On ne présente plus Benoît de Gorski, l’une des figures incontournables de l’univers de l’horlogerie et de la joaillerie, ainsi que de l’économie genevoise, à travers ses multiples engagements. A l’instar des banquiers privés, Benoît de Gorski s’attache à perpétuer une tradition familiale d’excellence dans son métier. Et pour cela, point de mystère : l’humain doit être au centre de toutes les attentions, qu’il s’agisse du client bien sûr, mais aussi du personnel, garant des valeurs de la maison.
Benoît de Gorski :
« Mon métier est un combat quotidien, ne pas s’endormir, ne pas attendre la réaction des autres et
toujours chercher des idées novatrices et donc rester en veille permanente de création. »

Je suis un pur produit du ferment horloger genevois. J’ai démarré comme horloger avec mon père qui, à l’époque dirigeait la société Baume et Mercier.
A la mort de mon père, lorsque j’avais 19 ans, Baume et Mercier a été racheté par Piaget, puis les deux marques ont été reprises par le groupe Richemont. Je suis donc parti pendant quatre ans chez Longines, puis j’ai repris mes études afin de parfaire ma formation professionnelle, plus spécialement dans les domaines du commercial et de la communication.
Ensuite, après douze ans chez Golay fils et Stahl en tant que directeur de magasin, j’ai décidé de me mettre à mon propre compte et de me lancer à fond dans mes propres affaires.
Durant ces dernières vingt-huit années en plus des miennes, j’ai repris deux entreprises leader de la branche:

A titre d’exemple, pour le magasin Hublot qui a ouvert le 1er décembre, j’ai engagé trois personnes, trois jeunes femmes. L’une a été recrutée par un chasseur de tête, mais en principe je fonctionne surtout par recommandation de connaissances, grâce à mon réseau. Je n’utilise pas les annonces, car je trouve le système actuel décevant. Les candidats ont tendance à surestimer leurs capacités et peu disposent d’une bonne formation.
Ecoute, humilité et envie d’apprendre. La qualité la plus importante pour pouvoir travailler avec moi est de savoir écouter nos clients afin de les servir dans l’excellence. C’est ce que j’appelle « se mettre dans l’art de son client ». Ensuite, les langues sont primordiales et bien sûr plus spécialement l’anglais, notre clientèle étant très internationale. La motivation, le fait de prendre son travail à cœur sont indispensables, et hélas trop rares. Je ne veux pas d’employés dans mes magasins mais des responsables.
Bien sûr mais toujours dans une exigence d’excellence. Former un stagiaire est une responsabilité importante. Nous cherchons à transmettre le meilleur de notre métier. Par exemple, réaliser une vitrine n’est pas une tâche aisée, c’est un art ! Il faut donc former la personne en conséquence, et lui apprendre même à sourire au client qui s’arrête devant la vitrine en cours de réalisation ! C’est à travers ce genre de détail que nous créons la vraie image du luxe, et notre unicité.

Dans le monde du luxe actuel, il n’y a que très peu de magasins indépendants comme les miens. Tout devient dépersonnalisé, globalisé. Les magasins sont standardisés d’un point du globe à l’autre. L’expérience du client avec le patron d’une marque n’existe quasiment plus, ou au mieux que par média interposé. Pour moi le luxe, c’est la personnalisation, qui ne peut passer que par la présence de l’initiateur de ses boutiques. Vingt ans auparavant, un client m’a livré cette réflexion : « Je vous ai acheté cette pièce car je vous ai vu ». Car derrière mon nom, je suis directement responsable devant mes clients, et je suis accessible. Etre présent, voilà l’essentiel du luxe.
Je pense que les manufacturiers indépendants ont plus de capacité de s’en sortir que les autres fabricants. J’ai toujours combattu le phénomène de supprimer les magasins de détail privé. Nous en revenons à ce que j’expliquai plus haut, la personnalisation. Pour moi c’est la clé, encore plus dans des temps difficiles comme ceux qui s’annoncent. Seuls les meilleurs s’en sortiront ! La crise agit comme une sélection naturelle où les plus créatifs arriveront à sortir leur « aiguille du cadran » ! Ceci dit, je suis intimement persuadé que Genève est une ressource, une référence mondiale pour l’horlogerie et le restera, quoi qu’il arrive.