Programmateur musical

écrit par Dionys Bresson   // 10 août 2011   // 0 Commentaires

Le succès d’un festival de musique dépend pour beaucoup de la programmation qu’il affiche. Depuis quelques années, à Montreux, le festival off 100% gratuit rencontre un succès grandissant grâce notamment à la qualité des artistes programmés. Rencontre avec deux de ces artisans de l’ombre pour tout savoir des coulisses de leur métier : Claudia Regolatti Muller en charge de la scène « Music in the Park » et David Torreblanca pour le Montreux Jazz Café.

Montreux Jazz Festival

 

- David, Claudia, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

-DT: J’ai fait l’Ecole Hôtelière de Lausanne et puis j’ai été engagé ici comme F&B Manager (food and beverage) en 2004, ce qui n’a rien à voir avec la programmation mais qui a trait à la gestion des stands de boissons et de nourriture, ce que je fais encore aujourd’hui. Au fil des années, j’ai eu de plus en plus de responsabilités. En 2006, on m’a demandé d’organiser deux soirées au Montreux Jazz Café qui se sont bien passées et finalement on nous a donné le jouet. Je dis nous, car il y a aussi Alexandre Edelmann. C’est donc vraiment un truc que l’on fait à côté de notre travail. On fait ça parce qu’on aime la musique et on est content parce que le Montreux Jazz Café marche très bien. Depuis quelques années, on parle beaucoup de cette scène, ce qui nous ravit.

- CRM: Je m’occupe depuis 12 ans de la scène du parc Vernex et je ne fais rien d’autre. Toute l’année, j’écoute les CDs que les groupes nous envoient et parmi ces centaines d’albums et de propositions que l’on reçoit, je choisis ceux qui conviennent pour cette scène.

- DT: La différence c’est que nous avons plutôt tendance à aller chercher la musique.

- CRM:Il faut dire que tous les CDs arrivent sur mon bureau, alors c’est moi qui écoute tout et qui réponds oui ou non à tous ces groupes.

 

-De quelle liberté jouissez-vous en tant que programmateurs musicaux ?

-DT: On doit respecter le budget, donc la liberté s’arrête là. Et puis on doit faire attention à ce qu’il n’y ait pas le même genre de musique dans les autres salles et c’est un peu tout, après on peut faire ce qu’on veut en terme de choix.

- CRM: David suit plutôt les nouvelles tendances, moi je vise un public plus large.

 

- Les budgets sont-ils séparés ?

-DT: Oui, ils le sont.

 

- Et on peut savoir de combien ils sont, ces budgets ?

-DT: Ah non, on ne peut pas savoir.

- CRM: En plus ce ne serait pas vraiment indicatif, car il y a des frais liés à la salle, à l’infrastructure.

 

Montreux Jazz Festival

© D.R

- Qu’est-ce qui est le plus délicat dans le métier de programmateur musical ?

-DT: Je dirais que c’est de faire le bon choix que l’artiste soit content et que ça plaise au public. Ma plus grande frustration, c’est de proposer un concert qui ne rencontre pas le succès attendu. On fait venir des artistes émergents et ça c’est délicat, car s’il est trop émergent, le public risque de ne pas s’y retrouver et de ne pas aimer. Mais maintenant les gens commencent à nous faire confiance et à venir même s’ils ne connaissent pas le groupe. Cette année on a vraiment fait « carton plein », ce qui est vraiment une satisfaction.

- CRM: Ce qui me frustre, ce sont les soirées où on a une super programmation mais où la météo est mauvaise ; ce qui amène peu de public. Ce sont vraiment des journées à bannir du calendrier.

 

- Quand et comment commencez-vous à démarcher les groupes ?

-DT: En ce qui nous concerne on commence en novembre, voire décembre. On fait beaucoup de festivals, par exemple les Transmusicales de Rennes, le festival des Inrockuptibles ou le festival de Brighton qui est un peu comme un marché pour les nouveaux talents émergents. Bien sûr, on lit beaucoup la presse musicale spécialisée ; il n’y a pas de miracles.

 

- Y a-t-il eu des artistes que vous n’avez pas réussi à avoir cette année ?

-DT: Oui, bien sûr. Ma grosse frustration c’est l’annulation d’Agnes Obel, à cause d’une extinction de voix. Et Crystal Castles et Ema dont on va, à mon avis, beaucoup entendre parler. Y en a plein, en fait.

 

- Est-ce que le fait d’être programmé sur une scène gratuite peut déranger certains artistes ?

-DT: Non vraiment, je ne crois pas. En tout cas, on ne nous l’a jamais dit. On donne aux managers la liste des précédentes éditions où l’on retrouve quand même de grands groupes comme Wax Tailor, Ghinzu ou les Ting Tings, ce qui est plutôt encourageant, donc non, je ne crois pas que ça dérange.

 

- David, j’imagine que vous êtes employé à 100% par le Montreux Jazz ?

-DT: Oui, en effet.

 

- Et Claudia ?

-CRM: Moi je suis à 50%, mais je varie mon pourcentage selon le travail à effectuer. Entre août et novembre, par exemple, il y a moins de travail alors je compense au printemps.

 

- Pouvez-vous me donner un point positif du métier de programmateur musical ?

-DT: Ecouter de la musique, déjà, et de voir que ça plaise aux gens. Ça donne des frissons de voir une salle pleine de gens en train de crier et de se dire qu’on y est pour quelque chose.

-CRM: Oui, moi aussi, quand je vois le parc rempli de monde, c’est vraiment gratifiant.

 

Montreux Jazz Festival

© D.R

- Et un point négatif ?

-DT: La frustration d’un concert qui ne marche pas ou les annulations de dernière minute, heureusement rares, qui ne sont pas toujours faciles à gérer. Mais attention, je précise que je ne me considère pas comme programmateur, ce n’est pas mon métier. Je pense que le jour où je commencerai vraiment à me sentir programmateur, je ne ferai plus les choses de manière aussi dégagée. Si je dois commencer à réfléchir, ça ne va pas le faire. Je veux juste faire ce dont j’ai envie.

 

- Est-ce que vous programmez des groupes dont vous n’aimez pas le style ou la musique ?

-CRM: Ah oui, bien sûr, tout le temps, chaque année.

-DT: Moi aussi. Sur 16 groupes, il y en a peut-être 10, 12 que je n’aime pas, mais je sais que ça va plaire au public et c’est l’essentiel.

-CRM: Moi, sur 75, il y en a peut-être 4 ou 5 que je pourrais écouter à la maison. L’important en effet c’est le public. On est très content si un concert marche bien, même si on n’aime pas vraiment la musique. Je peux me retrouver à danser la samba derrière la scène même si je déteste ça.

 

- Un des plus jolis coups du Montreux Jazz Café de ces dernières années ?

-DT: Il y en a plein, bien sûr. Pour cette année je dirais Friendly Fire, les Vaccines et Anna Calvi. Et puis on a eu précédemment les Ting Tings et Jamie Lidell qui ont vraiment donné un bel essor au Jazz café.

 

- Et pour Music in the Park ?

-CRM: Je dirais Justin Nozuka et Groundation.


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