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Dr Khan Hoang Van, scientifique convaincu par la naturopathie

Dr Khan Hoang Van est titulaire du magasin diététique bio Alna, sans doute la plus ancienne adresse naturelle de suisse romande. Il est spécialisé dans les conseils en hygiène alimentaire et sélectionne avec soin les produits frais, alimentaires et cosmétiques qu’il propose dans sa boutique.

Il a récemment ouvert Espace Santé, un centre de naturopathie et un deuxième magasin, Bio-Servette, où se côtoient plusieurs thérapeutes spécialisés offrant des soins et conseils à des tarifs adaptés.

Portrait d’un scientifique convaincu par la légitimité à accorder aux médecines non conventionnelles par Maya Corminboeuf et Stéphanie Bienzobas.

 

Comment avez-vous amassé un tel savoir ?

Je suis biochimiste, docteur en biologie, diplômé à Genève. J’ai participé à l’enseignement et à la recherche à la Faculté de Médecine de Genève ainsi qu’à des séminaires et des conférences en Israël, en Finlande, aux Etats-Unis et en France.

En dehors de ce parcours universitaire, je suis aussi resté attaché à mon propre pays d’origine, le Vietnam, qui était en guerre, dont la population devait se débrouiller, rester éveillée pour faire face à des situations difficiles et pour survivre – dont ma famille. Cela m’a donné l’occasion mais aussi la chance de connaître pas mal de choses et de ce fait je suis toujours resté curieux et prêt à apprendre.  A apprendre tous les jours aussi à travers nos clients et pas seulement à travers les livres, qui peuvent parfois être assez théoriques. Les personnes apportent des sujets concrets, vérifiables et grâce à mes connaissances universitaires, j’arrive à faire une certaine synthèse pour me faire ensuite une idée plus ou moins précise sur certains sujets. Et comme je m’intéresse à beaucoup de choses, je suis notamment impliqué dans des associations sociales et humanitaires, cela me donne également l’occasion de réfléchir à une grande variété de sujets.

 

Dr Khan Hoang Van © Maya Corminboeuf pour GBNews

Quel est votre parcours ? De quelle manière en êtes-vous arrivé à acquérir ce magasin établi depuis plus de 80 ans au cœur de Genève ?

J’ai beaucoup appris à travers Alna. J’ai essayé de rester dans  la même lignée que son passé de 81 ans comme vous venez de le citer – et peu  de choses ont changé.

Alna signifie « Aliment Naturiste ». Le fondateur voulait dire par « naturiste », « le moins manipulé, le moins transformé possible». A cette époque, ce terme ne définissait pas le nudisme, mouvement né il y a seulement une trentaine d’années. Donc nous avons gardé cet esprit du « plus naturel possible» et  nous efforçons de répondre à une petite demande face à l’immense réalité des besoins. Cela ne rapporte pas beaucoup car notre activité n’offre pas de produits issus de tendances, mais elle peut correspondre aux besoins  d’un certain nombre de personnes qui ont de douloureuses expériences à travers la vie et qui recherchent des réponses.

 

Comment réagissez-vous à l’implantation de nombreux concurrents qui profitent des préoccupations environnementales croissantes des clients ?

Il y a effectivement de plus en plus de concurrents – dans la forme. Mais je puis vous assurer qu’il ne s’agit pas de concurrence de fond.

Nous avons bien évidement beaucoup de soucis face à ce phénomène mais, en maintenant une certaine qualité de services, nous recevons le contentement des clients. Ils reviennent parce que nous sommes à même de leur fournir des réponses qu’ils ne trouvent pas ailleurs.

 

Quels sont vos critères de sélection des produits que vous offrez à votre clientèle et de quelle manière leur garantissez-vous leur qualité ?

Nous avons depuis toujours les mêmes produits, dont nous connaissons les effets et les bienfaits. Grâce à ça, nous avons pu supporter de petites filières, des petits producteurs et fournisseurs. Dans l’immense masse d’offres de nos jours, nous avons toujours cette petite quantité de produits de première qualité qui nous distingue des autres.

 

Vous venez d’ouvrir Espace Santé, un centre de naturopathie. D’où cette idée a-t-elle germé ?

La naturopathie répond à certains problèmes actuels là où la médecine moderne fait usage de chirurgie et de chimie, de produits synthétiques. Elle apporte une bonne réponse à long terme et est efficace en prévention.

Malheureusement, la naturopathie n’est pas encore bien soutenue. Elle est parfois regardée d’un mauvais œil et méprisée, parce que l’on recherche des réponses précises et officiellement reconnues.

Les milieux universitaire et de recherche scientifique desquels je viens sont perçus comme absolus et reconnus publiquement. Pour moi, cela est une erreur et mon désir est de travailler un peu plus avec des personnes issues du milieu de la naturopathie.

Ces dernières ont beaucoup de problèmes, des problèmes d’organisation, de reconnaissance dans la société et le poids des attentes des clients à leur égard est énorme.

L’intérêt de les regrouper est également de développer une forme multidisciplinaire. Et du point de vue organisationnel, cela permet de soulager les thérapeutes. La pratique de la naturopathie est fondée sur l’écoute du patient qui peut aller jusqu’à une heure ; les patients déversent tous leurs problèmes, tous leurs soucis sur le naturopathe. C’est une lourde tâche qu’un groupe multidisciplinaire peut se partager. Espace Santé, avec le magasin Bio-Servette, est également un lieu de formation, d’échange, de discussion,  et si nécessaire, l’intervention d’un autre thérapeute peut être demandée pour traiter un patient.

 

Quelles thérapies y sont exercées et de quelle manière avez-vous sélectionné les thérapeutes ?

Ici nous pratiquons principalement la naturopathie, l’aromathérapie, la phytothérapie, où nous faisons appel à des matières d’origine naturelle. A travers mes expériences en laboratoire et avec beaucoup de recul, j’ai remarqué que des éléments naturels, même en petite quantité, combinés de manière réfléchie, peuvent être très efficaces. Par exemple, une tisane peut vous aider en cas de problèmes de digestion. Une tasse suffira, pas besoin d’en prendre de grandes quantités. J’encourage les personnes qui ont la même optique d’y travailler. Je ne veux pas faire une sélection rigoureuse car je respecte toute personne avec un certain background et le but est d’échanger et de faire évoluer les choses. Car moi aussi je peux apprendre à travers leur point de vue, même s’il peut être contradictoire.

Une activité développée ici ayant un lien avec mon pays d’origine est le Dien Chan, multi réflexologie faciale. J’ai participé à des stages de Swiss Dien Chan, en tenant le rôle de l’avocat du diable, qui tente de relever les faits apparemment contradictoires dans le but d’arriver à des conclusions raisonnables ou de l’adapter au monde moderne. C’est un domaine qu’il vaut la peine de promouvoir.

Aussi, la méthode Tomatis, que je connais depuis longtemps, thérapie par le son et la voix.  Lors de mes recherches sur le système nerveux, j’ai pu constater ses effets spectaculaires. Malheureusement cette méthode est très méconnue car son action peut être expliquée mais difficilement démontrée d’un point de vue scientifique.

Nous essayons aussi de promouvoir toutes ces connaissances et ces pratiques auprès des femmes enceintes. L’accouchement est très influencé et trop dépendant de la chimie, actuellement. Nous aimerions offrir des alternatives à la mère ainsi qu’au bébé. Elles sont proposées et expliquées à la mère qui choisira en toute connaissance de cause. Elles permettent de pouvoir affronter un accouchement moins douloureux et si possible sans l’intervention de la péridurale ou d’une césarienne – ce sont malheureusement souvent des choix proposés et pris dans des situations délicates et stressantes. Et dans mon optique, en tant que dernier recours, ces choix sont discutables…

 

Il y a un effet de mode autour de ces thérapies naturelles et des praticiens profitent de la méconnaissance des occidentaux. Comment préserver votre propre crédibilité ?

Je pense que ce n’est qu’à travers les expériences et les résultats que nous sommes crédibles ou non. Il faut reconnaître que la naturopathie est complexe car il y a beaucoup de facteurs intervenants  et qu’elle nécessite parfois quelques ajustements. Cette complexité exige que nous restions vigilants et à l’écoute des patients. Il faut également lire, écouter, se remettre souvent en question.

 

Un conseil à adresser aux personnes soucieuses de leur santé et de l’environnement ?

Chacun est médecin de lui-même avant tout. Je m’explique : souvent, nous avons un comportement démissionnaire devant les médecins. Nous sommes portés à croire que c’est eux qui devraient tout savoir, les seuls capables de s’occuper de nous et de tous. Si l’on s’explique mal à un médecin, son diagnostic sera erroné. Il est donc important d’avoir certaines bases et connaissances ; il faut chercher à se connaître pour être le plus exact et précis. Généralement, c’est le cas de 90% des patients.

Aussi, il faut manger le plus sain possible. « Sain» dans le sens le moins modifié, manipulé, retravaillé et le plus complet possible car nos besoins sont vastes et difficiles à définir pour chaque individu. Nous évitons ainsi des carences et les problèmes en découlant.

Et bien entendu, lorsque nous avons besoin d’un spécialiste, en trouver un bon ! (rires)

 

Dr Khan Hoang Van © Maya Corminboeuf pour GBNews

Quelle évolution envisagez-vous dans les  5 à 10 prochaines années pour Alna, Bio-Servette et Espace Santé ?

Dans le monde actuel, il n’y a plus de lieu de dialogue. Même des curés, il y en a de moins en moins. A la place, vous avez les psychologues ou les fonctionnaires. Le rôle des philosophes diminue aussi. Il y a de moins en moins de personnes qui réfléchissent à nos conditions de vie. C’est terrible, mais c’est un constat.

Deuxièmement, comme je le disais au début, il y a de moins en moins de lieux de dialogue, d’échange. Vous allez chez le médecin, un quart d’heure, c’est chronométré avec des codes de tarification.

C’est dans cette optique là que l’on pense garder une petite structure dans laquelle nous allons développer divers services.

Voilà longtemps que j’observe ce type de magasins ; je pense que s’il y a une bonne technologie de gestion déjà mise en place et une formation solide pour le personnel,  une bonne évolution est possible. Et je souhaiterais en fait créer un réseau de ce type de magasin avec des caisses informatiques dans lesquelles le personnel pourrait trouver quelques réponses à fournir au client.

Développer ce type de magasin est une chose essentielle et malheureusement on les voit disparaître de plus en plus, écrasés sous le poids des lobbies. On ouvre des supermarchés pensant qu’ainsi tout le monde aura accès à la nourriture. En réalité, on va à l’encontre du principal objectif ; on est poussés par la frénésie de la consommation pour finalement jeter beaucoup, un tiers de la marchandise, voire plus ! Et finir par manger au-delà des besoins réels. Et on est en train de voir les conséquences néfastes de cette tendance sur la nature et sur le système alimentaire humain. Des problèmes graves résultant de ce type d’alimentation sont en train de se multiplier.

 

Par rapport à la Suisse, pensez-vous que le gouvernement promeut correctement des initiatives comme les vôtres ?

Non. L’idéal de socialisation par centralisation devient de plus en plus fort, et un jour les dégâts seront énormes. A ce moment là, ce ne sera toujours pas le gouvernement qui interviendra… C’est le peuple qui doit prendre conscience et s’organiser pour faire passer le message.

 

Alna Diététique & Bio

Rue de Cornavin 3-5

1201 Genève

Tél : 022.738.10.28

Ouvert du lundi au vendredi de 08h00 à 18h30 et le samedi de 08h30 à 17h00

 

Espace Santé / Bio-Servette

Route de Meyrin 3

1201 Genève

Tél : 022.733.87.08

soinbioservette@gmail.com

Ouvert du lundi au vendredi du 09h00 à 19h30 et le samedi de 10h00 à 17h30

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