Photographe : un métier à plusieurs facettes

écrit par Catherine Ferret   // 4 octobre 2011   // 0 Commentaires

empreinte

 

MARC NINGHETTO

PHOTOGRAPHE DE MODE ET DE PUBLICITE

 

Depuis vingt ans dans la photographie de mode et de pub, Marc Ninghetto a de belles réalisations à son palmarès. Pour n’en citer que quelques-unes: Hublot, Procter et Gamble, Le bon Génie, Baume et Mercier, Nestlé, les magazines Bilan ou Femina, entre autres, ont déjà fait appel à lui.

Nous l’avons rencontré afin de mieux comprendre comment on parvient à séduire de grandes marques et à travailler pour des clients prestigieux. Ses réponses ont éclairé notre curiosité.

 

Marc Ninghetto est donc « depuis quelques années sur le marché » comme il le dit. Il est bien placé pour nous parler de son métier de photographe et de la situation que connaît ce secteur d’activité dans la ville où il est établi. Mais comment devient-on l’un des photographes les plus en vue à Genève?

 

Début de carrière

Sorti de l’Ecole de Vevey, Marc Ninghetto a fait un stage de plusieurs mois comme premier assistant auprès de Dominique Issermann à Paris. Le temps pour lui d’être rôdé à la prise de vue sur le terrain et de se faire une idée plus précise sur le métier.

Son séjour à Paris en tant qu’assistant aura très certainement complété de manière concrète et « épique » son apprentissage. Rien ne vaut un stage auprès d’un grand photographe travaillant sur des campagnes de pub à gros budgets pour se rendre compte de ce qu’est le métier d’un photographe de mode parvenu au top niveau. Pourtant, il met un terme à cette expérience après huit mois, non sans avoir acquis un surplus de connaissances pratiques et surtout un bon réseau.

Il rentre en Suisse et s’établit aussitôt à son compte à Genève. Au tout début, il démarche les agences de pub avec son “book”. Il travaille sur commande. Satisfait, l’un de ses clients le sollicite à nouveau, et surtout le fait connaître à d’autres clients potentiels. “Vous travaillez pour quelqu’un qui est satisfait. On vous redemande, et on vous recommande”. Les opportunités s’enchaînent. Il crée et développe ainsi son réseau de connaissances. Selon lui, c’est aussi une question de mode. “Un photographe peut être à la mode un certain temps, puis plus. Et ça revient.”

A l’entendre, une parcours tel que le sien apparaît évident. Mais ce qui fait la différence c’est la confiance. Une confiance qui s’acquiert  grâce à un travail sérieux, appliqué et régulier.

Ancien assistant lui-même, Marc Ninghetto travaille avec deux ou trois personnes. J’engage des assistants à la journée, au contrat, et seulement dans le cadre de mes séances de prises de vues. J’attends d’ eux qu’ils soient à la fois proactifs et réactifs, qu’ils m’apportent un vrai soutien.”

Marc Ninghetto © Catherine Ferret

“Il n’y a pas une, mais des journées types…”

Tout d’abord, il faut savoir qu’un photographe de mode ne travaille pas avec les mêmes impératifs qu’un autre photographe. On peut comprendre aisément que les photographies destinées aux publicités et aux magazines nécessitent encore davantage de soin quant à la sélection des prises de vue, aux corrections, aux finitions, ceci pour optimiser la qualité d’une image finale dont le but est de valoriser, de promouvoir une marque, voire de faire rêver.

Un tiers de son temps de travail est dévolu aux prises de vues, alors que les deux autres tiers sont consacrés à la post-production: sélection des images, validation et retouches. Il ne s’agit pas uniquement de prendre des photos, mais de réaliser en aval tout un travail pour choisir les meilleures, les optimiser, les classifier.

“Il y a donc plusieurs journées types, à commencer par celles des prises de vues où l’on démarre très tôt le matin, où l’on doit préparer le matériel pour la journée de prises. On revient le soir tard, on a travaillé à fond et on est mort. “

Il y a les journées consacrées à la post-production : trier les photos, les classifier et les retoucher prend beaucoup de temps. Pour une photographie qui sera sélectionnée, Marc Ninghetto en propose dix au client, qui peut ainsi faire son propre choix parmi celles que le photographe lui-même a décidé de lui présenter.

Il y a encore les journées consacrées à l’archivage. Et enfin les journées consacrées au démarchage.

“La phase de sélection des images et le démarchage ne peuvent pas être délégués, explique-t-il. Je ne peux pas demander à quelqu’un d’autre de parler de mon travail à ma place, cela serait mal perçu. Ici, on ne travaille pas avec des agents artistiques, mais directement avec les clients.

 

A l’origine de sa carrière: un déclic

« J’ai décidé de faire de la photo quand j’ai vu une couverture de magazine; ça a été le déclic, se souvient Marc Ninghetto. » 

Il confie avoir un gros coup de cœur pour Peter Beard et pour Richard Avedon. “J’ai adoré David Lachapelle, puis j’ai été déçu… Et j’ai redécouvert ces derniers temps le fantastique travail de Helmut Newton. Les tendances actuelles vont vers un retour au traitement des images des années 1980, avec des références à Guy Bourdin, ou encore David Hamilton et ses photos mangées par la lumière.”

 

Peut-on se lancer dans la photographie de mode à tout âge?

Se lancer à 40 ans? “Pourquoi pas, si on en a l’énergie et la volonté, nous encourage-t-il. Il n’y a pas d’âge pour se lancer, mais il faut se lancer sans hésitation, y aller à fond. Dans tous les cas, démarrer une activité indépendante implique que l’on passe par des moments de restrictions qui sont peut-être plus difficiles à vivre à quarante ans qu’à vingt ans ».

Entre  20 et 30 ans, “on brasse beaucoup d’air, mais on aboutit peu, analyse-t-il. Cela est dû au fait que les grandes compagnies sont un peu réticentes à confier de gros budgets à de jeunes photographes. Avec l’âge, on gagne en crédibilité.”

 

Ce qu’il pense de son métier…

Le métier de reporter l’intéressait moins que celui qu’il exerce. “J’aime mon métier de photographe de mode avec ses pseudo- mises en scène. Certains clients me laissent carte blanche pour une série de photos de mode: je choisis les mannequins, le casting, la styliste, puis la mise en page est conçue avec la direction du magazine. Tout doit être bien préparé, afin de ne pas perdre de temps.”

Ici, à Genève, Marc Ninghetto apprécie de bénéficier d’une liberté totale. “Lorsqu’on travaille sur de très gros budgets de plusieurs millions, comme c’était le cas à Paris, il y a davantage d’intervenants: le directeur artistique du magazine, un directeur de création. Le photographe devient davantage un exécutant. Ici. les contrats sont moins gros, mais cela permet d’être beaucoup plus libre.”

La photographie de mode peut être de différentes natures, deux essentiellement: “Dans la photo de mode dite «débito », il s’agit de créer une série de photos racontant une histoire. Dans la photo de pub en revanche, il n’y a aucune marge de manoeuvre; on répond à une commande spécifique, des dizaines de personnes donnent leur avis. Pour ce genre d’images, il n’y a guère qu’une vingtaine de photographes dans le monde qui sont en mesure de s’imposer sans discussion, puisqu’ils ont été choisis pour leur style particulier. “

 

Comment travaille-t-on dans ce milieu?

A  compétences égales, c’est le photographe qui a le réseau le plus étendu qui aura le plus de travail. “C’est aussi celui qui se montre le plus cool. Il faut savoir se vendre soi-même autant que son travail, faire son propre marketing. Il faut trouver des solutions pour les gens, les surprendre tout en faisant preuve de sérieux. C’est une question de bon dosage, tant  dans sa manière d’être que dans ses relations aux autres.” A Genève, les contacts s’entretiennent beaucoup hors du cadre de travail: lors d’une soirée, d’un événement, d’un repas.”

 

Les projets ou les rêves

“A long terme, j’aimerais davantage travailler sur mes propres projets, mes propres créations, nous confie Marc Ninghetto. Je souhaite également poursuivre mon travail sur commandes, avec des projets ambitieux, stimulants, et présentant des challenges.”

Plus de photos de Marc Ninghetto sur: www.marcninghetto.ch

 

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