Inez et sa « laundrenet » écolo

écrit par Catherine Ferret   // 20 avril 2011   // 0 Commentaires

C’est un salon-lavoir pas comme les autres, au 83 rue de la Servette, à Genève. C’est celui d’Inez De Azevedo, cette Brésilienne-Suissesse qui est à l’origine de la création de ce lieu utile, sympathique, pratique où l’on peut trouver un service de pressing et où l’on peut également utiliser un ordinateur (8 au total), imprimer si besoin est, faxer, scanner mais encore lire un magazine bien confortablement assis dans le canapé tout en lavant ou séchant son linge. Si vous ne pouvez vous déplacer, Inez propose un ramassage et une livraison de vos vêtements à domicile. « laundrenet » c’est aussi un endroit comme il est agréable d’en voir naître, de ceux qui rendent les quartiers plus chaleureux et qui amènent un vrai service, utile pour les habitants. Un lieu où Inez doit jouer sur plusieurs talents : celui de gérante, de chef d’entreprise, (même si les termes de chef d’entreprise ne lui conviennent guère) et d’informaticienne. Elle a réussi à créer trois emplois et cherche également des partenaires financiers afin de développer sa petite entreprise… Inez De Azevedo est tout ça à la fois et pas seulement!

Après avoir été quelques temps institutrice, Inez De Azevedo suit des études en science de la nutrition. Elle passe un concours publique pour un poste de nutritionniste qui l’amène par la suite à une maitrise en santé publique (nutrition de la mère et de l’enfant) en Amérique centrale. Elle obtient également un doctorat en nutrition sociale à Londres où elle rencontre l’homme de sa vie.

L’ Avant « laundrenet »…Je me doute, à la voir depuis quelques mois, que cette femme a un « secret ». Sûrement le pétillement dans ses yeux. Mais encore…? C’est Madame Cathy Savioz, past-presidente (2006-2010) de Business and Professional Women (BPW) Club de Genève, qui en parle le mieux : « Après avoir achevé ses études à Londres, ses expériences professionnelles l’emmènent vers l’Afrique. Elle coordonne des programmes de santé publique en Tanzanie, pour la Direction du Développement et de la Coopération de Berne (1990-1994). Elle devient consultante et conseillère en Afrique (1996-2000), en Côte d’Ivoire et au Bénin, dirigeant des programmes de santé publique tout en poursuivant ses recherches sur place. En 2000, elle intègre l’Organisation mondiale de la santé comme consultante sur un programme de recherche appliquée sur les maladies tropicales. Parallèlement à ses recherches, Inez s’engage dans des projets bénévoles, notamment pour Terre des Hommes, le Forum mondial de la société civile et apporte son soutien aux victimes de mines anti-personnel. Elle s’est aussi engagée pour la non-discrimination entre les sexes, la non-violence et un environnement plus sain. »

Mais comment passer de ces années d’engagement et de recherche en Afrique à « laundrenet ». Comment est née l’idée de créer son salon-lavoir d’un genre nouveau et quand? Elle m’explique que toutes ces années de travail passées en Afrique ont été formidables. De retour en Suisse après une longue période d’insatisfaction et de frustration professionnelle qui finiront par la laisser plus que démotivée, elle jette l’éponge… mais pas le tablier. Elle repart sur une nouvelle idée, celle de créer son activité, car ce qu’elle recherche finalement avant tout c’est un lieu. Un lieu où elle et les autres se sentent bien! Un lieu où joindre l’utile à l’agréable, le terre à terre et le concret à une forme d’action et d’engagement en faveur de l’environnement. Un lieu, bien évidemment d’échanges, de rencontres et de service. Ce lieu ce sera « laundrenet ». Un lieu qui lui ressemble, ouvert, où elle se nourrit elle aussi de l’expérience des autres comme elle saura faire partager ses propres expériences, si nécessaire. Bien sûr il faut faire vivre cette idée, mais elle ne fait pas du business ; quoiqu’il en soit, elle fait du service. Mais son projet tient la route. C’est donc en novembre 2004 que les portes de « laundrenet » ouvrent.

Les débuts n’ont pas toujours été faciles…

Inez De Azevedo

Inez De Azevedo © Catherine Ferret pour GBNews

Inez me parle de sa naïveté quand elle a créé son entreprise, et de la difficulté de se faire connaître malgré l’aide des médias. Elle évoque la création du concept, d’un concept féminin. Mais qu’entend- elle par « concept féminin »? Que ces messieurs se rassurent, point d’attaque, juste un constat. D’ailleurs au passage, elle parle avec amour de son mari avec qui elle a vécu toutes ces aventures et qui la soutient quotidiennement. D’après Inez : « L’idée féminine est de faire plusieurs choses à la fois! C’est donc, de faire entrer dans un même lieu plusieurs activités. Sans autorité, sans rapport de hiérarchie. Concept de gestion féminine aussi, en douceur, dans cet espace où chacune est « chef » à son tour. Où les idées qui naissent sont applicables aussitôt. Un endroit où est « patron » celui qui est sur place et gère « la boutique ». D’ailleurs, ici nous avons toutes le même salaire! »

Inez n’a bénéficié d’aucune formation ni subvention pour créer sa société.

Inez précise : « Je suis quasiment autodidacte. J’ai fait mon «Business plan» grâce à la lecture et internet. »

Elle a tout appris, et aussi construit sa future entreprise en travaillant sur son ordinateur. Et cela n’a pas été sans mal, car comme tout ce qui est nouveau, ce n’était pas encore répertorié au registre du commerce. Donc pas facile de mettre sur pied un lieu pluriactivités. Difficile aussi d’être crédible quand on se lance dans de nouvelles activités, de surcroît diversifiées qui n’ont pas l’air d’avoir de lien direct avec la formation ou le parcours professionnel. Pourtant cela en a puisque le bien-être, la santé et l’harmonie sont toujours au centre de ses préoccupations. Elle obtiendra d’ailleurs pour son idée de « laudrenet » écologique « le prix du développement durable du canton 2006 ».

En effet, Inez, soucieuse de l’environnement, s’est engagée dans une démarche de qualité. Elle utilise des produits de lavage et de pressing sans chlore, sans dérivée de pétrole et composés par des ingrédients provenant de sources renouvelables. Pourquoi est-ce si important pour elle.

Inez affirme : « D’abord la terre est fâchée! Malade aussi. Je suis Brésilienne et notre pays a été exploité pendant longtemps, corrompu aussi. On parle bien sûr de déforestation mais on parle, aussi et surtout, de ressources minières ou autres ressources du sous-sol exploitées à tort et à travers, par les uns et les autres. Depuis peu, le Brésil prend conscience de cela et de sa naïveté et souhaite protéger ses terres. Cela concerne l’engagement pour l’environnement.

D’autre part concernant « laundrenet », il est important de noter que les produits utilisés dans les pressings traditionnels sont extrêmement toxiques et polluants, pas seulement pour l’environnement mais aussi et d’abord pour ceux qui les utilisent. « laundrenet » fait du pressing par voie humide dont les déchets partent dans les eaux usées comme d’autres eaux biodégradables à au moins 90 %. C’est ce qu’on appelle la « Wet Clean ». Aussi nous utilisons et vendons des produits non-toxiques, sans ingrédients fossilisés pour les lavages à l’eau! Nous imprimons sur du papier recyclé. Nous livrons votre linge à vélo, grâce aux entreprises avec qui nous collaborons. J’ai les mêmes ordinateurs depuis 6 ans que je fais évoluer quand cela devient nécessaire. Bien sûr, le nec plus ultra serait des laveries fonctionnant à l’énergie solaire! »

Inez croit à l’écologie appliquée, journalière, celle faite de gestes quotidiens qui préviennent les grands dégâts et forment à la base les grands changements. Elle parle de petits gestes pour grands mouvements et pense que, plus que des lois ou des grands débats, c’est avant tout les petits gestes du quotidien qui peuvent ou qui pourraient changer notre qualité de vie.

Inez cherche quelqu’un pour « vendre » son idée. Mais comment aimerait-elle la voir se développer? Inez répond : « Par exemple le service de ramassage et de livraison du linge sont proposés aux particuliers dans l’immédiat. Mais « laundrenet » voudrait pouvoir étendre ses services, telle une conciergerie, aux entreprises ainsi qu’aux collectivités ! La difficulté, concernant les entreprises, reste que les réseaux sont difficiles à percer. J’aimerais aussi une personne qui puisse s’occuper du développement de « l’option verte » dans les hôtels. La mise en place de cette idée consisterait simplement à proposer un sac à linge option « verte » aux clients dans chaque chambre. Un choix pour les clients! Parce que d’autres aussi se sentent concernés par leur santé, celles des autres et l’environnement. Il n’y a pas de petites actions quand cela concerne le bien – être collectif et la limitation des dégâts environnementaux! Et je tiens à mettre l’accent sur le fait que cela ne coûte pas plus cher! »

laundrenet

laundrenet © Catherine Ferret pour GBNews

Quel conseil donnerait-elle à quelqu’un qui voudrait devenir son propre patron. « Je lui souhaiterais du courage et d’avoir de l’énergie… de l’énergie « renouvelable » bien évidemment! »

Inez conclue à propos de laundrenet : « Si c’était à refaire, je pense que j’investirais davantage dans le marketing et la publicité que dans la décoration. Finalement, je ne sais pas si cela aurait changé grand chose, mais je suis convaincue qu’il est très important de mettre en place une bonne stratégie marketing et de la poursuivre. »

Quant aux projets d’avenir, Inez De Azevedo envisage d’ouvrir une deuxième « laundrenet » à Genève dès qu’elle aura trouvé un partenaire financier ou un sponsor.

« Laundrenet est une « petite entreprise faite pour être grande. Elle a besoin de se développer, j’aimerais qu’elle grandisse, c’est aussi sa survie. »

Avis aux mécènes!

www.laundrenet.com


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