La création d’entreprise. Quelques pistes pour bien démarrer!

écrit par GBNews-Reporters   // 9 août 2011   // 0 Commentaires

Se mettre à son compte reste un rêve pour beaucoup, mais cela ressemble très souvent à un parcours du combattant et une grande motivation n’est pas toujours suffisante. En Suisse, des organismes aident au montage de son projet afin de créer son propre emploi. Selon ses besoins on s’orientera vers Fondetec, Genilem ou Essaim à Genève. Katrépices, proposant des cours de cuisine et L’Asticot, marque de vêtement éthique pour enfants, sont des exemples d’entreprises qui ont été soutenues par la Fondetec. Nous nous sommes penchés sur le cas particulier de la raison individuelle, exposé par le directeur de la promotion économique lors des « matinales du créateur d’entreprise ». Ces matinales ont également expliqué comment créer une entreprise sociale grâce aux emplois de solidarité, financés par l’office cantonale l’emploi (OCE), en développant des activités à but non lucratif.

 

La Fondetec, fondation pour le développement des emplois et du tissu économique, soutient environ 300 emplois par an

Par Catherine Ferret

 

La Fondetec, fondation communale de droit public, a été créée en 1997 par la ville de Genève afin de stimuler le tissu économique et la création d’emplois. Leur activité est surtout tournée vers le financement d’entreprises et dès septembre, vers l’aide pour trouver un local de bureau.

 

Interview avec Jérôme Favoulet, directeur de la Fondetec.

Jérôme Favoulet, directeur de la Fondetec

Jérôme Favoulet, directeur de la Fondetec © Catherine Ferret pour GBnews

 

Pouvez- vous me parler plus en détails de l’aide que vous apportez pour la création d’entreprise?

L’aide est axée sur le financement. Cette démarche lancée en 1998 visait à comprendre ce qui manquait aux entreprises pour se lancer. A l’époque, le constat avait été que les entreprises avaient du mal à trouver des financements. Cette problématique est toujours d’actualité parce qu’avec la crise financière on s’aperçoit que les banques ne peuvent pas se permettre de prendre de risques. Celles-ci financent de moins en moins les petites entreprises pour des questions de risques calculés trop élevés et la faible rentabilité des petits crédits. Notre activité est donc d’accorder un crédit à des entreprises qui sont refusées par les autres structures, ainsi que les banques.

De plus, à partir de septembre, on va proposer un nouveau projet et une nouvelle problématique. En effet, la ville de Genève détient le record mondial avec Rio de Janeiro du taux le plus bas en termes de vacances de locaux. A l’heure actuelle, le problème premier n’est plus seulement le manque de financement, mais aussi la disponibilité de locaux sur le territoire de la ville. Conséquence : beaucoup d’entreprises ne s’installent pas en ville de Genève, car elles ne trouvent pas d’emplacements financièrement accessibles. Ainsi, nous allons proposer des locaux en complément du financement.

 

Qui aidez-vous et pour quels genres de projets?

Il y a trois catégories de structure:

1- Il y a d’abord les entreprises en devenir, celles qui sont encore au stade de projet. Lors de la création d’une entreprise, nous aidons à finaliser le produit et nous les aidons à faire leur première commande ou à mettre sur pied leur première série. Eventuellement on leur accorde un fonds de roulement pour les premiers mois d’activité.

2- Puis il y a l’aide apportée aux entreprises de moins de trois ans d’activité. Ce sont souvent des entreprises qui ont démarré seules, par leurs propres moyens. Il arrive que ces entreprises aient alors recours à une aide, car leurs fonds personnels s’avèrent insuffisants.

Ou encore les entrepreneurs savaient pertinemment que leur auto- financement ne serait pas suffisant, mais ils ont préféré tester avant leur produit sur le marché pour se faire une idée et voir si leur produit séduisait les consommateurs / clients avant d’avoir recours à un crédit.

3- Enfin, il y a les entreprises de plus de trois ans qui rencontrent des problèmes financiers à un moment donné. On va les aider en leur proposant un plan de restructuration et de redressement.

 

Y-a-t-il des secteurs que vous favorisez?

Non, il n’y a réellement pas de secteurs favorisés. On se demande quel est l’impact de notre financement sur le marché au niveau de l’économie de la ville ? On va s’interroger sur les clauses de besoin ou de nécessité. Par exemple, si quelqu’un souhaite s’installer comme boulanger et que dans cette rue il y en a déjà trois, est-ce vraiment nécessaire d’aider l’implantation d’un quatrième? Par contre, si dans un quartier il n’y a pas de boulanger, la question va se poser différemment. Donc ce n’est pas vraiment le secteur d’activité qui nous intéresse c’est plutôt de savoir si on est en train de vraiment créer un service supplémentaire et important pour la ville en terme de bien-être des habitants et de développement économique, ou bien si on est juste en train de fragiliser les autres commerçants, ceux déjà en place.

 

Peut-on demander une aide à la création à tout moment de l’année ?

Oui, car nous ne fonctionnons pas avec un système de budgets, bloqués ou levés, selon les périodes de l’année.

 

Quels sont les atouts majeurs à posséder si l’on veut s’installer à son compte ?

L’atout majeur est d’avoir une capacité de travail supérieur aux autres. Détenir aussi une certaine réserve au niveau des fonds ou bien des besoins très bas, car il faut être assez souple sur sa propre rémunération pendant les premiers mois. Aussi il faut avoir un réseau, et être soutenu par son environnement.

 

Quels sont vos critères de sélection, que privilégiez-vous lors de vos choix?

Le premier critère est géographique: l’entreprise doit absolument être établie sur le territoire de la ville de Genève. Le deuxième point reste la viabilité du projet, du business plan. Le troisième est la conformité avec tous les aspects légaux. En quatrième il y a la clause de besoin et le potentiel en termes de création d’emplois, l’aide financière étant relative aux nombres de postes que vous allez ou pourrez créer.

 

Financièrement à quelle hauteur intervenez-vous?

Nous apportons une aide financière allant de 1 à 500’000 chf et plus. Au-delà de 500’000 chf, les règles de financement changent. Mais l’aide est relative au nombre d’emplois créés. Une aide de 30’000 chf pour un créateur d’entreprise qui va créer son propre emploi demeure pertinente.

Quant au gros budget de plus de 500’000 chf que nous avons alloué par le passé, il y a quatre ans par exemple, il s’agissait de prêter à une entreprise pharmaceutique qui se lançait et à un distributeur qui allait générer un certain nombre d’emplois.

 

En dehors de l’aide financière, quel type d’aide apportez-vous?

Une fois que l’on a financé des gens, on les accompagne. Ils savent qu’ils peuvent nous appeler quand ils en ont besoin. Quatre gestionnaires sont là pour répondre aux demandes : on a un spécialiste en problèmes juridiques, un spécialiste en gestion-compta-finance, un spécialiste en marketing et un autre en réseau et commercialisation. Donc, on a une palette de personnes de compétences et de savoir-faire différents qui sont au service des gens que nous aidons.

 

Quelles sont les contreparties pour le bénéficiaire, à quoi s’engage t-il ou t-elle?

Comme il s’agit d’un crédit comme un autre, les personnes s’engagent avant tout au remboursement du prêt et à celui du taux d’intérêt de 5 % qui est payable sur le crédit. On demande un engagement en tant que codébiteur solidaire où la personne s’engage à rembourser elle-même le crédit. En effet, il n’y a pas de raison que les uns soient obligés de rembourser si l’entreprise ne marche pas. On met sur pied d’égalité les indépendants et les créateurs de SARLet SA par souci d’équité. De ce fait, on s’est aperçu qu’on avait plus de pérennité sur ce genre de prêt depuis qu’on avait demandé cette clause. Avant, on avait un pourcentage de survie de 60-70% et maintenant on est passé à 80-90%.

 

En chiffre, quelles sont les chances de réussite pour les personnes?

Le taux de réussite est de 85-90% sur 5 ans à Genève et 55 % sur le territoire Suisse sur 3 ans.

 

Peut-on garder son emploi à temps plein et démarrer son entreprise? Est-ce légal ?

Oui, si vous avez l’accord de votre employeur.

 

Quel retour avez-vous sur les créations d’entreprises ? Qu’entendez-vous le plus souvent ?

On constate souvent que personne n’arrive à estimer en avance la difficulté que représente la création de sa propre entreprise. Tous trouvent cela plus dur que ce qu’ils avaient prévu. Aussi il y a le facteur temps pour que les choses se mettent en place. L’autre piège réside dans les experts, qu’ils croisent, qui ne sont pas toujours fiables (fiduciaires, cabinet d’avocats). Ils s’aperçoivent que, quoiqu’il arrive, être son propre patron c’est être responsable aussi de chaque décision prise et qu’ils ne doivent pas mettre entièrement leur projet entre les mains d’experts auxquels ils font appel dont ils attendent des solutions concrètes et qui finalement ne sont pas tenus à des résultats.

 

Assurez-vous un suivi auprès des personnes à qui vous prêtez de l’argent?

Oui, tout à fait, ne serait-ce que pour s’assurer du paiement des mensualités.

 

Combien d’emplois ont été créés en 2010 et dans quels secteurs?

On ne parlera pas en termes de création mais en termes de soutien: environ 300 emplois par an! Mais on peut dire qu’en 2010 les entreprises créées vont générer une centaine d’emplois dans différents domaines.

 

Quelles sont les causes de non-réussite?

La cause principale reste le nombre insuffisant de clients dû à un manque d’effort pour aller chercher une clientèle ou parce que le projet n’est pas suffisamment séduisant pour attirer les clients. L’autre problème est l’argent dépensé trop vite.

 

Quelles sont, d’après vous, les erreurs à ne pas commettre?

1-Vouloir bénéficier d’un confort immédiat!

2-Sous-estimer le temps nécessaire au démarrage ainsi que le temps d’investissement et de travail personnel durant les 18 premiers mois qui est colossal.

3-Enfin, sous-estimer le besoin financier.

 

Si je veux monter ma propre entreprise en restauration et création d’émaillage sur lave et céramique, que pouvez-vous me proposer, que pouvez-vous me donner comme premier conseil?

1-Analyser la concurrence dans le secteur choisi, par exemple en création de céramique et faïence.

2-Se poser la question « pourquoi les gens me choisiraient moi plutôt que mon concurrent? ». Mais au départ, il faut savoir attirer l’œil, proposer quelque chose d’original. Quel sera le point de différenciation de notre produit par rapport aux autres et ce qu’il apportera de nouveau dans un domaine précis. Le fait de se différencier déterminera le choix final du client en votre faveur.

3-Choisir un petit réseau de clients intéressés par le produit et ne pas cibler trop large.

 

La Fondetec en chiffres:

En 2010:

45 nouvelles demandes d’aide parmi lesquelles 38 décisions ont été prises dont 12 négatives et 26 positives.

Montant moyen accordé 75’492 chf pour un total de 1’962’800 chf.

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