Au cœur du Salon RH

Print Friendly, PDF & Email

 

Le stage, tremplin vers l’emploi

ou prétexte pour des emplois bon marché?

 

Le stage en entreprise est souvent un passage obligé pour l’emploi. Comment offrir aux stagiaires des conditions-cadres et s’assurer qu’ils ne prennent pas la place d’un employé ?

Dans le cadre du Salon RH, trois spécialistes se sont penchés sur ce thème : René W. Gisiger, HR Manager chez Caterpillar SARL et Président du groupement des entreprises multinationales (GEM); Valérie Mégevand, Cheffe du service recrutement et mobilité aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG); Françoise Weber, Secrétaire syndicale du Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT).

 

Fanny Genet et Sarah Rentchnik

 

Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) comptent environ 10’000 employés. En tant que lieu de formation et de recherche, ils travaillent régulièrement avec des stagiaires. Valérie Mégevand en définit différentes catégories :

 

– Stages pour les étudiants en médecine, qui font partie de leur cursus d’étude ;

– Stages pour les  étudiants HES, pour des validations d’étude ;

– Stages de préformation, afin de s’inscrire dans une école, mais aussi destinés aux titulaires de diplômes étrangers non reconnus.

 

Pour une secrétaire médicale par exemple, effectuer un stage constitue une étape primordiale en vue de trouver un travail.

 

Les HUG reçoivent  environ 130 demandes par an pour des stages d’observation de trois à quatre jours.

La plupart du temps, les stages servent de formations. Les contrats de convention sont établis avec les écoles et permettent de bien encadrer les stagiaires. Il est important de fixer des obligations et des objectifs au début de chaque stage, puis de faire un bilan à la fin.

 

Les stages sont indispensables pour avoir un aperçu de la réalité des métiers. Ils sont aussi une première prise de contact avec une profession. Ils permettent ainsi au stagiaire d’avoir une meilleure vision de ce que pourrait être son futur métier.

 

Dans un tout autre contexte professionnel, une entreprise telle que Caterpillar considère également que les stages sont une étape importante. Ils servent de tremplin pour trouver un emploi. Des stratégies sont mises en place au préalable afin que le stagiaire soit bien encadré. En 2010 chez Caterpillar, 17 stagiaires sur 22 ont obtenu par la suite un emploi fixe.

 

Dans cette entreprise, les stagiaires sont bien rémunérés et ont la possibilité d’acquérir une sérieuse expérience pratique, ce qui représente un véritable atout pour la suite. Ils sont en premier lieu dans l’entreprise pour apprendre un métier ; la notion de productivité est par conséquent secondaire. L’employeur et les stagiaires sont ainsi tous deux gagnants.

 

La voix du syndicat

En tant que représentante du SIT, Françoise Weber déplore qu’il y ait actuellement trop de stages et de contrats à durée déterminée (CDD), tous deux peu rémunérés. En Suisse, une personne sur cinq a un emploi précaire ; la plupart d’entre elles sont des stagiaires. Leurs conditions de travail, notamment salariales, ne sont pas satisfaisantes.

De nos jours, des employés qualifiés se voient dans l’obligation d’accepter des stages peu rémunérés en espérant par la suite être engagés avec un contrat fixe. Le SIT dénonce également le fait que les stagiaires doivent être productifs avant tout, au détriment de la formation qu’ils sont supposés recevoir.

 

Une question essentielle se pose : pourquoi engager des personnes qualifiées en tant que stagiaires plutôt que normalement salariées ? Il est tout à fait évident qu’un employé est mieux rémunéré qu’un stagiaire ; par conséquent, les employeurs en abusent, relève la secrétaire syndicale du SIT. Elle rappelle que tout contrat doit prévoir une période d’essai, ce qui garantit aux deux parties la possibilité de le rompre aisément en cas d’insatisfaction.

 

Le syndicat met aussi le doigt sur la demande accrue de productivité des employeurs à leurs stagiaires, alors que ceux-ci sont peu ou pas rémunérés. Cette situation a notamment pour conséquence  la quasi impossibilité de toucher des indemnités de l’assurance chômage en cas de non embauche, car les stages ne sont pas considérés comme un emploi ; et même s’ils le sont, ils sont tellement peu rémunérés qu’ils ne donnent pas accès à des indemnités suffisantes pour vivre.

 

A l’heure actuelle, il n’existe pas de statistiques montrant de manière chiffrée l’ampleur de ces situations précaires. Mais on sait qu’elles sont fréquentes, tous domaines confondus.

 

En conclusion, on constate qu’aujourd’hui le marché du travail est de plus en plus exigeant quant aux diplômes et aux expériences professionnelles. Et malgré cela, il est particulièrement difficile d’obtenir des emplois fixes.

 

Pages: 1 2 3 4

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.