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Prix de l’essence en Suisse : impact sur le budget et les taxes

Écrit par Hanna Sultanova
Paru le 16 avril 2026

Analyse dans le contexte de la guerre en Iran

L’escalade des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, marquée par les frappes conjointes américano-israéliennes contre l’Iran débutées fin février 2026 et la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, a provoqué une onde de choc sur les marchés énergétiques mondiaux. Le blocage de ce point de passage stratégique, où transite habituellement près de 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole, a entraîné une flambée historique des cours du brut. Dans ce contexte de hausse des prix, une question se pose dans les débats publics : le budget de la Suisse bénéficie-t-il davantage des taxes prélevées sur des carburants de plus en plus chers ? Dans cet article, je propose une analyse détaillée de la formation des prix de l’essence en Suisse, du rôle des recettes fiscales dans le budget fédéral, ainsi que des acteurs qui, en réalité, gagnent ou perdent dans cette crise énergétique.

La formation du prix de l’essence en Suisse

Pour comprendre l’impact d’une hausse des prix sur les finances publiques, il est essentiel de décortiquer la structure du prix d’un litre d’essence. En Suisse, le prix final se compose de trois blocs distincts : les coûts d’approvisionnement, la charge fiscale et les marges de distribution.

Le premier bloc englobe le prix d’achat du produit raffiné sur le marché international (généralement le marché ARA - Amsterdam-Rotterdam-Anvers), les coûts de transport (fret rhénan ou ferroviaire) et l’impact du taux de change entre le franc suisse et le dollar américain. Le deuxième bloc est constitué des taxes et impôts prélevés par la Confédération. Enfin, le troisième bloc correspond à la marge brute des distributeurs, qui doit couvrir les frais de logistique interne, l’exploitation des stations-service, les salaires et le bénéfice de l’entreprise.

Comme l’illustre le graphique 1, la charge fiscale représente une part prépondérante du prix final (58,1 %). Cependant, il est crucial de distinguer les taxes fixes des impôts proportionnels au prix de vente.

Les taxes : un pilier fixe du budget

La fiscalité suisse sur les carburants repose principalement sur des montants fixes par litre, indépendants du prix du pétrole. Ces prélèvements fixes (Impôt sur les huiles minérales - IHM, surtaxe et taxe CO2) totalisent près de 95 centimes par litre et un montant qui reste strictement identique que le baril de pétrole coûte 60 ou 120 dollars.

Les recettes générées par ces taxes sont colossales. En 2025, l’ensemble des impôts fédéraux sur les produits pétroliers (l’impôt sur les huiles minérales (IHM)) ont rapporté environ 8 milliards de francs à la Confédération, soit près de 9,1 % des recettes totales de l’État. Cet impôt s’applique à tous les produits issus du pétrole : l’essence et le diesel utilisés pour rouler, mais aussi le mazout de chauffage, le kérosène des avions et les huiles lubrifiantes. Si l’on isole uniquement la part prélevée sur les carburants routiers — c’est-à-dire l’essence et le diesel vendus à la pompe pour les voitures et les camions — cette seule composante génère approximativement 5,6 milliards de francs par an, soit plus des deux tiers du total.

L’onde de choc du conflit en Iran

Bien que la Suisse importe moins de 5 % de son pétrole brut directement du Moyen-Orient, elle reste également influencée par les prix du marché européen.

Entre la fin février et la fin mars 2026, le prix moyen du litre de sans plomb 95 (SP95) est passé d’environ 1,64 CHF à 1,89 CHF (moyenne constatée dans le canton de Genève au 31.03.2026, source TCS). Le diesel a subi une hausse encore plus marquée, dépassant les 2,13 CHF par litre en moyenne.

Le franc suisse : un amortisseur naturel en temps de crise

Il est important de souligner le rôle stabilisateur de la monnaie nationale. En période de stress géopolitique ou énergétique majeur, le franc suisse (CHF) a historiquement tendance à s’apprécier, jouant pleinement son rôle de valeur refuge pour les investisseurs internationaux. Cette vigueur du franc face au dollar américain permet d’atténuer mécaniquement le renchérissement du pétrole brut (négocié en dollars) lors de son importation. Bien que cette dynamique ne puisse effacer totalement l’explosion des cours mondiaux liée à la crise du détroit d’Ormuz, elle agit comme un filtre essentiel qui protège partiellement le pouvoir d’achat helvétique par rapport aux pays de la zone euro.

Qui est réellement gagnant ?

L’analyse de la répartition des coûts supplémentaires engendrés par cette crise permet de déconstruire le mythe selon lequel l’État suisse serait le grand bénéficiaire de la situation. Selon les estimations économiques, si les prix se maintiennent à leur niveau actuel, la facture énergétique de la Suisse augmentera d’environ 4,9 milliards de francs sur une année [5]. Sur cette somme colossale, 4,3 milliards de francs quitteront le pays pour enrichir les pays producteurs de pétrole et les raffineries étrangères. Seuls 570 millions de francs resteront au sein de l’économie suisse.

Les véritables gagnants

Les pays producteurs de pétrole : Les nations exportatrices non impliquées dans le conflit engrangent des bénéfices records grâce à l’envolée des cours du brut.

Les négociants en matières premières (l’angle genevois) : La Suisse, et plus particulièrement la place de Genève, est la première plaque tournante mondiale du négoce pétrolier, voyant transiter environ un tiers du pétrole libre mondial. Les grandes sociétés de trading basées sur les bords du Léman, telles que Vitol, Trafigura, Gunvor ou Mercuria, tirent historiquement profit de la forte volatilité des marchés et des perturbations logistiques complexes. Les crises d’approvisionnement permettent à ces acteurs d’exploiter les écarts de prix géographiques et temporels, générant souvent des marges et des revenus exceptionnels en période de turbulence. À titre d’exemple, lors de la crise énergétique de 2022 déclenchée par la guerre en Ukraine, Vitol a enregistré un bénéfice net record de près de 15 milliards de dollars  (bénéfice mondial consolidé), tandis que Trafigura et Gunvor ont dégagé respectivement 7 milliards et 2,36 milliards de dollars de profits historiques (2022).

L’État suisse (modérément) : La Confédération voit ses recettes augmenter uniquement par le biais de la TVA (impôt ad valorem à 8,1 %). Les impôts fixes (IHM, surtaxe) ne rapportent pas un franc de plus.

Les grands perdants

Les ménages suisses : La hausse des prix représente une charge supplémentaire estimée en moyenne à environ 1 200 francs par an et par ménage [5]. Cette estimation, réalisée par les chercheurs de l’EPFZ, prend en compte non seulement l’augmentation directe à la pompe, mais aussi le renchérissement global des coûts liés au chauffage fossile et aux dépenses énergétiques courantes extrapolées sur une année complète.

Le secteur des transports et de l’aviation : Les entreprises de logistique voient leurs coûts opérationnels exploser, tandis que le prix du kérosène a plus que doublé.

Conclusion : L’État s’enrichit-il vraiment ?

En définitive, l’affirmation selon laquelle l’augmentation des prix de l’essence « remplit les caisses » de la Suisse doit être fortement nuancée. Si la Confédération perçoit effectivement un surplus de recettes via la TVA (estimé à quelques centaines de millions de francs), ce gain budgétaire est dérisoire comparé à la fuite massive de capitaux vers l’étranger (plus de 4 milliards de francs) et aux dommages collatéraux infligés à l’économie nationale sous forme d’inflation et de ralentissement de la croissance.

La fiscalité suisse sur les carburants, reposant majoritairement sur des montants fixes (IHM), joue un rôle de stabilisateur relatif : elle amortit proportionnellement les chocs de prix internationaux. Le véritable gagnant de cette crise n’est donc pas le budget de la Confédération, mais bien les nations productrices de pétrole et les géants du négoce, tandis que le consommateur suisse, en bout de chaîne, en paie le prix fort.

Par le même auteur:

🧾 TVA en Suisse et en Ukraine : pourquoi un taux bas ne signifie pas de faibles recettes
🧾 Talents « atypiques » : Evolution des règles pour les titulaires du permis S

Sources & informations complémentaires :

[1] Raiffeisen, "Choc pétrolier – Incidences sur les marchés financiers" (Mars 2026 ): https://www.raiffeisen.ch/rch/fr/connaissances/placer/en-vue.html

[2] L'Agefi, "Pétrole et inflation: répercussions sur la Suisse d'un choc planétaire" (Avril 2026) : https://agefi.com/actualites/marches/petrole-et-inflation-repercussions-sur-la-suisse-dun-choc-planetaire

[3] Pictet Asset Management Suisse, "Conflit en Iran et impacts" (Mars 2026 ) : https://am.pictet.com/ch/fr/perspectives-investissement/multi-actifs/2026/impact-guerre-iran

[4] Raiffeisen, "Guerre en Iran: des répercussions économiques à long terme" (Mars 2026 ) : https://www.raiffeisen.ch/rch/fr/qui-sommes-nous/nouvelles/rch/guerre-en-iran.html

[5] Swissinfo.ch, "Énergie en Suisse: le conflit au Moyen-Orient fait grimper la facture" (Avril 2026 ) : https://www.swissinfo.ch/fre/adaptation-climatique/%C3%A9nergie-en-suisse-le-conflit-au-moyen-orient-fait-grimper-la-facture/91186075

[6] Le Temps, "En Suisse, 58% du négoce de matières premières s'effectue dans le canton de Genève" (Novembre 2025 ) : https://www.letemps.ch/economie/finance/en-suisse-58-du-negoce-de-matieres-premieres-s-effectue-dans-le-canton-de-geneve

[7] Reuters, "Trader Vitol posts record $15 bln profit in 2022 on energy crisis" (Mars 2023 ) : https://www.reuters.com/article/business/energy/trader-vitol-posts-record-15-bln-profit-in-2022-on-energy-crisis-ft-idUSL4N3623W4/

[8] OilPrice, "Another Commodity Trader Reports Record Profits In 2022" (Avril 2023 ) : https://oilprice.com/Latest-Energy-News/World-News/Another-Commodity-Trader-Reports-Record-Profits-In-2022.html

[9] Vitol, "Vitol 2025 volumes and review" (Mars 2026 ) : https://www.vitol.com/vitol-2025-volumes-and-review/

OFDF / BAZG, Statistique de l'impôt sur les huiles minérales : https://www.bazg.admin.ch/fr/statistique-impot-huiles-minerales-suisse

EFV / AFF, Recettes de la Confédération : https://www.efv.admin.ch/fr/recettes

Avenergy Suisse, Rapport annuel et composition du prix : https://www.avenergy.ch/fr/prix-statistiques/composition-du-prix-de-l-essence

TCS, Comparateur des prix de l'essence : https://benzin.tcs.ch/fr/map

Fedlex, Loi fédérale sur l'imposition des huiles minérales (Limpmin ) : https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/1996/3393_3393_3393/fr

Hanna Sultanova

Je suis spécialiste en administratif avec plus de 25 ans d'expérience dans le secteur public. J'ai travaillé dans des environnements où la rigueur, la responsabilité et le respect des procédures sont essentiels pour instaurer la confiance.

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