Head Investor Relations

écrit par Myriam Bango   // 8 juillet 2011   // 0 Commentaires

Il y a quelques années, M. Wullschleger a amorcé un changement dans sa carrière après avoir exercé en tant qu’enseignant à l’école secondaire. Tout en travaillant en tant qu’assistant en publicité puis conseiller en relations publiques, il a effectué un Postgraduate en management et communication à St Gall. Il a ensuite travaillé pour de grands groupes tels qu’Ascom ou Roche.

Lorsque Roche a décidé de coter Givaudan en bourse, M. Wullschleger a décidé de continuer sa carrière au sein de Givaudan. Il y occupe actuellement le poste de « Head investor relations » et est notamment chargé des relations avec les investisseurs. Nous avons souhaité en savoir plus sur ses responsabilités et le fonctionnement du département communication au sein d’une multinationale.

Peter Wullschleger

Peter Wullschleger © Givaudan

 

Comment devient-on « Head Investor Relations » chez Givaudan?

Lorsque j’ai commencé à travailler chez Givaudan, je m’occupais surtout des relations médias, puis j’ai été chargé des relations avec les investisseurs, ce qui est également pour moi une tâche de communication. L’un des groupes cible d’une entreprise cotée en bourse, telle que Givaudan, est son groupe des actionnaires et les potentiels (associés ou affiliés) actionnaires. Je me charge donc de la communication stratégique et financière avec les investisseurs et je surveille la communication du groupe, en particulier avec les médias financiers. Etant donné que nous sommes un groupe axé « business to business » et non « business to consumers », nous ne faisons pas beaucoup d’efforts dans les médias publics mais nous nous concentrons sur la communication avec les « trade medias » , à savoir des journaux suisses tels que l’Agefi, Finanzen Wirtschaft et sur le plan mondial, des journaux tels que le Financial Times et le Wall Street Journal . Ensuite, nous avons deux sections : celle des parfums et celle des arômes. Du côté de la section parfums, ce sont les médias féminins qui se chargent de la communication avec les clients au travers des publicités. En ce qui concerne les arômes, ce sont les médias dans le domaine alimentaire qui communiquent.

 

Comment le département de la communication est-il organisé chez Givaudan?

Au niveau du groupe Givaudan, je suis donc chargé de la communication stratégique et financière. Nous possédons également un département de communication interne qui s’occupe de la communication avec les employés du site. Les divisions, quant à elles, s’occupent de la communication externe : division parfums et arômes. Chaque marque de parfum assure, par exemple, sa propre communication à travers des publicités.

 

Flacon Givaudan

© Patrick Preperier pour GBNews

En tant qu’entreprise du domaine des parfums /des arômes, comment faites vous alors pour développer votre clientèle?

Notre clientèle étant très restreinte, nous la connaissons particulièrement bien et assurons une communication directe avec ces derniers. Les « Key Account Managers » s’occupent de la relation client, ainsi que les vendeurs des produits. Les entreprises de télécommunications ont, par exemple, des clients anonymes et doivent les atteindre avec l’aide des médias, des publicités et des relations publiques. Dans un « business to business », nous connaissons bien nos clients, leurs besoins et leurs attentes. En tout et sur un plan mondial, nous devons avoir environ 1’000 clients ; on peut les mentionner : Nestlé, Migros, la Coop. Il n’y a pas d’entreprise de parfum de taille dont le siège soit situé en Suisse (l’Oréal est basé à Paris). Nous travaillons donc sur le plan national, surtout avec des entreprises alimentaires, agroalimentaires ou celles qui proposent des produits ménagers ou de soins corporels (P&G, Unilever). Dans d’autres pays comme la Chine ou le Brésil, il y a également des grands distributeurs qui font appel à nos services. Nous possédons 25 % de parts de marché au niveau mondial dans nos domaines.

 

Quels sont les outils, supports utilisés pour la communication : journaux, sites web, réseaux sociaux?

Nous communiquons surtout par le biais des journaux pour l’aspect financier, mais également les chaînes de télévisions comme CNBC qui proposent des émissions boursières. En ce qui concerne les divisions parfums et arômes, elles communiquent par le biais des magazines spécialisés.
Nous utilisons peu les réseaux sociaux car le consommateur ne nous connaît pas ; ce sont les clients qui communiquent avec les consommateurs par les réseaux sociaux (pages, groupes..). Notre site internet va certainement être développé et comprendre une page consommateur, qui ressemblera à une page Facebook. Pour le moment, nous n’avons pas encore nécessairement trouvé le moyen de s’occuper de la communication sur les réseaux sociaux car ce serait coûteux d’engager une personne tel qu’un community manager, qui rassemble toutes les pages ouvertes et cultive le dialogue sur celles-ci.

 

Givaudan

© Givaudan

Quelles sont les qualités requises pour travailler chez Givaudan et celles requises dans le secteur de la communication /des relations publiques?

Nous recherchons des compétences assez générales et des personnes qui sont de bon-nes communicateurs-trices. Il faut entre autres savoir se mettre à la place d’autrui, que ce soit dans la peau du client ou d’un-e employé-e à l’interne et reconnaître quels sont ses besoins en information et en communication tout en restant au courant de l’actualité.. Je pense que communiquer c’est écouter et réagir en conséquence.

 

Quels sont vos prochains défis dans le domaine de la communication chez Givaudan?

Il y a toujours des défis à court terme comme celui d’expliquer la performance de Givaudan à l’extérieur. A long terme, il y a des défis liés également à la communication, dans un monde qui utilise de plus en plus les ressources naturelles. Il faut être capable d’utiliser ces ressources et d’avoir un impact durable sur l’environnement ; on n’exploite pas les ressources sans réfléchir à l’avenir. Il faut savoir aussi parler et communiquer autour de cet aspect. La résine de Benjoin, par exemple, est ramassée par des indigènes au Laos. Malheureusement, ces gens partent en ville pour scolariser leurs enfants et nous risquons donc de ne plus pouvoir bénéficier de cette ressource. Nous avons trouvé une solution en construisant une école, en payant les professeurs, le transport des enfants et le matériel. En échange, ces familles restent sur place et continuent à récolter cette résine. Givaudan est une entreprise qui s’engage beaucoup socialement sans toutefois en parler autour d’elle, car elle préfère agir plutôt que parler. Nous menons des projets de développement durable également en Australie (huile de bois de santal), Rwanda (patchouli), les Iles Comores (l’Ylang Ylang)et Madagascar (vanille).

 

Avec quels types de clients/ de publics ou de cibles travaillez vous chez Givaudan?

De mon côté je travaille principalement avec les gérants de fonds, analystes et le marché financier dans son ensemble, par le biais d’une communication directe. Celle-ci est complétée par la communication avec les médias financiers.
Les « key account manager » et les vendeurs visitent le client, et travaillent avec les médias spécialisés : alimentaires, beauté-bien être, soins ménagers et corporels.
A l’intérieur du groupe, il y a le département de la communication interne qui élabore notamment un « paquet-information » pour les employés de chaque site. Il existe également des intranets et bientôt des intranets locaux pour le personnel de Givaudan. Les employés qui travaillent dans la production n’ont pas forcément accès à un ordinateur, voilà pourquoi nous avons également installé des ordinateurs dans les coins-pause pour qu’ils puissent consulter les informations relatives à notre entreprise.

 

Givaudan

© Givaudan

Vous comptez un actionnaire prestigieux, Bill Gates : pensez vous que cela peut avoir un impact positif en terme d’image, de réputation?

Tout à fait. Lorsqu’un actionnaire possède plus de 3% du capital de l’entreprise, il doit le déclarer publiquement. Quand la fondation Bill Gates a déclaré être actionnaire de Givaudan et que l’information a été communiquée aux médias, j’ai eu immédiatement de nombreux appels téléphoniques pour me féliciter!

 

Avez-vous un message à adresser à nos lecteurs?

Avec toute l’expérience que j’ai, je voudrais souligner que la communication, c’est vraiment écouter l’autre, comprendre ses besoins et agir en conséquence. Cela ne sert à rien de simplement envoyer des informations de part et d’autre autour de soi sans cette écoute. Internet nous donne actuellement la possibilité de partager l’information au niveau mondial. Je pense que les réseaux sociaux, en étant basés sur la proximité pour le partage des informations, fonctionnent sur le même principe que le village avec sa place publique.


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