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Beau-Rivage: L’hôtel Beau Rivage ou le luxe immatériel selon Jacques Mayer

par Jacques Porteron

Jacques Mayer
Photo : © DR

Beau Rivage. Le nom seul est déjà une invitation. Une invitation au voyage où l’esprit vagabonde, des rives du lac au Mont Blanc qui semble si proche, cherchant sous les lambris d’époque le souvenir de Sissi, Impératrice d’Autriche, ou de Sarah Bernhardt.
Beau Rivage : un nom qui semble tout droit échappé d’un conte de fées (le Chat Botté ?) ou d’un opéra, un lieu qui vous propulse hors du temps dès la porte franchie, sachant vous procurer un bien-être immédiat.

"Sans actionnaires extérieurs (…) l’approche peut être moins rationnelle, plus émotionnelle à l’Hôtel Beau Rivage, ce qui nous confère une position unique dans ce métier à Genève." - Jacques Mayer
Monsieur Mayer, votre famille a créé Beau-Rivage, et vous représentez la quatrième génération à en assumer la direction. Quelle conception avez-vous aujourd’hui de votre métier ?

Le plus fondamental, ce sont les valeurs qui nous animent, moi et toute l’équipe de Beau-Rivage. Elles s’articulent autour de trois axes forts.Tout d’abord, la considération et le respect envers chacun. Ensuite, la progression et la recherche de l’excellence, tout en sachant rester humble dans la durée.

Je prendrais pour exemple notre Chef du restaurant « Le Chat Botté » qui, après de nombreuses années avec nous, a reçu la distinction du Chef de l’année 2009 décernée par Gault et Millau.


L'Atrium
Photo : © Beau-Rivage
Vous avez évoqué trois valeurs principales. Qu’en est-il de la troisième ?

La fierté, tout en distinguant la fierté de l’orgueil. Si les empires se construisent par la fierté, ils se détruisent par l’orgueil. La fierté est pour moi un point fondamental, car rendre mes collaborateurs fiers de leur métier, de l’entreprise, de leurs clients, les met dans les meilleures conditions pour accomplir leur travail.

Justement, comment vos collaborateurs vivent-ils cette philosophie ?

Evidemment les ressources humaines sont, à Beau Rivage, notre plus grande force. Nous essayons de trouver la bonne synergie dans nos équipes, sachant que l’une des spécificités de notre métier est un turn-over important.
Nos moyens sont nécessairement différents de ceux des chaînes hôtelières internationales. Nous ne pouvons pas par exemple offrir un plan de carrière dans plusieurs établissements à travers le monde. Notre spécificité est de fidéliser et de faire progresser notre personnel en le motivant grâce aux valeurs que je viens d’évoquer.
Et nous encourageons tant la promotion interne que la stabilité de l’emploi. Pour preuve, notre concierge, dans la maison depuis 43 ans, ou notre ancien pianiste qui est resté parmi nous pendant 22 ans. Pour nous, cela signifie aussi garder des visages familiers pour nos clients et renforcer cette notion de considération vis-à-vis d’eux.


Dominique Gauthier
Photo : © Beau-Rivage
Combien de personnes sont employées par Beau-Rivage?

En moyenne 150, dont une vingtaine au restaurant thaïlandais qui jouxte l’Hôtel, restaurant que nous partageons en joint-venture.

Pourrait-on vous comparer, dans la tradition, à un banquier privé de la place genevoise ?

C’est à la fois différent et similaire. Le banquier privé s’occupe du rationnel, en l’occurrence de gérer les avoirs de ses clients. Pour notre part, nous nous occupons du confort de nos clients et aussi parfois de l’irrationnel de certaines demandes. Néanmoins protéger la situation privée et le bien-être de nos hôtes peut se comparer à l’activité d’un banquier privé !

Avez-vous une typologie de votre clientèle ?

Pas vraiment, jeunes, moins jeunes, notre clientèle est très variée, européenne mais sans que nous privilégions une cible particulière. Je pense cependant que tous viennent rechercher à Beau-Rivage une authenticité, une discrétion et un art de vivre qu’il peut être difficile de trouver ailleurs.
L’hôtel est aussi ouvert sur des événements que nous accueillons, voire organisons, toujours dans le même esprit : bals, galas, conférences, ventes aux enchères,...


Le salon Massaryk
Photo : © Beau-Rivage
Plus globalement quelle est votre vision de ce que l’on appelle actuellement la crise ?

Nous avons réalisé en 2007 une année historique et les résultats 2008 seront encore supérieurs alors que dire…
Plus sérieusement, la différence se fera toujours entre l’original et la copie. Nous sommes dans un lieu historique, qui a une âme, du bâtiment lui-même au plus petit élément de mobilier. Ces dernières années, nous avons investi de manière colossale dans la rénovation de l’établissement pour le confort de nos clients, ce qui me fait voir l’avenir avec sérénité et tranquillité.
Evidemment si cette crise venait à devenir extrême nous réagirions en protégeant notre bien le plus précieux, à savoir notre équipe de collaborateurs. Une équipe fiable se construit sur la durée et donc dans la tempête elle sera présente.
Par exemple notre concierge, avec notre soutien, a développé une carrière étonnante, carrière que nous l’avons incité à poursuivre en l’aidant dans son travail ici. Il est Président des Clés d’Or internationales et aujourd’hui est très engagé dans le développement des Clés d’Or de Chine. Favoriser le développement des collaborateurs permet de les fidéliser et donc de les garder, c’est de cette loyauté partagée dont nous avons besoin pour la pérennité de l’entreprise.

« Le capital ne doit pas uniquement servir le capital mais aussi les gens en passant par une gestion sociale »

Finalement, les crises nous renforcent dans notre vision de l’avenir. Beau-Rivage a su surmonter tous les événements des 150 dernières années, et certains furent bien pire que ceux que le monde vit actuellement…

Justement comment envisagez-vous l’avenir de votre établissement ?

Une suite d'exception
Photo : © Beau-Rivage

Lorsque je rentre dans la suite de l’Impératrice d’Autriche, Sissi, je regarde la cheminée et son miroir, et je me dis que ce miroir a reflété son image et qu’il reflétera demain l’image d’autres personnages. Nous ne sommes que les dépositaires d’une histoire, qu’il nous appartient de préserver pour la transmettre. Garantir que dans 40 ou 50 ans nos successeurs auront la même vision, je ne peux l’affirmer. Ce que nous essayons de mettre en place sont des structures qui permettent à l’entreprise de fonctionner en gardant un art de vivre dans l’exceptionnel. Et puis transmettre l’objet est une chose, transmettre la philosophie est un autre challenge ! J’ai reçu de mon père plusieurs notions fondamentales, la première étant l’amour de cette maison et une intransigeance pour son authenticité.
Vivre à Beau-Rivage est un privilège dont il faut être respectueux en ayant sans cesse le plaisir d’améliorer et de façonner cette maison quotidiennement.

Jacques Porteron

« Sans actionnaires extérieurs, nous pouvons nous permettre d’avoir une politique plus souple dans notre façon de vivre le présent et d’imaginer l’avenir. »

« Le public est très sensible à la personnalisation de notre entreprise et à la présence de son propriétaire. »

« Calme, sérénité créent et qualifient la qualité de l’ambiance dans notre établissement. »

« Etre en prise directe avec nos clients sans se cacher derrière des règlements, derrière des contraintes souvent édictées par des chaînes hôtelières, c’est être redevables à nos clients de leur présence. »

« Le vrai luxe est ailleurs, il est immatériel, sortons des sentiers battus »

Jacques Mayer