Les scénaristes font leur cinéma
25 novembre 2011 // 0 CommentairesStéphanie Chuat & Véronique Reymond : un tandem de choc
Une complicité de longue date unit Stéphanie Chuat et Véronique Reymond. Comédiennes de formation, elles travaillent en duo dans les domaines du théâtre, du cinéma et de la télévision, dont elles se jouent constamment des frontières. Leurs spectacles marient avec bonheur théâtre, chansons et vidéo. Après cinq court-métrages et deux documentaires, elles signent l’écriture de leur premier long-métrage de fiction, LA PETITE CHAMBRE, qui a remporté les Quartz du Meilleur Film et du Meilleur Scénario au Prix du Cinéma Suisse 2011.
Vous venez toutes les deux du théâtre, du monde du spectacle. Le cinéma est-il pour vous une passion ancienne ou s’est-elle développée au cours de votre parcours ?
Le cinéma est arrivé en cours de route. Nous avons commencé par insérer des séquences filmées en cinéma muet noir/blanc dans l’un de nos spectacles. Cela nous a beaucoup plu et nous avons eu envie d’explorer davantage ce moyen d’expression, en continuant d’intégrer des séquences vidéo dans nos créations théâtrales. Nous sommes ensuite passées à l’écriture et à la réalisation de court-métrages et de films documentaires, avant de nous lancer dans notre premier long-métrage. Mais nous poursuivons également nos activités au théâtre : nous venons de reprendre le spectacle « Lignes de faille », adaptation du roman de Nancy Huston, au Théâtre de Vidy-Lausanne.
S’agit-il de domaines perméables et complémentaires ou les considérez-vous comme indépendants l’un de l’autre ?
Les deux domaines se nourrissent mutuellement et nous enrichissent considérablement lorsque nous passons de l’un à l’autre. Avoir réalisé deux films documentaires avant de passer à l’écriture de LA PETITE CHAMBRE a par exemple été très formateur pour nous, notamment dans la construction des personnages du film, car nous souhaitions que ceux-ci soient au plus près de la réalité, afin que le spectateur puisse s’identifier à eux.
Vous travaillez en binôme. Comment se passe l’écriture à quatre mains ? S’agit-il d’une collaboration de tous les instants ? Vous arrive-t-il d’avoir des différends ?
Comme nous nous connaissons depuis l’enfance, nous avons un grand terrain de jeu commun et de multiples références qui nous permettent de puiser dans un panel de personnages très large pour l’écriture de nos différents projets. LA PETITE CHAMBRE est le résultat de ce tricotage permanent entre nos deux imaginaires. Nous donnons parfois l’image d’un monologue à deux voix, car nous parlons énormément avant de passer à l’écriture. Puis l’une de nous deux prend l’ordinateur et, toujours dans ce dialogue, nous notons nos idées et les développons au fil de nos discussions. Nous nous voyons tous les jours pour travailler. Cette régularité est très importante, car elle nous donne une structure, un cadre. Nous avons très peu de tensions au niveau de notre créativité ; c’est l’avantage de travailler ensemble depuis longtemps. Au contraire, nous avons toujours plus de plaisir à cette perpétuelle ébullition commune. Lorsque nous travaillons en équipe avec d’autres collaborateurs, nous sommes attentives à nous mettre d’accord en amont, afin de ne pas avoir de conflit potentiel au moment du tournage par exemple, ce qui pourrait retarder le travail du groupe.
Le cinéma est souvent un milieu où l’on se forme sur le tas. Avez-vous suivi une formation officielle au scénario et/ou à la réalisation ?
Nous n’avons pas fait d’école de cinéma et nous sommes en effet formées par l’expérience directe.
Vous avez réalisé votre propre scénario. Cela signifie-t-il que vous vous laissez une grande marge de liberté au stade de l’écriture ou êtes-vous au contraire très scrupuleuses quant au respect du script ? Quelle est la part de modification/création au moment du tournage ?
Le scénario de LA PETITE CHAMBRE a été développé durant trois ans avant le tournage, donc énormément écrit et retravaillé, notamment au niveau des dialogues. Le scénario tourné est celui qui a été écrit, sans improvisation. De plus, pour des questions de mémorisation, Michel Bouquet, qui avait 83 ans à l’époque, nous a demandé un mois avant le tournage de ne plus toucher à son texte. Par contre, durant la phase de montage, nous avons retouché pas mal de choses, coupant dans le texte, resserrant certains endroits.
La technique scénaristique, particulièrement telle qu’on l’enseigne aux Etats-Unis, exige de suivre certaines règles (du point de vue narratif et de développement de l’intrigue) et certains standards (du point de vue de la mise en page). Peut-on se lancer sans en tenir compte ?
Tout dépend du film que vous voulez faire, s’il s’agit d’un film expérimental ou d’une forme de narration plus classique. Pour LA PETITE CHAMBRE, comme il s’agit de notre premier scénario de long-métrage, nous avons travaillé de manière méthodique, afin de créer une histoire dont la structure dramaturgique ait une progression. Nous avons travaillé avec plusieurs script doctors et coachs, qui lisaient et commentaient notre travail à diverses étapes du développement. Cela nous a été très utile, car nous souhaitions ces « confrontations » qui nous permettaient de questionner et débattre de nos idées, de les vérifier dans un dialogue avec une personne extérieure à l’écriture du scénario. Le choix du script doctor est primordial, car il faut que cette personne soit constructive par rapport au film que vous souhaitez développer en tant qu’auteur, qu’elle soit au service du projet.
Comment travaillez-vous la psychologie des personnages ? Vous inspirez-vous de votre propre vécu ? Puisez-vous dans votre expérience de comédiennes ?
Les personnages de nos fictions sont basés sur un mélange d’observations et d’inventions. Quant à notre expérience de comédiennes, elle nous sert surtout au moment des dialogues, lorsque nous disons les répliques en les écrivant et les testons sur nous-mêmes. Nous les retouchons jusqu’à ce qu’elles nous semblent « sonner juste » par rapport à la situation que nous écrivons et au personnage qui la dit.
Avez-vous protégé votre script par des droits d’auteur avant de l’exploiter ?
Nous sommes inscrites à la Société Suisse des Auteurs basée à Lausanne (www.ssa.ch) et déposons nos projets là-bas, au stade du traitement.
Avez-vous des projets pour de futurs films ?
Oui, nous développons actuellement plusieurs projets. Parmi eux, une série TV « A livre ouvert », dont la trame se déroule dans une bibliothèque, et un documentaire, « Ces Dames », qui traite de la vie en solo chez les femmes de 65-70 ans, lorsque les hommes se font plus rares…
Retrouvez davantage d’informations et toute l’actualité du duo de choc Stéphanie Chuat et Véronique Reymond sur : http://www.chuat-reymond.com
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