Inondations à Alphaland : Un regard sur la formation professionnelle proposée par la Croix Rouge Française Reviewed by Martin Damary on . Le cours IMPACT est une formation proposée par la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, et par un certain nombre de so Le cours IMPACT est une formation proposée par la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, et par un certain nombre de so Rating: 0

Inondations à Alphaland : Un regard sur la formation professionnelle proposée par la Croix Rouge Française

Alphaland-mapLe cours IMPACT est une formation proposée par la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, et par un certain nombre de sociétés nationales individuelles. Le 20 mars 2014, nous avons été invités à observer le déroulement d’une partie d’une formation donnée par la Croix-Rouge française (CRF) pour son personnel expatrié, à Modane dans la vallée de la Maurienne, proche de la frontière italienne. Nous y avons été accueillis par Sébastien Galland, responsable à la CRF de la formation des DMI (les délégués en mission internationale), qui chapeaute ce cours depuis un an. Le ton est tout de suite donné: tout le monde se tutoie et nous sommes invités à faire de même.

Comme les participants, nous avons reçu avant de venir une documentation fournie sur une situation fictive mais oh combien réaliste. Il s’agit d’un pays, Alphaland, en proie à des tensions politiques et économiques, dans lequel se déroule une catastrophe naturelle, suivie des prémisses d’un conflit armé. Cette situation sert de trame durant toute la formation, permettant aux participants de se mettre en situation, de pratiquer et de discuter, d’apprendre sur la base d’un vécu. Le tout est couronné par une “vraie” journée terrain, avec les participants qui partent en mission, qui seront confrontés à des situations aussi complexes qu’inattendues, et qui devront mobiliser des ressources, ensemble, pour trouver les solutions idoines, solutions qui seront, espérons-le, empreintes non seulement de savoir-faire, mais d’humanité.

En effet, cette formation a pour but de donner aux participants, les outils nécessaires pour travailler dans les situations d’urgence, que ce soit des inondations, des tremblements de terre, des conflits armés… Car ce sont souvent dans ces circonstances qu’œuvrent  les délégués et les volontaires des sociétés nationales de la croix rouge ou du croissant rouge, de la Fédération ou du CICR (Comité international de la Croix-Rouge).

Inondations à Alphaland: notre correspondant s’implique

Lors de la demi-journée passée en leur compagnie, nous avons pu constater concrètement que les trois composantes essentielles d’une telle formation ont été couvertes. En premier lieu, il s’agit d’apprendre à connaître certains standards minimaux, certaines techniques de l’assistance aux victimes – par exemple, la conception de camps de déplacés ou la distribution de vivres en situation d’urgence. Il s’agit aussi de se remémorer – dans l’urgence et le stress, nous avons tous tendance à l’oublier – de mettre la dignité humaine au cœur de notre action. Enfin, il s’agit aussi de penser à nos équipes, à nos volontaires, à notre personnel, qu’il soit local ou international: comment réagit-t-il à ces situations extrêmes, comment peut-il s’assurer de garder le cap, de garder le moral, d’éviter le “burn-out” ou pire ?

Quoi de mieux, pour garder le moral, que d’insuffler un brin d’humour? Un petit regard sur la carte de l’Alphaland suffit pour le comprendre. Les villes de Ginebra, Eveneg et Aveneg sont trois clins d’œil à la “capitale de l’humanitaire” (pour les deux dernières, lire de droite à gauche). Et, si nous regardons certains noms en gardant à l’esprit la langue de Shakespeare ou de Mr Bean, on découvre aussi quelques perles, dont Fedup, Poorsod, Tafshet.[1]

Dès notre arrivée à midi, nous recevons un badge “Presse”, un appareil photo et quelques billets de banque d’Alphaland, à garder de manière visible dans notre poche de chemise. Nous sommes donc à la fois observateurs et acteurs privilégiés de l’exercice qui se déroule durant le repas de midi. Pour ne pas gâcher la surprise pour les participants futurs, nous ne pouvons dévoiler le déroulement de cet exercice. En jouant le rôle de journalistes suisses, nous avons encouragé le participant qui avait reçu le rôle de touriste suisse égaré, surpris par les inondations, et qui avait perdu le contact avec son épouse, à passer devant tout les alphalandais dans la file d’attente.

Après l’exercice, nous assistons à un débriefing en groupe, les formateurs et les participants ensemble, chacun ayant l’occasion de partager son vécu, de donner son avis et de questionner. Le tout se fait sans jugement. Le groupe en apprentissage se sent sécurisé, solidaire, et en relation de confiance avec les formateurs. Ces derniers restent toute la durée de la formation avec le groupe, quelle que soit leur spécialité. Aux exercices et aux discussions en groupe et en sous-groupes s’ajoutent les repas, les soirées: la convivialité est un puissant moyen d’apprentissage, et pour citer un des formateurs, “une bonne partie de la formation à lieu à l’insu des formateurs”. Les liens qui se créent à Modane sont, de toute évidence, des liens qui peuvent durer bien au-delà de cette formation.

La formation IMPACT, en soi une expression de solidarité internationale

Aujourd’hui, trente pour cent parmi environ 160 délégués en mission à l’international pour la CRF ne sont pas français, mais recrutés en dehors de l’Union Européenne, notamment dans les pays francophones d’Afrique. Par souci d’équité, la CRF leur offre les mêmes conditions d’embauche que celles des personnes recrutées en France. Ces conditions incluent les précautions mises en œuvre pour assurer leur sécurité sur le terrain. Ce chiffre de 30% se reflète dans le nombre de participants à la formation IMPACT, visiblement de nationalités variées (malgré le touriste suisse égaré en Alphaland, il n’y avait aucun suisse parmi eux). Cette internationalisation est un gage d’efficacité sur le terrain tout en étant une expression nouvelle de la solidarité humaine si chèrement défendue par le mouvement international de la croix rouge.

La formation IMPACT de la CRF dure huit jours, soit trois jours de plus que la formation de base conçue par la Fédération, car elle y intègre quelques modules et un exercice  de terrain supplémentaires. Une semaine en Alphaland, nous l’avons vu, c’est intense: même en tant qu’observateurs, nous sommes immédiatement mis dans le bain. La particularité de cette formation est l’accompagnement psychologique. Depuis 2008, c’est Hélène Felix Bancharel qui assure l’encadrement et la formation dans ce domaine. La CRF offre, au départ en mission et au retour, un entretien confidentiel à chaque collaborateur avec un psychologue de son Equipe Gestion du Stress (EGS). L’avantage de ce dispositif (EGS et formation à Modane) est double. D’une part, il permet de sensibiliser les participants à la bonne gestion de leur stress. Le délégué en mission peut vivre des situations très intenses, parfois difficiles. Mais, il peut également vivre des situations formidables au contact de cultures différentes, des relations humaines chaleureuses, ou il peut parfois accomplir des actes qui sauvent des vies. Que l’expérience soit négative ou positive, le retour chez soi peut s’avérer extrêmement délicat. D’autre part, cet accompagnement permet d’offrir des conseils aux personnes dans le cadre même de la formation. L’intensité même de la journée terrain est parfois difficile à supporter, et Hélène est là pour écouter, soutenir, conseiller. Et ce ne sont pas forcément les “bleus” qui se retirent de l’exercice: parfois des vétérans, confrontés à leurs souvenirs, doivent faire le point sur leur vécu pour continuer la formation. Si le but visé est de permettre aux candidats de mieux se connaître, il est vrai que, de manière très informelle, les formateurs se font aussi une idée des caractères des personnes en formation, idée qui peut dans certains cas s’avérer utile dans la décision fr leur lieu d’affectation. Jusqu’à présent, personne n’a été conduit à se retirer du programme des DMI.

Ce cours IMPACT fait partie de la formation continue offerte par la CRF à ses collaborateurs ou à des partenaires (personnels d’autres sociétés nationales, partenaires financiers). Inutile donc, pour monsieur ou madame toute-le-monde de vouloir s’inscrire. Les informations disponibles sur Internet sont assez vagues, mais Youtube nous permet d’en avoir une idée plus précise : www.youtube.com/watch?v=97-kAc9R3Wc.

Quel est le sens de ces formations?

L’humanitaire se doit de conjuguer l’élan de solidarité avec le professionnalisme nécessaire pour venir en aide aux victimes de la manière la plus efficace possible. En offrant un programme de formation professionnel à ses délégués, la CRF se donne les moyens de mieux connaître ses représentants, de mieux les encadrer, et surtout, de leur donner un cadre méthodologique de qualité. Pour la CRF, ses délégués ne sont pas “que” des volontaires, ce sont des êtres humains avec leurs parcours individuels, leurs besoins et leurs qualités. A leur tour, les délégués sont en contact avec les bénéficiaires de leur action, bénéficiaires qui ne sont pas “que” des victimes, mais des être humains, dont il s’agit avant tout de respecter la dignité. Cette formation englobe ces deux aspects de l’action humanitaire et offre en même temps la maîtrise d’outils méthodologiques tels que Sphere et URD.

Enfin, pour rassurer le lecteur à propos du touriste suisse : au centre d’accueil pour les déplacés, il a trouvé un bureau du CICR, et s’y est inscrit pour que l’Agence de Recherches l’aide à retrouver son épouse. Par la plus grande chance, son épouse faisant la même démarche en même temps que lui, ils se sont ainsi retrouvés côte à côte, et les délégués du CICR ont pu les présenter l’un à l’autre: visiblement, c’est la première fois qu’ils se rencontraient.


[1] En français cela donnerait “Jeanémar, Povrega, Tanpis”

A propos de l'auteur

Martin Damary

Martin Damary has a strong experience as humanitarian expert, whether as ICRC delegate (twelve years) , Managing Director for Geneva Call (six years), or independent trainer (since 2013). He is currently studying for a Certificate of Advanced Studies in Adult Education at Geneva University. He is also a contributor to Geneva Business News, and undertakes electoral observation missions for the Swiss Federal Department of Foreign Affairs.

Nombre d'entrées : 8

Commentaires (1)

  • Casella Jennifer

    Quelle initiative incroyable et surtout bravo pour avoir participé à ce genre d’expérience. Il ne doit pas être facile de rentrer dans la peau d’une victime d’un séisme, surtout quand il s’agit de se mettre en situation. Je félicite le CICR de cette idée de formation et de rappeler par le biais de cette journée, que l’entre-aide et la solidarité reste et restera toujours la qualité première de l’homme.

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