cas. Je vis à Genève depuis une dizaine d’années. J’ai eu de la chance de pouvoir retrouver du travail dans le système qualité, dans une petite entreprise, qui en même temps offrait du conseil aux entreprises et des sessions de formation collectives. Notre tâche était de former l’ensemble du personnel d’une entreprise aux notions de qualité, d’expliquer un système qualité, les procédures, à quoi elles servent, etc. Dans cette petite structure, j’étais « responsable de la formation » : je gérais toute l’organisation administrative de la formation. J’y ai travaillé pendant deux années. Ensuite, j’ai travaillé quatre ans en tant que conseillère en personnel à l’Office cantonal de l’emploi (OCE) avec qui nous collaborions. Enfin, je suis entrée dans cette structure de réinsertion professionnelle.

Quel est votre rôle au sein de ce programme de réinsertion professionnelle ?

Je travaille comme formatrice pour adultes et j’anime un certain nombre de formations du cursus suivi par nos participants. J’anime par exemple la première journée consacrée à l’accueil des nouveaux participants, qui permet de connaître les personnes et de leur expliquer notre programme. Mais j’interviens principalement sur la partie de la formation basée sur le principe de l’étude de marché en vue de la réinsertion professionelle. Enfin, il m’arrive de remplacer mes collègues formateurs et aussi d’avoir dans des cas bien spécifiques le rôle de « répondant », soit de personne de référence et qui suit individuellement les participants.

Avez-vous passé le Brevet Fédéral de Formation pour adultes ?

Oui, en deux ans. C’est beaucoup de travail, même en étant employée à temps partiel, car le Brevet est nettement plus difficile à passer que le Certificat. Mais j’étais motivée à le faire, car je voulais avoir une vision plus globale de mon métier, savoir comment faire évoluer les contenus des formations. C’est plus intéressant.

Pourriez-vous nous décrire en quoi consiste l’activité de formateur pour adultes ?

Il faut tout d’abord connaître son sujet et rechercher des informations sur son futur public avant de démarrer une formation. En ce qui me concerne, je vais voir les répondants des participants individuellement et j’essaye d’obtenir un minimum ou un maximum d’information, selon. En effet, le risque est d’avoir des idées reçues sur les gens. Ici, les formateurs sont interchangeables : ils suivent donc une trame commune. Ensuite, chacun travaille à sa manière et choisit l’approche pédagogique qu’il va utiliser. Nos exercices sont également prédéfinis. Mais, nous avons à disposition une « boîte à outils », que l’on peut être amené à utiliser en fonction du public, du nombre de participants, etc. Ce travail d’adaptation est difficile au tout début. Puis, avec le temps, on se sent la liberté de changer.

Généralement, lorsqu’on pense à l’enseignement, c’est l’image du maître d’école qui vient à l’esprit. Quelle est la différence avec un formateur pour adultes ?

La différence c’est l’obligation de tenir compte de la « matière » qu’amène chaque apprenant, de son vécu d’adulte, afin de créer une interaction. Il faut individualiser son discours, présenter les éléments de votre enseignement à chacun de manière personnelle, pour que cela soit plus parlant pour la personne. Je conseille par exemple à une personne en démarche-réseau d’aborder les gens en disant qu’il est en train de faire une reconversion, ou j’encourage quelqu’un qui prévoit de faire une formation d’aborder les gens du réseau professionnel en disant : « Je prévois de faire une formation et j’aimerais rencontrer des gens dans ce domaine-là. » En théorie, l’apprentissage des adultes passe par l’interaction, par l’échange d’expériences, car, en termes de raisonnement, vous ne pouvez pas imposer quelque chose à un adulte. Vous devez d’abord identifier comment il raisonne, comprendre, dans mon cas, ce que signifie la démarche réseau pour lui. Il faut alors « déconstruire » ce qui ne va pas et remplacer par une « construction » qui aille dans le sens où vous voulez l’amener.

Peut-on être formateur pour adultes dans un autre contexte que le vôtre, le domaine du social par exemple?

Oui, tout à fait. On peut, par exemple, enseigner l’anglais dans une école de langues en s’adressant à des adultes. « Formateur pour adultes » est une appellation relativement générale.

Pour devenir formateur pour adultes, faut-il passer le Certificat FSEA 1 ?

Selon moi, oui. Aujourd’hui, ce certificat est devenu quasi indispensable et pour avoir le droit de le passer, il faut avoir enseigné un certain nombre d’heures et /ou être en train d’enseigner, même de manière occasionnelle. Ce certificat est aujourd’hui la référence, car les organismes de formation qui veulent obtenir le label EduQua (le label suisse de qualité spécifique aux institutions de formation continue) [3]ont l’obligation d’avoir des formateurs ayant obtenu le FSEA1 ou prêts à le passer, parfois à leurs frais. Donc, pour des questions de facilité, les écoles et autres organismes de formation ont tout intérêt à embaucher un formateur FSEA1. Ce certificat est notamment connu des entreprises privées, ce qui m’a étonné lorsque j’ai fait une étude de marché dans l’industrie horlogère. Par conséquent, si elles cherchent un formateur, elles vont demander que celui-ci soit certifié FSEA1. C’est devenu une sorte de gage de qualité. En revanche, s’il y avait pénurie de formateurs sur le marché, je pense qu’obtenir ce certificat ne serait pas nécessaire.

Selon vous, au niveau du marché de l’emploi, est-ce que formateur pour adultes est une profession en expansion ?

Oui, mais la concurrence est grande, car il existe peu de postes et pas de postes fixes. Pour se différencier, sortir du lot, il vaut mieux pour un formateur se spécialiser. Par exemple, typiquement, il manque des personnes qui pourraient former à l’anglais dans le domaine juridique. Les entreprises recherchent donc ce type de formateurs spécialisés.

De quelles compétences faut-il faire preuve selon vous pour être un bon formateur pour adultes ?

Depuis que j’évolue dans le secteur de la formation j’ai appris qu’il n’y a pas deux formateurs d’adultes identiques. Dans un tel métier, il est important de savoir quelles sont ses forces et ses faiblesses. Il faut d’une part utiliser ses forces pour transmettre la matière enseignée, et d’autre part utiliser les outils appris pour corriger ses faiblesses. Par exemple, moi je suis trop gentille, c’est-à-dire que je peux me faire « manger » par mon groupe et j’ai des outils pour ne pas me laisser faire, sinon c’est tout le groupe qui en pâtit. En termes de savoir-faire, il faut bien connaître la matière enseignée, ce qui n’est pas si évident. Celle-ci d’ailleurs s’enrichit grâce à l’interaction. Il faut aussi rester à jour et passionné par notre enseignement. Pour cela, on peut passer par la formation continue.

Ensuite, il faut connaître les outils pédagogiques, les principes de communication et avoir un minimum de psychologie liée à celle-ci. Comme savoir-être, il est nécessaire d’avoir envie de transmettre quelque chose, mais aussi d’écouter ce que les autres peuvent apporter. Le sens de l’organisation est essentiel pour un formateur qui doit préparer un cours, gérer son temps, etc. Mais, il doit savoir sortir de cet aspect « organisationnel », selon les attentes et les besoins du moment : être flexible, tout en gardant toujours en mémoire l’objectif du cours. Il est alors possible de s’arrêter quand la discussion va trop loin et sort du cadre. Un autre exemple est de se dire « aujourd’hui, on change l’objectif initial du cours » en fonction de la demande et offrir un autre cours.

Enfin, le plus difficile selon moi c’est d’être capable de se remettre en question, c’est-à-dire après chaque action de formation s’interroger sur ce qui était bien, ce qui ne l’était pas, ce qui peut être amélioré, etc. Pour y arriver, le mieux est de demander un « feedback » aux participants d’un cours et, si celui-ci est pertinent, d’en tenir compte.

Que vous apporte cette activité ?

La variété m’intéresse beaucoup. Ici c’est toujours un peu différent, avec des besoins et des parcours différents et des surprises à chaque fois. Mais, du point de vue professionnel, ce qui me plaît vraiment c’est le travail d’équipe. Je ne suis pas formatrice toute seule dans mon coin et j’aime cela. Il existe un vrai travail d’équipe autour de chaque participant. La collaboration est indispensable et est tout bénéfice pour les participants. Du point de vue plus personnel, le plaisir ici c’est la vie après le cours. En effet, je vois les participants aussi en dehors de la période de formationet je peux donc entendre parler de ce qui a fonctionné, ce qui n’est pas allé après la période de contrat. Voir les participants évoluer pendant votre formation est une réelle satisfaction pour moi. Mais, ici j’ai aussi la chance de les voir évoluer après. Je constate alors que je ne suis qu’un maillon de la chaîne, ce qui me donne une certaine humilité.

Pour conclure, pensez-vous que le marché de la formation pour adultes à Genève est en expansion ou au contraire bouché ?

Il est en pleine expansion grâces aux nombreux accords européens. Pendant ma formation, je me suis rendue compte que les décisions sont politiques et économiques. Aujourd’hui, la richesse de l’Europe n’est plus sa main-d’œuvre, mais sa matière grise. Il est donc nécessaire d’augmenter la qualification de l’ensemble de la population active européenne, si on veut que celle-ci reste concurrentielle. Les Accords de Bologne, c’est-à-dire une uniformisation au niveau des universités européennes, sont un exemple d’une volonté politique d’augmenter la qualification de l’ensemble des travailleurs européens. À Genève, l’Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue (OFPC) se bat dans le domaine de la validation des acquis par un diplôme.

Tout ceci va dans la même direction : former de plus en plus. Et les entreprises vont devoir le faire aussi. C’est pourquoi la formation continue dans les entreprises doit devenir une priorité. Lors de crises économiques, comme celle d’aujourd’hui, les premiers budgets coupés sont ceux de la formation, de la publicité et du conseil. Néanmoins, la tendance actuelle est d’augmenter la qualification de l’ensemble de la population du point de vue professionnel, car il y a un manque de personnel techniquement très qualifié, mais aussi très qualifié en termes de management et de domaines similaires.

Interview : Margarita Galan, Alessandro De Gregorio

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[1] *Nom d’emprunt

[2] La Fédération suisse pour la formation continue (FSEA) est l’organisation faîtière pour la formation continue en Suisse. Elle a créé un Brevet fédéral de formateur / formatrice, dont le premier niveau est appelé Certificat FSEA 1. Ce dernier, reconnu au niveau national est donc la qualification de base en formation d’adultes. On ne peut accéder au deuxième niveau, le Brevet, sans avoir acquis le FSEA 1. Pour plus d’information, consultez le site internet www.alice.ch.

[3] Pour plus d’information sur les labels de certification, veuillez consulter le site web www.proformations.ch

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