Equilibre entre vie professionnelle et vie privée
Comment définissez-vous l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée ?
LA POSTE : L’équilibre optimal entre vie professionnelle et vie privée est une question de mode de vie individuel et de priorités; il ne peut pas être calculé d’après une formule mathématique. Il est affaire de satisfaction, de bonheur et de capacité à réaliser ses attentes personnelles, ses propres rêves, les objectifs que l’on s’est fixés. Dans certains cas, une personne qui travaille beaucoup peut se sentir davantage en harmonie avec elle-même qu’une autre moins intensément active. Réussir à accorder travail et vie privée selon ses besoins du moment a des conséquences positives: on se sent mieux, plus épanoui et moins stressé. Mais l’équilibre n’est pas acquis une fois pour toutes ; c’est un processus qu’il faut entretenir.
LE CERN : Un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée est atteint lorsque chacun estime, aussi bien l’employeur que l’employé, que le curseur est au bon endroit. Dès lors, il est possible de s’épanouir et de se développer professionnellement.
Cet équilibre peut varier au gré de certaines étapes-clés de notre vie. Ainsi, en entrant dans la vie active, l’employé aura plutôt tendance à privilégier son développement professionnel. Mais au moment de fonder une famille, il est primordial que l’employeur puisse offrir à l’employé des solutions assez flexibles pour faciliter cette nouvelle situation. Cette flexibilité est déterminante dans la gestion des priorités qui se présentent au fil d’une vie et d’une carrière professionnelle.
LE CSEM : Si la vie professionnelle laisse du temps à la vie personnelle, c’est un équilibre vital qui peut ainsi être préservé. Il ne faut jamais oublier que nous sommes à la fois une personne avec son individualité et un employé dans le cadre d’une entreprise.
Mme Anne-Sylvie Catherin, cheffe du département des Ressources humaines du CERN. @ Patrick Préperier pour GBNews
En quoi cet équilibre est-il important dans une entreprise, et plus particulièrement dans la vôtre ?
LA POSTE : Avec 60 000 employés, La Poste Suisse a besoin de collaborateurs en bonne santé, motivés et performants. C’est une question de responsabilité sociale, ancrée dans la politique de l’entreprise. L’équilibre entre vie privée et vie professionnelle figure parmi les objectifs centraux de la politique du personnel de La Poste. Parce qu’elle s’intéresse à la santé de ses employés, et à leur développement professionnel, La Poste leur fournit les conditions nécessaires pour trouver un équilibre entre travail et temps libre. Elle leur propose des modèles de temps de travail modernes : horaires de travail mobiles, temps partiel, annualisation du temps de travail, job sharing, voire télétravail lorsque cela est possible.
LE CERN : Cet équilibre joue un rôle important dans la motivation et l’engagement du personnel envers l’entreprise. Si cet équilibre n’est pas respecté, l’employé peut alors se trouver soumis à des tensions, avec le risque de ne pas pouvoir fournir le meilleur de lui-même. Dans ce domaine, je considère que tout est basé sur la confiance. Il est par ailleurs important d’établir clairement les priorités. Si l’on demande à une personne de travailler sur un projet pendant un certain temps, avec un investissement particulièrement important, il est essentiel que cela n’apparaisse pas comme une corvée ou une obligation univoque et que l’employeur puisse se montrer, lui aussi, flexible à d’autres moments de la vie professionnelle.
Actuellement, une nouvelle génération – dite génération Y – se profile, qui n’est plus dans une logique de fidélisation à un employeur tout au long d’une carrière. Elle exprime d’autres attentes en termes d’équilibre entre travail et famille. Aussi, si l’on veut attirer les meilleurs talents, il est nécessaire d’en tenir compte.
LE CSEM : Nous engageons des personnes avec des compétences et non pas des automates. C’est pourquoi un tel équilibre a toute son importance. La vie privée et affective a aussi son influence sur l’attitude d’une personne dans son travail. Les employés sont la source vive d’une entreprise. Par conséquent, nous leur devons de la considération quant à leurs situations de vie. Cela fait partie intégrante de notre stratégie. Par exemple, nous faisons en sorte de répondre aux attentes d’une jeune femme ingénieur qui vient d’avoir son premier bébé et qui demande à travailler à temps partiel. Nous respectons son souhait de poursuivre son activité professionnelle tout en ayant une vie familiale épanouie. En adaptant son taux d’activité, nous pourrons garder ses compétences au sein de l’entreprise. Beaucoup de nos employés, hommes et femmes, y cmpris des cadres, sont à temps partiel. Cette formule réduit considérablement le stress occasionné par les horaires ou les déplacements entre le travail et les crèches ou les écoles. Tout le monde y gagne en efficacité, les employés comme l’entreprise.
Quels sont les facteurs, au sein de votre entreprise, qui nécessitent la prise en compte d’un tel équilibre ?
LA POSTE : Cet équilibre est un aspect essentiel du succès à long terme de l’entreprise. Les collaborateurs préservent ainsi leur santé, ils sont de meilleure humeur et plus motivés. Ils sont aussi moins souvent absents. L’entreprise retire donc aussi bien des avantages de son engagement.
LE CERN : Il s’agit de recruter et de retenir les meilleurs talents. Notre domaine d’activité est la recherche. Or, pour les chercheurs, la ligne de partage entre la vie professionnelle et la vie privée est un peu différente de ce qui peut exister ailleurs, ce qui a beaucoup d’effets positifs et s’est révélé un facteur clé de notre succès au fil du temps. Cependant, il convient d’être vigilant afin que cela n’entraîne pas de comportements excessifs. Nous gérons également de gros projets et nous n’avons pas constamment le même niveau d’activité, ni la même nature d’activité. Il est donc important de maintenir le personnel motivé tout au long des phases d’un projet.
Quelles sont les dispositions mises en place par votre entreprise concernant la flexibilité du temps et du lieu de travail ?
LA POSTE : En plus du télétravail en mode alterné, du temps partiel et du job sharing, nos salariés ont la possibilité de changer de lieu de travail si les besoins de l’exploitation le permettent. Les activités qui se prêtent au télétravail sont celles pouvant être effectuées de manière autonome et n’ayant aucune incidence sur le fonctionnement de l’entreprise. La Poste met à la disposition de ses collaborateurs l’infrastructure technique nécessaire (matériel, logiciels, installation, assistance). Cette solution permet au collaborateur de gérer de façon plus autonome son temps de travail et de mieux concilier vie professionnelle et vie privée (carrière, formation continue, vie de famille, activités sportives). La Poste est ainsi un employeur attractif sur le marché du travail. Quant à la flexibilité du temps de travail, en 2010, 48 % de l’ensemble des collaborateurs de La Poste en Suisse travaillaient à temps partiel, autrement dit avec un taux d’occupation inférieur à 90%, dont un nombre croissant d’hommes (24,5 %). La proportion de cadres à temps partiel est de 11 % (6,6% chez les hommes et 3,9% chez les femmes).
LE CERN : Nous offrons la possibilité de travailler à temps partiel. En termes de gestion du temps de travail, nous disposons d’un programme de « congés épargnés » qui permet aux salariés d’acheter des jours de congés supplémentaires sous forme de tranches et de les utiliser à court terme. Quatre tranches sont proposées, la première équivalant à 1.5% du salaire et donnant droit à 5.5 jours congés. Chaque tranche supplémentaire coûte 2.5% du salaire, jusqu’à un maximum de 9% correspondant à 22 jours de congés supplémentaires. Ce système est très apprécié par les jeunes parents, et de plus en plus par les pères, qui en profitent pour passer leurs mercredis après midi avec leurs enfants ou pour avoir davantage de vacances pendant la période estivale.
Il est également possible d’effectuer des horaires décalés, selon un horaire personnalisé, pour autant que cela soit compatible avec les besoins du service. Nos heures de travail de référence sont de 8h30 à 17h30 mais une personne peut commencer à 7h30 et partir à 16h30.
Pour ce qui est de la flexibilité du lieu de travail, il est possible d’effectuer du télétravail, limité pour l’instant à une journée par semaine (une journée complète ou deux demi-journées). Ce système fonctionne relativement bien dans la mesure où il reste compatible avec les besoins du service ; il est réévalué tous les six mois en fonction des résultats escomptés. De temps en temps, des dérogations sont accordées par la direction générale afin d’augmenter le nombre de jours de travail à domicile, notamment pour des raisons médicales.
Les innovations technologiques ont également permis le développement d’interventions à distance du lieu de travail. Auparavant, les opérateurs et les techniciens devaient se déplacer à chaque fois qu’un problème technique se présentait. Maintenant, de plus en plus de problèmes peuvent être résolus à distance. Les personnes restent joignables grâce à un système de piquet.
LE CSEM : Nous accordons une grande flexibilité en ce qui concerne le temps de travail, par exemple quant à l’heure d’arrivée sur le lieu de travail le matin. Les collaborateurs s’organisent sur la base d’objectifs individuels. Un temps partiel peut se répartir de diverses manières sur une semaine. Une personne engagée à 100% peut aussi effectuer une journée ou deux de travail à domicile. La mise en place du télétravail est une expression de la confiance que nous manifestons à l’égard de nos collaborateurs. Chaque situation est discutée. Le travail à distance peut par exemple se mettre en place pour des raisons géographiques : une personne habitant Lausanne et qui devrait se rendre quotidiennement à Neuchâtel. Les raisons peuvent également être familiales, par exemple la volonté d’un père d’être plus présent auprès de ses enfants et de mieux soutenir son épouse. Chaque situation est particulière et doit trouver sa solution. Nous avons fait le choix d’oser la mise en place de ce type de démarches, et nous sommes attentifs au feedback de l’employé afin de savoir si la situation lui convient. En tant qu’employeurs, nous observons aussi si cela fonctionne de manière adéquate en termes d’organisation du travail. Aujourd’hui, une trentaine de nos collaborateurs pratiquent le télétravail : des hommes, des femmes, certains managers. Il n’y a pas de critères établis, cela se met en place au cas par cas.
La Poste emploie 60 000 collaborateurs. @ D.R
Quels sont les aides ou services particuliers que vous proposez à vos salariés ?
LA POSTE : Nos employés bénéficient de bons du personnel, de locations de logement de vacances à des tarifs préférentiels, d’un abonnement CFF à demi-tarif (un abonnement général pour les apprentis) ou encore de conseils du service social en cas de difficulté. Par ailleurs, dans les villes de Genève, Lausanne, Berne, Bâle, Lucerne/Kriens et Zurich, la Poste propose 74 places de crèche réservées aux enfants de ses collaborateurs, ce qui correspond à l’accueil de près de 150 enfants et couvre en grande partie les besoins exprimés par nos collaborateurs. De plus, en 2010, la Poste a participé aux frais d’accueil extra-familial des enfants à hauteur de quelques 650’000 francs. Nous proposons par ailleurs diverses formations dans des domaines aussi variés que la gestion du stress, les dépendances, le mobbing ou la résolution des conflits. D’autres mesures concernent avant tout la gestion de la santé, avec des effets sur l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle : promotion du sport (notamment l’action « Bike to work »), encouragement à une alimentation équilibrée ; actions particulières en faveur de la santé dans certaines unités de l’entreprise en fonction des besoins (par exemple : intervention de physiothérapeutes dans les centres de tri des colis) ; lutte contre les dépendances ; prévention des accidents.
LE CERN : Du fait que nous sommes une organisation intergouvernementale, notre personnel n’est inscrit ni à la LAMal, ni à l’AVS. Nous offrons notre propre système d’assurance maladie. Notre personnel bénéficie également d’allocations familiales qui sont désormais maintenues en totalité, même en cas de travail à temps partiel. Nous avons aussi beaucoup de clubs sportifs ou culturels au sein de notre Organisation (ski, voile, etc..) ce qui permet par exemple à nos salariés de pratiquer le yoga durant la pause de midi sans devoir se rendre en ville.
LE CSEM : Nous offrons certaines prestations financières, notamment une participation au paiement de l’assurance maladie. Nous avons une crèche d’entreprise, avec des horaires souples pour faciliter le quotidien de nos collaborateurs et leur éviter des déplacements. Des congés spéciaux de trois jours normalement rémunérés- sont une autre prestation très appréciées des employés qui ont des enfants. Nous considérons comme normal que dans certaines situations particulières, nos collaborateurs n’aient pas la tête au travail. En place depuis plus de dix ans, cette prestation n’a jamais occasionné d’abus, les employés ne l’utilisant que lorsque le besoin se présente. Ils savent qu’en cas de souci dans leur famille, ils n’ont pas à culpabiliser en restant auprès de leurs proches, ce qui permet une certaine sérénité.
Quels sont les principaux avantages de telles mesures, tant pour l’entreprise que pour vos employés ?
LA POSTE : Grâce au sondage annuel du personnel, La Poste constate que ses collaborateurs sont motivés et satisfaits. En offrant des conditions de travail attractives et modernes, La Poste peut d’une part fidéliser ses employés et d’autre part attirer de nouveaux collaborateurs. Quant aux employés qui peuvent bénéficier de ces mesures, ils y gagnent un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle, ce qui les rend plus motivés, plus épanouis dans leur travail et plus heureux dans leur vie privée. C’est en tout cas le souhait de notre entreprise.
LE CERN : Nous avons réalisé une enquête d’engagement du personnel en 2009 à travers laquelle ces différents aspects ont été sondés. Il en est ressorti un taux de satisfaction au travail très élevé. Notre personnel est très passionné par ce qu’il fait. Qu’il s’agisse d’un emploi de physicien ou d’assistante administrative, nous laissons aussi la place à la créativité et au développement psychologique. En termes d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, les personnes ont le sentiment de donner beaucoup, mais aussi de recevoir en échange, et ceci est en partie dû à la flexibilité que nous leur offrons dans leur travail.
LE CSEM : Ces mesures favorisent clairement une meilleure ambiance de travail, avec une baisse du taux d’absentéisme et un gain en efficacité. Cela contribue à la motivation de nos employés, qui peuvent ainsi avoir le satisfaction de se lever le matin dans le but d’aller travailler pour une entreprise qui ne les considère pas comme des matricules, mais comme des personnes à part entière, au-delà de leurs compétences professionnelles. Entreprises et employeurs ont ainsi la possibilité de partager des valeurs communes. Le monde du travail est en pleine évolution et de plus en plus de gens sont sensibles à ces aspects.
Pour le CSEM, les employés sont la source vive d’une entreprise @ D.R
Quelles pourraient être selon vous d’autres mesures innovantes en vue d’une amélioration continue de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée ?
LA POSTE : Le défi à relever sera avant tout de pouvoir maintenir un tel niveau d’engagement.
LE CERN : Concernant le télétravail, il se limite pour l’instant à une journée par semaine, sauf cas exceptionnel. Nous pourrions envisager de l’étendre, par exemple lorsque nous avons de la peine à trouver des bureaux adéquats. J’aimerais aussi introduire le « flexitime », mais il s’agit d’un projet qui n’a pas encore débuté. D’autres réflexions mériteront d’être menées, en particulier autour des congés additionnels à utliser à différents moments de la carrière, y compris pour favoriser un passage vers la retraite.
LE CSEM : Grâce aux mesures que nous avons mises en places, le CSEM est considéré comme une entreprise avant-gardiste. Ce qui est innovant, c’est la notion de flexibilité que permettent aujourd’hui les nouvelles technologies, notamment en termes de réduction des déplacements. Nous souhaitons pouvoir offrir à nos collaborateurs encore davantage de liberté d’action et d’autonomie dans le but de répondre à leurs besoins selon le type d’activité: besoin de concentration, interaction avec les autres, échange d’idées, recueil d’informations. Il s’agit de trouver aussi le bon équilibre entre la liberté d’action des collaborateurs et les intérêts de l’entreprise. Nous souhaitons par ailleurs pouvoir réduire les aspects administratifs.