Directrice du musée Ariana

écrit par Myriam Bango   // 13 avril 2011   // 0 Commentaires

Les élections au Conseil administratif de la Ville de Genève approchent à grand pas ; elles auront lieu le 17 avril 2011. Trois personnes sont intéressées à diriger le Département de la Culture : Sami Kanaan, Florence Kraft Babel et Pierre Maudet. Nous avons rencontré Isabelle Naef Galuba, directrice du Musée Ariana, qui nous parle de son métier, des missions du Musée Ariana et explique l’impact des futures élections sur la gestion d’une institution culturelle à Genève.

Isabelle Naef Galuba, Directrice du musée Ariana
Isabelle Naef Galuba, Directrice du musée Ariana
© Patrick Preperier pour GBnews

Mme Galuba, décrivez nous brièvement votre formation et votre parcours professionnel.

Initialement, je suis historienne de l’art, mais j’ai également achevé deux diplômes post grades : l’un en gestion et management des systèmes d’information et l’autre en management de la culture. Actuellement, j’effectue un diplôme post grade en leadership transactionnel (cf : gestion du changement dans les organisations).
J’ai débuté ma vie professionnelle au Musée Ariana en tant que collaboratrice scientifique, puis pendant 15 ans, j’ai été responsable de la centrale d’inventaire aux Musées d’art et d’histoire. Vers 2000, j’ai été nommée à la direction du Fonds municipal d’art contemporain et en parallèle, conseillère culturelle en art contemporain. Ensuite, je suis retournée aux Musées d’art et d’histoire en tant que directrice adjointe et responsable des Ressources Humaines. Récemment, en 2010, le Conseil administratif a décidé d’autonomiser le Musée Ariana, qui était auparavant une filiale des Musées d’art et d’histoire. J’ai alors rejoint la direction du Musée Ariana.

Vous avez travaillé et exercé des postes à responsabilité. Comment y êtes-vous parvenue?

Musée Ariana
Musée Ariana
© Patrick Preperier pour GBnews

Il est vrai que j’ai un parcours assez diversifié, bien qu’il se déroule depuis plus de 20 ans au sein d’une administration publique (la Ville de Genève) et du Département de la culture. Je suis parvenue à ces postes à responsabilité par intérêt, notamment pour le management dans les institutions. Je me suis particulièrement intéressée aux problématiques suivantes:
- Comment s’organise-t-on dans une institution ? et comment s’insère-t-on en tant qu’organisation dans la discussion avec les autorités politiques?
- Comment peut-on valoriser, du mieux possible, cette politique culturelle et être une force de proposition auprès des différentes autorités politiques?
Les personnes avec lesquelles j’ai eu l’occasion de travailler dans mes différents postes m’ont toujours suivie et reconnue, ce qui m’a permis d’identifier une force pour le management et la gestion d’équipe.

Quelle est votre journée type à la direction du Musée Ariana?

Mon planning dépend des périodes de l’année ; en ce moment, je dédie quasiment toute ma journée à l’élaboration des budgets:
expression des besoins de notre institution et de nos projets. En règle générale, après avoir consulté ma messagerie en arrivant le matin, je m’occupe des différents projets en cours. Il peut s’agir de la gestion d’équipe (entretien, séance à mener, instructions à donner), de la gestion financière ou administrative (répondre à une demande d’un magistrat, suivre les travaux d’entretien du bâtiment, rencontrer les fournisseurs..).
En ce moment, je prépare un projet d’exposition itinérante sur le verre, portant sur le travail de deux artistes de renommée internationale. Pour cette exposition, l’équipe doit être assez polyvalente : être en contact avec les artistes et les musées, demander des devis, préparer un concept, discuter avec le muséographe et gérer la partie administrative.
Le travail autour de cette exposition constitue un peu un challenge, car il faut savoir manier deux aspects : le côté administratif et le côté artistique (commissariat d’exposition) sachant qu’il y a des priorités dans les deux.

Quels sont les aspects positifs et négatifs de votre poste?

Je dirais qu’il y a surtout des aspects positifs ; j’exerce un poste que j’ai vraiment souhaité occuper et qui correspond à ma formation ainsi qu’à mon goût pour la création contemporaine. Je travaille dans un cadre magnifique et le musée Ariana est une institution reconnue au niveau international.
D’ailleurs, ce poste me permet d’allier tout ce que je sais faire avec ce que j’aime faire : histoire de l’art, céramique contemporaine, contacts avec des artistes actuels, management et gestion d’équipe.
En ce qui concerne les aspects négatifs ; je ne dirais pas négatifs, mais qui peuvent générer de l’inquiétude. Ils concernent la politique culturelle. Tous les quatre ans, un nouveau magistrat est élu à la tête du département de la culture. Donc, nous ne savons pas quelle sera la politique culturelle : budget et importance consacrés au musée Ariana.
La difficulté consiste à préparer des nouveaux projets, tout en ne sachant pas encore si on pourra les réaliser. Cela rend les choses difficiles mais également plus intéressantes, car on doit alors faire preuve de créativité et imaginer de nombreux scénarios.

Comment sont financés les postes et les activités du Musée Ariana, vu qu’il est maintenant détaché des Musées d’art et d’histoire de la Ville de Genève?

En même temps qu’il a été détaché des Musées d’art et d’histoire, l’Ariana a reçu son propre budget, donné par la Ville de Genève. Au niveau du personnel, des personnes sont restées au Musée Ariana. D’autres ont été transférées du Musée d’art et d’histoire au Musée Ariana (équipe de surveillance, médiatrice culturelle, décorateur-technicien).

Vous avez un poste-clé au Musée Ariana (directrice), quelle est la politique de recrutement au musée et comment traitez-vous les offres spontanées?

En ce moment, il n’y a pas de postes vacants ici ; je n’ai donc pas de proposition à faire pour du recrutement. En principe, toutes les offres spontanées sont d’abord lues par l’adjointe administrative qui sait ce qui peut nous intéresser comme candidatures (historiens de l’art, spécialisés dans la céramique et le verre). A l’avenir, nous pourrions employer des personnes à des postes dans la conservation et la médiation culturelle.

Musée Ariana
Musée Ariana
© Patrick Preperier pour GBnews

Nous répondons à chaque offre spontanée en expliquant qu’actuellement, il n’y a pas de poste disponible. Parfois, nous indiquons à la personne que nous conservons son dossier. L’an passé, nous avons engagé deux collaborateurs scientifiques par le biais d’offres spontanées, pour l’organisation des expositions, le travail d’inventaire et la documentation. Nous leur avons fait passer des entretiens puis nous avons fait notre choix selon le profil recherché. Le recrutement se fait également par le biais des annonces postées sur le site de la Ville de Genève et nous occupons des emplois-solidarité pour la surveillance des salles. Si des fonctionnaires partent en retraite, nous recruterons des emplois-solidarité, car il est important de leur donner un emploi fixe.

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Musée Ariana
Musée Ariana
© Patrick Preperier pour GBnews

Engagez vous des apprentis ou des stagiaires?

Pour le moment, nous n’engageons pas d’apprentis, car nous sommes dans une période de transition et de réorganisation dans le musée. Or, il est important qu’une personne du musée soit disponible pour confier un travail aux apprentis et assurer un suivi dans le temps, ce qui n’est pas possible actuellement.
Concernant les stagiaires, nous recherchons des personnes qui sont formées dans la conservation, la restauration ou qui s’intéressent particulièrement à la céramique et au verre. Par la suite, nous comptons engager des stagiaires dans d’autres domaines comme l’administration ou l’accueil et dans le domaine scientifique. Je pense qu’il est important de former les jeunes et leur donner une chance, car ce sont nos successeurs.

Quelles sont les missions et les activités du département de communication au Musée et notamment concernant la médiation culturelle?

Dans notre département, il y a le volet de la communication institutionnelle et le volet de la communication événementielle. Notre chargée de communication et de promotion élabore des dossiers de presse pour chaque exposition. Elle reste également en contact permanent avec les journaux (presse locale, internationale et spécialisée).
En matière de médiation culturelle, nous essayons de toucher un large public, avec un travail de la meilleure qualité possible, ce qui se traduit par des activités diverses. Nous proposons, par exemple, des ateliers aux enfants, qui leur permettent de fabriquer des objets et de comprendre les techniques. Par ailleurs, nous avons mis en place des visites contées, sur un thème, qui font par exemple, le lien entre l’objet et son décor. Nous travaillons avec les écoles et créons des relais avec les enseignants, pour qu’ils emmènent leurs classes voir les expositions.

Plusieurs fois par année, nous proposons des visites en langue des signes avec une guide-médiatrice qui est elle-même sourde. Concernant le public des aînés, nous avons élaboré un programme sur l’année pour l’université du troisième âge : les personnes choisissent un objet et suivent un enseignement ou une formation sur l’objet. Nous avons un programme de conférences baptisé « les causeries du jeudi » qui démarrera au mois de mai. Il s’agit d’un échange ou d’une conférence en présence d’un(e) artiste ou d’un(e) commissaire, suivie d’un lunch. Depuis 2 ans, nous mettons des audio guides à disposition des visiteurs et nous avons développé toutes sortes de partenariats pour chaque exposition. Nous essayons de croiser les disciplines (écriture, danse, chant), tout en donnant au public l’occasion de comprendre le matériau, la technique utilisée et l’histoire de l’objet. L’exposition actuelle, « 1001 bols » se composera ainsi d’une visite puis d’une dégustation de thé.

Le musée propose régulièrement des expositions (cf : legs Csaba Gaspar), comment et par quels moyens communiquez vous sur ces nouveautés?

Vu notre récente autonomie, nous avons mis en place une communication institutionnelle qui nous rend visibles et distincts des Musées d’art et d’histoire. A présent, nous possédons notre propre charte graphique et nous sommes en train de refaire le dépliant institutionnel qui, je pense, va être édité dans le courant du mois d’avril, en anglais et en français. Nous essayons de cibler les publics anglophones, vu que notre musée est placé au cœur des organisations internationales et parce que ces publics méconnaissent encore trop le musée.
Notre première lettre d’information mensuelle électronique est parue le 4 avril. Cette newsletter constitue un instrument de communication fort appréciable, permettant de toucher un large public (jeunes, aînés, enfants) et d’effectuer des rappels de l’offre culturelle. L’objectif est de susciter l’envie de venir voir une exposition ou de suivre une activité, parmi le programme assez riche que nous proposons.
Nous possédons également un site internet, que nous sommes actuellement en train de refondre entièrement. Pour ce site, nous collaborons avec le département de la culture et d’autres institutions culturelles (musées, bibliothèques…) ainsi que la direction des systèmes d’information et de communication (DSIC) en analysant les convergences possibles et intéressantes pour le public. Nous souhaitons d’ailleurs éditer, dans le courant du mois de mai ou juin, un journal imprimé qui serait baptisé la « Gazette de l’Ariana ». Ce journal, d’un nouveau format, visera un public différent, qui n’utilise pas forcément Internet. Il nous donnera la possibilité de développer l’analyse dans les articles, contrairement à la newsletter dont l’information est assez brève et directe.
Enfin, nous communiquons sur les nouvelles expositions par le biais des trapèzes, ces panneaux d’affichage en ville.

Pensez-vous utiliser de nouvelles technologies pour promouvoir vos futures expositions?

Nous travaillons en étroite collaboration avec le Département des systèmes d’information et de communication, qui est le service compétent en informatique. Cette année, le musée Ariana a été invité comme exposant culturel au Salon des Antiquités. Nous réfléchissons donc à tester un certain nombre de nouvelles technologies, notamment une application Iphone permettant de rapatrier les informations sur les pièces exposées ou un Ipad distribué à l’entrée. Prochainement, nous souhaitons également mettre nos collections en ligne, tout comme le Musée d’art et d’histoire. Je pense que les nouvelles technologies rendent l’information plus accessible et permettent de susciter l’intérêt des visiteurs pour un objet ou une collection. Les expositions virtuelles, quant à elles, sont devenues un peu un « gadget » car à mon avis, rien ne remplace une visite dans le musée.

Musée Ariana
Musée Ariana
© Patrick Preperier pour GBnews

Avez-vous remarqué une augmentation de la fréquentation du Musée, depuis que le « Geneva Pass » a été créé et que son offre comprend une visite du Musée Ariana?

Je n’ai pas encore remarqué d’augmentation dans la fréquentation du Musée mais je pense que la création du « Geneva Pass » est une excellente idée. Il faut, je pense, un peu de temps pour que la promotion se fasse et que les touristes sachent que ce « pass » existe. Nous pensons coupler ce « Geneva Pass » avec nos propres efforts pour mieux recevoir les publics et offrir aux publics anglophones les meilleures prestations possibles. C’est donc pour nous l’occasion de faire évoluer nos prestations : la traduction des publications, de la newsletter, du site web et des cartels dans les salles.


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