Critique de cinéma

écrit par Carole Lancoud   // 25 mai 2011   // 0 Commentaires

Pour être un bon critique/journaliste de cinéma, il faut avant tout être passionné et avoir un goût prononcé pour l’écriture et les médias. Mais comment parle-t-on du 7ème art à  la radio, à  la télévision ou dans un journal ? A travers trois portraits tout aussi passionnants et passionnés les uns que les autres, Benjamin Smadja animateur à  One FM, Olivier Delhoume journaliste et présentateur à  Léman Bleu et Loïc Valceschini rédacteur pour le magazine Daily Movies et pour le site clap.ch, leur méthode de travail, avis et goûts personnels nous sont partagés.

Loà¯c Valceschini rédacteur pour le magazine Daily Movies
Loïc Valceschini rédacteur pour le magazine Daily Movies
© Patrick Preperier pour GBnews

Les études et les formations de chacun sont très différentes. Il n’y en a pas vraiment pour faire de la radio. Benjamin Smadja a toujours été un passionné de radio, parce que la radio nous dit-il, « c’est un métier de passionné ». Après des études classiques et une école supérieure de commerce, il se tourne vers le théâtre et c’est ce qui le mènera par la suite vers ce média.
Olivier Delhoume a commencé très jeune à  travailler. Dès l’âge de 15 ans, il débute en tant que photographe et reporter pigiste ; la passion du journalisme l’animait déjà . Ont suivies des études secondaires, puis une formation de photographe. Pendant ses études, il a continué à  être journaliste pigiste et en 1978, à  l’époque de la dictature en Argentine, il garde contact avec une famille grâce à  qui il a pu faire un grand reportage sur les familles détenues et disparues dans ce pays et qui lui a permis par la suite d’être en contact avec les médias nationaux à  Paris qui l’ont engagé comme reporter, puis collaborateur artistique, puis assistant de réalisation.
Loïc Valceschini, intéressé depuis tout petit par le journalisme, s’est tourné vers ce qui le passionnait depuis le début, le cinéma. C’est pourquoi il suit actuellement, des études en anglais et cinéma à  l’Université de Lausanne.

La rubrique cinéma à  One FM est en place depuis début 2008, mais elle a beaucoup évolué. Au départ, elle se présentait sous forme de chronique hebdomadaire (présentation d’un film) pour évoluer vers une émission complète le week-end qui s’est transformée par la suite en une présentation de différentes chroniques dans « Le morning ». Aujourd’hui Benjamin Smadja en parle tous les jours dans « Les Colocs » de 16h à  20h. Sur la chaîne Léman Bleu, l’émission hebdomadaire « Ticket, Popcorn et grand écran », est présente depuis début 2009 et vient de se voir ajouter une autre émission « Passage ». Loïc Valceschini travaille depuis 4 ans pour le site clap.ch grâce auquel il a pu rejoindre le Daily Movies et pour lequel il travaille depuis environ 2 ans au comité de rédaction du magazine. Pour la rubrique en soi, cela fait environ 4-5 mois.

La journée type de travail varie d’un média à  l’autre sans que l’on ne sente la routine, même si Olivier Delhoume avoue que « c’est tous les jours un peu pareil ». On remarque que ses journées sont bien remplies : revues de presse, écoute des médias, projections de presse, visionnages de DVDs, conférences de presse, tournages d’interviews et d’émissions, etc « ¦ Ses journées débutent à  7h et se terminent vers « ¦ 23h30 ! Il consacre aussi 2h de travail le samedi et le dimanche. Ce que trouve formidable Benjamin Smadja dans une journée type de travail, c’est qu’il n’y en a pas. Il décrypte les actus, lit les journaux mais il est toujours obligé d’avoir des idées différentes.En ce qui concerne Loïc Valceschini, exerçant cette activité à  côté de ses études, ses journées varient beaucoup en fonction de son emploi du temps et du type d’article qu’il écrit, comme il le ressent.

Ce qui leur plaît dans le cinéma remonte pour certains à  tout petit: « C’est l’illusion et la magie. On peut nous faire croire à  des univers complètement différents et réalistes quand on est enfant. C’est pour cela que j’étais intéressé par le fantastique, l’horreur et la science-fiction. Aujourd’hui, je suis intéressé par tout type de cinéma et j’y trouve du goût dans tous les genres. » Loïc Valceschini.
« Tout d’abord, le côté fibre artistique en général me plaît et j’apprécie beaucoup les films qui peuvent avoir plusieurs lectures. J’aime beaucoup aussi l’animation et le doublage. Je suis à  la base fan de films en V.O. mais je trouve le doublage français très intéressant. Vous allez avoir le comédien qui double Harrison Ford, qui est le même qui double Buzz l’Eclair et on ne l’attend pas là -dessus. » Benjamin Smadja.
« C’est l’art de tous les arts, le cinéma réunit tous les arts ; que ce soit l’écriture, la comédie, le décor, la photographie, la musique. C’est pour moi l’art de tous les possibles. » Olivier Delhoume.

Olivier Delhoume journaliste et présentateur à  Léman Bleu
Olivier Delhoume journaliste et présentateur à  Léman Bleu
© Catherine Ferret pour GBnews

A One FM et à  Léman Bleu, ce sont les journalistes qui choisissent les films dont ils vont parler. Au Daily Movies, c’est le rédacteur en chef qui choisit ceux qui vont être chroniqués pour le journal et pour la version en ligne. Ce dernier en parle aux rédacteurs pour savoir s’ils veulent se mettre sur tel film ou non. Ils peuvent également se proposer si un autre film les intéresse particulièrement.

Les critères de sélection pour ce qui est des films en salle et en DVD diffèrent d’un journaliste à  l’autre. Benjamin Smadja privilégie la qualité dans un premier temps, puis l’accessibilité et les bonus des DVD doivent être « sympa à  regarder ». Dans son émission, Olivier Delhoume a la chance de pouvoir présenter tous les films qui sortent durant la semaine à  Genève et de donner la parole aux spectateurs à  la sortie des salles mais ne parle pas de DVD, car pour lui, le cinéma a besoin d’un écran de cinéma, d’une salle et d’un public réunit. Quant à  Loïc Valceschini, le choix peut se faire sur un coup de tête : par exemple, un film qui a fait du buzz, un scénario, une histoire qui l’intrigue ou encore un réalisateur qu’il aime ou une thématique qui le séduit particulièrement. C’est avant tout, le rédacteur en chef qui décide des films qui seront chroniqués pour le journal et pour la version en ligne. Les rédacteurs choisissent ensuite tel ou tel film et peuvent également s’inscrire pour couvrir la rubrique DVD.

Le nombre de films qu’ils visionnent pour préparer leur rubrique est de 2 à  5 par semaine pour Benjamin Smadja, c’est-à -dire au minimum un par jour et 200 par an pour Olivier Delhoume. Tout dépend du temps qu’a Loïc Valceschini qui s’intéresse surtout aux précédents films, car pour lui il est important de connaître un minimum ce que le réalisateur a fait auparavant. Afin de préparer également sa rubrique « Musiques de films », il repère les musiques les plus intéressantes et originales soit parce qu’elles sont composées par un musicien réputé, soit parce qu’il s’agit d’une surprise totale.

Lorsqu’on parle du 7ème art, les points positifs de ce métier pour Loïc Valceschini sont l’objectivité avec une vision d’ensemble tout en pouvant mentionner ce qui lui a plu. A la radio, Benjamin Smadja tourne ses phrases de façon à  faire passer une émotion. Pour la télévision grâce aux images, c’est plus facile car la télévision permet de rentrer dans les coulisses du tournage, de diffuser des making-of et de ressentir directement l’émotion de l’acteur dans une interview.

En ce qui concerne les points négatifs, les médias radio et télévision sont unanimes sur le manque de temps. Celui-ci est très calibré à  la télévision, donc le chroniqueur essaie d’aller à  l’essentiel. Quant à  Benjamin Smadja, il est obligé de faire des choix, car il y a plus de films à  l’affiche que de temps pour en parler.

Ce qu’ils pensent de la 3D ? Leurs réponses se rejoignent. Il faut que l’écriture du film, le scénario et le tournage soient conçus à  cet effet dès le départ et pas juste pour un argument commercial ou pour profiter de cette vague du succès. Ils ont tous fait remarquer les progrès intéressants de la 3D ces dernières années, mais se demandent si à  terme, les spectateurs ne vont pas finir par se lasser comme beaucoup de réalisateurs l’utilisent en ce moment.

S’ils devaient conseiller des films, cela dépendrait bien sûr de la fibre de chacun, du public et de leurs goûts personnels. La liste est très variée: « Blow-Up » sortit en 1967 du réalisateur Antonioni, un film un peu Hitchcockien sous certains aspects, indémodable, passionnant qui intéressera aussi les jeunes générations. Un chef-d’Å“uvre selon Olivier Delhoume.
Pour Benjamin Smadja : « Mon film de chevet c’est « Retour vers le futur », mais je conseillerais également les comédies anglaises comme « Shaun of the Dead », « Hot Fuzz » et « Paul » dont les acteurs principaux et les scénaristes y sont les même et « La route ».
Loïc Valceschini, pour sa part, recommande « Winter’s Bone », « Black Swan » et les films de Terrence Malick dont « The Tree of Life » en salle depuis peu à  Genève et vainqueur de la Palme d’Or au Festival de Cannes ! Les films de Quentin Tarantino, Brian De Palma et des années 70 l’ont également marqué.

Benjamin Smadja animateur à  One FM
Benjamin Smadja animateur à  One FM
© Patrick Preperier pour GBnews

Pour exercer ce métier et dans ce domaine, il faut être passionné. Quels conseils donneraient-ils à  quelqu’un voulant l’exercer.
Selon Benjamin Smadja: « Il faut que ce soit une passion avant tout. Il faut voir le négatif et le positif dans chaque film que l’on va voir. »
Loïc Valceschini: « Je conseille d’écrire déjà  pour soi. Si on n’a pas un endroit précis pour écrire, ça peut être un forum, un blog, exercer sa passion en fait. Moi je le fais avant tout pour la passion. »
Olivier Delhoume: « Il faut être un bon journaliste, vouloir transmettre l’information, il faut avoir une bonne connaissance de l’histoire du cinéma. »

Pour terminer, j’ai voulu connaître leur avis sur un film en particulier et savoir ce qu’ils avaient pensé de « Buried ».
Benjamin Smadja: « J’ai beaucoup apprécié, j’ai trouvé les choix du film et le scénario osés, comme de montrer un seul acteur, Ryan Reynolds, même si la fin est un peu prévisible. Mais il y a eu un magnifique travail sur les éclairages et les choix d’angles des caméras. »

Loïc Valceschini: « Très bonne surprise sur plusieurs points, déjà  parce que c’est un film à  tout petit budget et on ne le remarque pas forcément. Surtout n’importe qui pourrait dire que c’est un film américain, alors qu’il n’y a que l’acteur qui l’est. C’est un exploit au niveau narratif, c’est osé et ça tient la route, c’est très réussi. On ne s’embête pas, c’est bien lié, bien construit avec des bonnes idées de mise en scène. Ce qui est bien avec cet acteur assez connu, c’est qu’il accepte ce genre de rôle dans une petite production espagnole. »

Olivier Delhoume: « Je trouve que c’est un film intéressant et très particulier dans le cinéma. Pour ce film avec la rigueur du découpage, du scénario, du cadrage, des effets spéciaux, des dialogues qui se font par téléphones interposés, des monologues, ils nous font vraiment partager une expérience hors du commun et là  on est transposé dans les conditions d’une expérience au-delà  du théâtre. On est vraiment pris dans ce film et on vit quasiment cette expérience. »


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