Benoît de Gorski
21 janvier 2009 // 0 CommentairesOn ne présente plus Benoît de Gorski, l’une des figures incontournables de l’univers de l’horlogerie et de la joaillerie, ainsi que de l’économie genevoise, à travers ses multiples engagements. A l’instar des banquiers privés, Benoît de Gorski s’attache à perpétuer une tradition familiale d’excellence dans son métier. Et pour cela, point de mystère : l’humain doit être au centre de toutes les attentions, qu’il s’agisse du client bien sûr, mais aussi du personnel, garant des valeurs de la maison.
Benoît de Gorski :
« Mon métier est un combat quotidien, ne pas s’endormir, ne pas attendre la réaction des autres et
toujours chercher des idées novatrices et donc rester en veille permanente de création. »
Benoît de Gorski, quel est votre parcours ?

Inauguration Boutique Hublot
© Benoit de Gorski
Je suis un pur produit du ferment horloger genevois. J’ai démarré comme horloger avec mon père qui, à l’époque dirigeait la société Baume et Mercier.
A la mort de mon père, lorsque j’avais 19 ans, Baume et Mercier a été racheté par Piaget, puis les deux marques ont été reprises par le groupe Richemont. Je suis donc parti pendant quatre ans chez Longines, puis j’ai repris mes études afin de parfaire ma formation professionnelle, plus spécialement dans les domaines du commercial et de la communication.
Ensuite, après douze ans chez Golay fils et Stahl en tant que directeur de magasin, j’ai décidé de me mettre à mon propre compte et de me lancer à fond dans mes propres affaires.
Durant ces dernières vingt-huit années en plus des miennes, j’ai repris deux entreprises leader de la branche:
- La première, Léon Bader, comptait 16 employés: j’ai tenu à garder les mêmes collaborateurs et placer mon directeur, sans procéder à aucun licenciement, ce qui a permis pendant 10 ans d’assurer la pérennité de l’entreprise tout en multipliant par 2,5 son chiffre d’affaires. Elle appartient maintenant à Kurt Bucherer.
- La deuxième est la société Gallopin, située Quai des Bergues. J’y ai amené ma touche personnelle en lui faisant distribuer mes marques préférées, et en mettant l’accent sur les valeurs qui me sont chères, telles qu’un service au client irréprochable et exceptionnel, au travers de mes collaborateurs. Ma fille dirige cette entreprise.
Aujourd’hui je dispose de trois magasins : celui du 86 Rue du Rhône, qui compte 6 collaborateurs, celui du 1 Quai des Bergues avec 5 collaborateurs, et celui du 78 rue du Rhône que nous venons d’inaugurer avec Jean-Claude Biver pour la marque Hublot.

Ninghetto
© Benoit de Gorski
Quelle est votre approche du recrutement?
A titre d’exemple, pour le magasin Hublot qui a ouvert le 1er décembre, j’ai engagé trois personnes, trois jeunes femmes. L’une a été recrutée par un chasseur de tête, mais en principe je fonctionne surtout par recommandation de connaissances, grâce à mon réseau. Je n’utilise pas les annonces, car je trouve le système actuel décevant. Les candidats ont tendance à surestimer leurs capacités et peu disposent d’une bonne formation.
Et quelles sont les qualités et compétences que vous recherchez chez un collaborateur?
Ecoute, humilité et envie d’apprendre. La qualité la plus importante pour pouvoir travailler avec moi est de savoir écouter nos clients afin de les servir dans l’excellence. C’est ce que j’appelle « se mettre dans l’art de son client ». Ensuite, les langues sont primordiales et bien sûr plus spécialement l’anglais, notre clientèle étant très internationale. La motivation, le fait de prendre son travail à cœur sont indispensables, et hélas trop rares. Je ne veux pas d’employés dans mes magasins mais des responsables.
Au niveau salarial nous pratiquons un système de salaire fixe avec commission et un intéressement en pyramide, ce qui veut dire que les meilleurs tirent les autres vers le haut. Enfin j’accorde beaucoup d’importance à la fidélisation de mes employés. M’attacher mes collaborateurs me permet d’être libre dans ma créativité et de rester dans l’exceptionnel.
Prenez-vous des stagiaires ?
Bien sûr mais toujours dans une exigence d’excellence. Former un stagiaire est une responsabilité importante. Nous cherchons à transmettre le meilleur de notre métier. Par exemple, réaliser une vitrine n’est pas une tâche aisée, c’est un art ! Il faut donc former la personne en conséquence, et lui apprendre même à sourire au client qui s’arrête devant la vitrine en cours de réalisation ! C’est à travers ce genre de détail que nous créons la vraie image du luxe, et notre unicité.

Méduse Rubis
© Benoit de Gorski
Justement, comment concevez-vous le luxe ?
Dans le monde du luxe actuel, il n’y a que très peu de magasins indépendants comme les miens. Tout devient dépersonnalisé, globalisé. Les magasins sont standardisés d’un point du globe à l’autre. L’expérience du client avec le patron d’une marque n’existe quasiment plus, ou au mieux que par média interposé. Pour moi le luxe, c’est la personnalisation, qui ne peut passer que par la présence de l’initiateur de ses boutiques. Vingt ans auparavant, un client m’a livré cette réflexion : « Je vous ai acheté cette pièce car je vous ai vu ». Car derrière mon nom, je suis directement responsable devant mes clients, et je suis accessible. Etre présent, voilà l’essentiel du luxe.
Selon vous, comment l’industrie du luxe va faire face à la crise financière mondiale ?
Je pense que les manufacturiers indépendants ont plus de capacité de s’en sortir que les autres fabricants. J’ai toujours combattu le phénomène de supprimer les magasins de détail privé. Nous en revenons à ce que j’expliquai plus haut, la personnalisation. Pour moi c’est la clé, encore plus dans des temps difficiles comme ceux qui s’annoncent. Seuls les meilleurs s’en sortiront ! La crise agit comme une sélection naturelle où les plus créatifs arriveront à sortir leur « aiguille du cadran » ! Ceci dit, je suis intimement persuadé que Genève est une ressource, une référence mondiale pour l’horlogerie et le restera, quoi qu’il arrive.
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