Rédacteur en chef
17 mai 2011 // 0 CommentairesMr Veya a pris le temps de nous parler de son travail, de la formation de journaliste, et du bilan après un an passé à son poste de Rédacteur en chef du journal « Le Temps »!

Mr Veya, Rédacteur en Chef, Le Temps
© Catherine Ferret pour GBnews
Mr VEYA et « LE TEMPS »

© Catherine Ferret pour GBnews
Monsieur Veya, vous êtes devenu le 1er mai 2010, le Rédacteur en chef du journal « Le temps », cela fait donc tout juste un an »¦ Quel est le bilan après un an?
C’est un bilan extrêmement positif, dans la mesure o๠nous avons lancé beaucoup de réformes dont certaines sont en train de se mettre en place. Les plus visibles sont des refontes de rubriques, des nouveaux contenus dans le quotidien et le développement de l’on-line qui a évolué. D’autres « réformes » seront plus longues à mettre en place, prendront plus de temps. Mais je suis satisfait, car les programmes que j’avais initiés fonctionnent bien.
Comment devient-on Rédacteur en chef de « Le Temps »?
Les rédacteurs en chef sont généralement issus de l’encadrement intermédiaire des journaux. Ils ont une expérience en tant que journalistes, et sont souvent devenus chefs de rubriques. C »˜est le canevas classique… «Le temps » fonctionnait aussi sur ce principe. Mais en 2010, pour la première fois dans ce genre d’industrie, en tout cas en Suisse Romande, peut-être même en Suisse, les actionnaires ont décidé de faire un recrutement avec une mise au concours, un processus d’assessment, suivi d’une nomination au terme d’une période de sélection.
Quelles études avez-vous suivi?
J’ai fait des études classiques de commerce et je suis rentré assez jeune dans le journalisme.
Votre entrée en journalisme est-elle due à une vocation, une passion, une rébellion ou une suite logique?
C’est une passion. Je m’intéressais beaucoup au monde de l’information et j’ai eu l’occasion de faire des petits stages dans des journaux qui cherchaient classiquement des gens pour faire des petits travaux le soir. Et donc mes chefs à l’époque ont dû déceler dans mon travail certaines aptitudes pour ce métier et m’ont demandé de prendre des responsabilités un peu plus grandes. Puis les choses se sont enchaînées.
Quel rôle joue un rédacteur en chef?
Le rédacteur en chef est un chef d’orchestre! C’est celui qui va interpréter la musique, c’est-à -dire qui va donner les grandes lignes de la lecture de l’information. C’est celui qui va faire les choix principaux dans l’action, et qui décide de la façon dont va être traitée cette information. C’est son rôle magistral. Enfin, je citerais un rôle beaucoup plus courant, qui est celui de procéder au recrutement des collaborateurs et de fixer les priorités.
Comment recrutez-vous vos journalistes? Sur quels critères?
Il y a deux possibilités de recrutement des journalistes. On recrute souvent de nouveaux journalistes au terme de stages de deux ou trois semaines, qui ont lieu l’été le plus souvent. Cela nous donne déjà une idée des prédispositions que peut avoir une personne. Ensuite, en général, on leur demande de faire un stage un peu plus long. Cela nous donne une meilleure idée de la personne et on peut prendre une décision, faire une demande d »˜engagement. Pour des journalistes plus expérimentés on observe ceux qui sont déjà sur le marché et on fait des propositions aux gens qu »˜on pense recruter.
Quel est selon vous les qualités à avoir pour être un bon journaliste?
La première qualité : être curieux. Il faut aussi avoir une bonne aisance dans l’expression écrite, si on oriente sa carrière vers la presse écrite bien sûr ! Mais surtout, avoir une grande curiosité. Celle qui permet de se poser toute une série de questions. Et bien sûr être passionné par l’information. On doit être un très bon observateur des choses, tout en conservant une méfiance critique. Posséder une honnêteté intellectuelle est un gage de professionnalisme. Il faut savoir aussi reconnaître que l’on peut se tromper dans l’information première que l’on a eu, sur quelqu’un ou quelque chose, et se remettre en question.
Et pour être un bon rédacteur en chef?
Il faut disposer d’une très bonne vision du développement de l’information sur une période de court, moyen et long terme. On ne doit pas se laisser influencer, ne pas céder à des modes, ou se laisser impressionner par le monde de l’information. Il est nécessaire d’avoir à la fois une vision personnelle des choses et une vision politique du monde.
En plus, il faut parvenir à gérer les talents: savoir déceler les bons journalistes, savoir reconnaître ceux qui ont besoin d’un coup de pouce et ceux qu’il faut stimuler pour qu’ils accomplissent au mieux leur tâche.
Avec internet, le journal en ligne est-il devenu un concurrent sérieux de la presse écrite?
C’est un faux débat. Je considère que la presse écrite a trop longtemps considéré l’information on-line comme une menace. Je pense au contraire que c’est une excellente opportunité pour la presse écrite. Pourquoi? Parce que les critères de l’information ne changent pas. Au commencement de l’information sur internet, la menace semblait venir du fait que l’information était gratuite mais finalement la menace venait surtout du fait que les sources des informations n’étaient pas identifiables, donc fiables. Et les sources de qualité ont été en difficulté et ont risqué de perdre leur audience. Mais sur une période plus longue, le tri va se faire. Les grandes « enseignes» de la presse vont rester car le critère déterminant, est et restera toujours, la qualité de l’information. Je comprends que la presse écrite ait eu très peur au commencement parce que le monde de l’information était en train de changer. Et dans ce monde de l’information en mouvement, il était très difficile de savoir quelle direction les choses prendraient. Mais une chose est sûre l’information de qualité va continuer à se payer chère!
De même le plaisir de lire un journal et le plaisir du contact papier demeurent. Un journal est un produit fini o๠« nous » avons déjà effectué pour le lecteur une sélection de l »˜information. Nous avons organisé une mise en scène de l’actualité importante qui évite au lecteur d’avoir à tout lire. Quand celui-ci ouvre son journal, il a déjà une bonne visibilité de ce qui est important!
Comment travaillez « vous d’un support à un autre? Est-ce le même travail? Si non, qu’est-ce qui diffère?
Tout dépend du type de journaux dont on parle. Pour un journal comme « Le Temps », il n y a pas de différence de qualité entre l’information on-line et celle de la presse papier. Les critères de qualité et nos critères pour publier sont les mêmes. Seule différence; le travail et le traitement de l’information on-line est beaucoup plus rapide. On s’intéresse à ce qui se passe sur le moment, les évènements à chaud ! On est dans le vif de l’actualité. Donc sur le net on ira déjà donner l’information le plus rapidement possible, brute et l’analyse viendra dans un second temps! Mais le travail d’approfondissement est le même. Ceci est propre au journal « Le Temps », ce ne sera pas forcément la même politique pour d’autres journaux et le traitement de leurs informations d’un support à un autre peut varier. Bien souvent les critères éthiques du on-line diffèrent de la politique instaurée dans le print. Ce n’est pas le cas dans les colonnes et les fils placés sous l’enseigne du « Temps ».
Quels sont les postes qui s’ouvrent ou les gens que vous recrutez?
On a besoin de journalistes, de secrétaires de rédaction qui s’occupent de la mise en page, qui corrigent et terminent les articles. Mais on a besoin également de tous les métiers qui assurent le support technique ; de l’informatique, du marketing, de la comptabilité « ¦De tous les métiers que l’on rencontre dans une entreprise.
Prenez-vous des stagiaires? Sortis de quelles écoles, de quelles formations?
Auparavant, il n’y avait qu’une voie pour les journalistes »¦En général un futur journaliste terminait un parcours académique. Par la suite, il postulait dans un journal et y faisait un stage pendant deux ans, tout en suivant des cours au Centre Romand de Formation des Journalistes (CRFJ) qui se trouve à Lausanne. Une nouvelle formation aujourd’hui existe à Genève et à Neuchâtel ; elle se fait en un an pour la théorie avec la possibilité de faire une année de pratique en entreprise. Il faut comprendre qu’un jeune journaliste doit avoir l’humilité, avant de viser un poste fixe, de proposer ses services comme stagiaire. Et il doit faire également ses preuves. Par la suite, s’il a fait ses preuves et s’il produit de bons sujets originaux, il a une chance.

© Catherine Ferret pour GBnews
Faut-il être pistonné pour entrer dans un journal?
Si vous connaissez quelqu’un qui travaille au sein d’un journal cela peut être un atout. Par exemple, pour savoir quand un poste est ouvert et trouver le chemin pour rencontrer d’éventuels futurs confrères. Mais il est évident que l’on n’engage pas quelqu’un sur le seul critère de l’amitié. « Le Temps » a une procédure pour éviter toute forme de collusion. Le Rédacteur en chef ne peut engager seul. Formellement, c’est la directrice générale qui signe les contrats avec l’accord du rédacteur en chef. Nous sommes toujours deux. Je suis moi-même accompagné du Responsable RH et d’un adjoint qui s’occupe des questions du personnel. Bien sûr, quand vous êtes déjà journaliste, connaitre quelqu’un au sein d’un journal, avoir des relations avec d’autres entreprises, c’est essentiel. C’est votre réseau professionnel. Cela doit être vrai pour d’autres métiers.
Quels seraient vos souhaits concernant l’avenir du journal?
Bien sûr, je souhaiterais que « Le Temps » continue à se développer, que l’on parvienne à diversifier nos revenus afin, d’améliorer notre assise dans le lectorat et renforcer nos sources de revenus.
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