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Dans mon premier article, j'ai posé la question de la légitimité en enseignement. Aujourd'hui, je souhaite aller plus loin. « Et si les erreurs de nos apprenants n'étaient pas aléatoires, mais prévisibles, même avant notre première séance ? » C’est la question que je me suis posée et qui m’a amenée à créer le Global Communication Model™, afin de comprendre les besoins des apprenants et adapter ma pédagogie à ceux-ci.
Un jour, l’un de mes apprenants, cadre supérieur, multilingue, certifié B2 Cambridge, m’a écrit dans un e-mail : "Shall I command 2 cappuccinos while I wait for you?". Il ne blaguait pas, il traduisait mot à mot du français. Et ce n’était pas une erreur de débutant. C’était une erreur prévisible que j’aurais pu anticiper avant même notre première séance.
La plupart des cours d’anglais professionnel corrigent les erreurs après qu’elles ont eu lieu. Ce que j’essaye de faire, c’est de les prédire en amont.
Ce phénomène a un nom. Le linguiste L. Selinker l’a décrit dès 1972 sous le terme d’interlangue : cette langue intermédiaire que tout apprenant construit entre sa langue maternelle et la langue cible. Le cerveau n’abandonne pas sa première langue. Il s’en sert comme d’un échafaudage, et cet échafaudage produit des erreurs systématiques, répétitives et surtout prévisibles. Par exemple, "I pretend" pour "je prétends", et "to command a drink" pour "Commander une boisson" sont de faux amis francophones classiques. Ces erreurs ne sont pas des fautes d’attention. Ce sont des signatures linguistiques, les empreintes digitales du français dans l’anglais.
Et le français n’est pas le seul coupable. Un arabophone qui dit "She doctor" n’a pas oublié le verbe être, c’est que l’arabe littéraire n’en a pas au présent. Un hispanophone qui écrit "I am embarrassed" en parlant d'une grossesse n'a pas tort dans sa logique — en espagnol, embarazada veut dire enceinte. Chaque langue maternelle laisse une trace différente. Chaque trace est prévisible.
La langue maternelle n'est qu'une partie de l'équation.
Dans ma pratique, j'ai observé quelque chose d'encore plus frappant : deux francophones du même niveau font des erreurs différentes, parce qu'ils ne communiquent pas de la même façon. L'un a besoin de tout structurer avant de parler. L'autre plonge dans la conversation et ajuste en temps réel. L'un rédige des emails précis et détaillés. L'autre envoie trois mots et appelle directement.
Ces différences ne sont pas des caprices. Elles reflètent des styles de communication profondément ancrés dans la façon dont nous apprenons, dont nous traitons l’information et dont nous interagissons sous pression professionnelle.
C'est la deuxième couche de prévisibilité. Et c'est celle qui m'a conduit à développer le Global Communication Model™ (GCM).
Le GCM est un outil que j’ai construit précisément pour répondre à cette double réalité : la langue maternelle prédit certaines erreurs, le profil de communication en prédit d’autres. Ensemble, ils dessinent une carte pédagogique unique pour chaque apprenant.
Concrètement, avant même notre première séance, je sais qu'un Clarificateur (Profil orienté précision, structure et logique) francophone aura tendance à éviter la voix passive et à confondre "sensible" et "sensitive". Je sais qu'un Mobilisateur (Profil orienté action rapide et résultats immédiats) arabophone aura besoin de retravailler l'ordre sujet-verbe-objet en anglais oral spontané.
Là où le clarificateur structure avant d´agir, le mobilisateur agit avant de structurer. Ce ne sont pas des suppositions. Ce sont des prédictions fondées sur des décennies de recherche en linguistique appliquée et sur ce que j'observe chaque semaine dans mes classes.
L'anglais professionnel ne s'enseigne pas de la même façon à tout le monde. Pas parce que certains apprenants sont plus doués que d'autres. Mais parce que chacun arrive avec un cerveau différent, une langue différente, et une façon de communiquer qui lui est propre.
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TÉMOIGNAGE “It was a great reminder of some grammar rules I learned back in school many years ago — it surprised me how quickly it all came back. Also, finding out that my profile is a ‘Clarifier’ helped me understand my communication style much better. It makes total sense. It was much more personalized and practical: instead of just doing standard exercises, we focused on my specific communication profile, which made the learning experience much more interesting and relevant to real life.” — Anna Sadovnikova « C’était un excellent rappel de règles de grammaire apprises à l’école il y a bien des années — j’ai été surprise de voir à quelle vitesse tout m’est revenu. Et découvrir que mon profil était celui d’une Clarificatrice m’a permis de bien mieux comprendre ma façon de communiquer. Tout prend sens. C’était bien plus personnalisé et concret : au lieu d’exercices standards, nous avons travaillé sur mon profil de communication précis, ce qui a rendu l’apprentissage bien plus intéressant et pertinent pour la vie réelle. » |
La vraie question devient : "De quoi, exactement, cet apprenant-là a-t-il besoin et comment le sait-on ?" Le Global Communication Model™ est ma tentative de réponse.
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Crédit photo : design36 via DepositPhotos
Je suis formatrice en anglais des affaires et spécialiste de la communication interculturelle, basée à Genève. Je conçois des ateliers concrets et personnalisés pour les professionnels et les équipes multiculturelles, en combinant l’enseignement de la langue avec une approche qui prend en compte les préférences d’apprentissage, les styles de communication et les besoins de chaque apprenant. Je développe actuellement le Global Communication Model™, un outil destiné à aider les professionnels à mieux comprendre non seulement leur usage de l’anglais, mais aussi leur manière naturelle de communiquer, dans des contextes internationaux.