Bibliothécaire, conservateur

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La Société de lecture, comme le définit sa directrice, Delphine de Candolle, est «un lieu culturel agrémenté d’une bibliothèque privée » en plein cœur de Genève. C’est un sociétariat ouvert à tous, qui a vu le jour en 1818.
Par ailleurs, les femmes ont été admises au sein de cette institution avant le droit de vote, en 1971. Elle est dirigée par deux directrices, une culturelle (Delphine de Candolle) et l’autre administrative (Irène Faessler) et est présidée par une femme (Zohreh Stenbolt). Le taux de femmes est plus élevé qu’au Conseil Fédéral!

Maxime Canals & Delphine de Candolle
Maxime Canals & Delphine de Candolle
© Diane Jeanmairet pour GBN

La programmation de la Société de lecture fait l’objet de comptes-rendus dans la presse. Leurs programmes et flyers sont distribués dans de nombreux lieux culturels à Genève. Des partenariats sont développés avec le Théâtre de Carouge notamment. Des ateliers de développement personnel pour tous âges, cours d’échecs, ateliers de lecture et d’écriture sont proposés.
Nouveauté cette année : un stage de yoga, très prisé selon la Directrice.

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Explications de Delphine De Candolle de sa structure et de son fonctionnement

Nous sommes une équipe de sept salariés, la plupart à temps partiel, excepté Monsieur Canals et mon assistante. La société de lecture est composée de deux comités de bénévoles. Le premier, qui agit comme un conseil d’administration, se réunit une fois par mois. Ce dernier est porteur de la vision de la Société, les projets en cours sont discutés et les activités culturelles organisées.

La commission d’achats de livres, au nombre de douze, se réunit une fois par mois avec le conservateur de nos collections, Maxime Canals. Ils lisent trois à quatre livres par mois et établissent des comptes-rendus dans notre mensuel «Plume au vent». Ils décident de la politique d’acquisition des livres.

Certains pensent que la Société de lecture est un club élitiste : ce n’est aucunement le cas ! Le sociétariat est ouvert à tous, sans parrainage. Nos membres ont toutefois certains privilèges, ce qui est légitime. Ils peuvent réserver plus tôt que les non-membres et bénéficient d’un rabais pour toutes les activités culturelles et la location des salons. Ils ont bien sûr accès à la bibliothèque, aux salles d’étude et à la centaine de magazines à laquelle la Société de Lecture est abonnée.

Société de lecture, Genève
Société de lecture, Genève
© Diane Jeanmairet pour GBN

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Monsieur Maxime Canals dépeint le métier de bibliothécaire et conservateur à la Société de lecture. Titulaire d’un Baccalauréat « lettres, philosophie et mathématiques » et d’une maîtrise en psychologie clinique et psychopathologie, M. Canals s’est aperçu qu’il maîtrisait suffisamment la psychologie pour réaliser que sa vraie passion s’orientait vers les livres et les métiers du livre. L’envie de changer de métier et son âge lui permettaient de commencer une nouvelle formation.

Compte-rendu de la rencontre avec Maxime Canals

Existe-t-il une formation spécifique pour devenir bibliothécaire?

Pour ma part, j’ai suivi à Genève le CESID (certificat d’études supérieures en information documentaire), formation post-grade qui permet aux personnes titulaires d’une licence ou d’un diplôme de bibliothécaire de suivre une formation sur deux ans à l’Université, pour devenir bibliothécaire spécialisé, conservateur ou pour diriger une bibliothèque.

Société de lecture, Genève
Société de lecture, Genève
© Diane Jeanmairet pour GBN

Ce post-grade permet de travailler également dans un centre d’archives comme archiviste qui va s’affairer à tous les documents archivés, les classer ou créer un index. Il donne aussi la possibilité de devenir documentaliste qui va récolter des informations pour un sujet bien précis, comme pour un journaliste par exemple. Le bibliothécaire, lui, va s’occuper de livres, périodiques et de tout ce qui est «écrit», au sens large, c’est un passeur d’information.

Trois formations existent en Suisse: 

  • Les cours professionnels AID (Assistant en information documentaire) sont dispensés à l’Ecole professionnelle commerciale de Lausanne, EPCL.
    En Suisse alémanique, ce sont deux écoles professionnelles industrielles/artisanales (Gewerblich-Industrielle Berufschule Bern et Allgemeine Berufschule Zürich) qui se chargent des cours AID.
  • La formation de bibliothécaire (spécialiste en information documentaire) est donnée par la Haute Ecole de Gestion à Genève.
  • La formation postgrade (programme de formation continue) pour les bibliothécaires, archivistes et documentalistes avec un stage d’une année au préalable en bibliothèque pour les universitaires n’existe plus à Genève. Une formation similaire est dispensée à Coire.

D’où vient votre intérêt pour cette profession?

Ma famille passionnée de livres possédait une grande bibliothèque, c’est peut-être là l’embryon de cette passion. J’ai très vite collectionné les livres. Lors de mes études, j’ai beaucoup lu et fréquenté les bibliothèques. Mon intérêt est celui d’un bibliophile. C’est l’objet qui m’intéresse. Je ne m’ennuie jamais si j’ai un livre avec moi, c’est un compagnon.

Société de lecture, Genève
Société de lecture, Genève
© Diane Jeanmairet pour GBN

Quelles sont les qualités essentielles pour exercer ce métier?

La passion, ensuite de la patience. Il faut savoir être à l’écoute, savoir déceler chez une personne ce qu’elle a envie de lire et de trouver les informations nécessaires. En fait, la Société de lecture étant une bibliothèque privée, nous sommes là pour nous occuper des livres et renseigner uniquement nos membres, qui sont au nombre de1’400.

Quels sont les aspects les plus plaisants?

A la Société de lecture, c’est la diversité du travail. Nous avons des collections qui s’étendent d’une part dans tous les domaines de connaissances, des livres de littérature, d’histoire, de science, de philosophie, de théologie, de droit, des livres anciens et très anciens. Nous venons d’acheter Virginie Despentes (auteure et réalisatrice française) et le dernier Houellebecq, qui sont déjà en circulation auprès de nos membres. On a des manuscrits, des cartes, des accès internet par lequel nous devons glaner les informations.

Le public est varié, nous avons des collégiens, des étudiants en droit. Entre midi et deux, nous avons des personnes qui viennent lire la presse, qui sont très au fait de l’actualité et qu’il faut savoir renseigner sur les derniers prix littéraires. Et puis des gens qui sont à la retraite et qui se remettent à la lecture. Il faut donc connaître les classiques. Voilà la possibilité d’aborder tous les aspects du métier de bibliothécaire.

Comme nous sommes une petite structure, nous faisons nous-mêmes un peu de restauration. Nous ne nous occupons pas de la reliure. Nous la confions à des artisans de qualité. Il y a beaucoup de relieurs et quelques restaurateurs à Genève, tel Monsieur Michel Magnin, qui travaille sur tout support. Il y a aussi la reliure d’art qui est un travail d’artiste, telle que le pratique Monsieur Honegger.

Quelles recommandations ou conseils donneriez-vous à une personne visant cet objectif?

Je conseillerai de persévérer pour trouver une place de stage ou d’apprentissage et de s’intéresser à l’histoire du métier, tout en comprenant le passé et le futur. Il existe peu de places d’apprentissage. En revanche, de nombreux postes sont à pourvoir, car on trouve beaucoup d’annonces ; c’est un paradoxe. C’est un métier avec peu de chômage. Les possibilités de temps partiel sont nombreuses. Il ne faut pas hésiter à être mobile. Il y a des milliers d’endroits où ce métier peut être exercé : les banques, les organisations internationales, la TSR par exemple….

Un trait de personnalité marquant pour exercer cette profession?

Idéalement, il faudrait être systématique, dans le sens ordonné, rangé. Il faut être capable de retrouver ce qui a été préalablement classé. Un bibliothécaire ne sait pas tout sur tout, mais est capable de vous aider à trouver les sources pour votre information, à vous mettre sur le bon rail pour trouver vous-même l’information.

Société de lecture, Genève
Société de lecture, Genève
© Diane Jeanmairet pour GBN

Pouvez-vous nous parler des spécificités de votre profession par rapport à ce lieu chargé d’histoire?

Je suis privilégié ; c’est une place de rêve en tout cas, pour moi. J’ai suivi des études dans le but de trouver peut-être un jour un poste comme celui-ci, spécifiquement. Je m’intéresse à l’actualité littéraire et aux livres anciens. Il y a une concordance entre moi et cette bibliothèque.

Vous avez également le titre de conservateur, pouvez- vous nous apporter des précisions sur les particularités de ce métier?

Conservateur signifie que je m’occupe aussi de la conservation physique des collections, dans le sens de vision à long terme. Je me pose la question de savoir quelle va être la stratégie de la Société de lecture face à la numérisation par exemple et quel est son devenir. C’est une position de stratège.

Pour la conservation des livres, il faut de la stabilité. La température idéale se situe entre 18 et 20 degrés avec 50 et 60 % d’humidité. Les livres ne doivent pas être en contact direct avec la lumière, le soleil. Il faut faire attention à la poussière.

Votre livre le plus ancien ? Personnages historiques?

Le livre le plus ancien est un traité d’architecture imprimé à Venise en 1497. Des personnalités sont passées à la Société de lecture, tels Napoléon, ou ont été membres tels Toepfer, Lénine, Albert Cohen, ainsi que la plupart des grands noms de la littérature genevoise.

Le déroulement d’une journée?

Il n’y a pas de journée type. En période de conférence, il y a toute la préparation. Des bibliographies sont à rédiger. Il y a beaucoup de « catalogage ». 76’000 ouvrages sont répertoriés dans notre catalogue informatisé sur les 400’000 de la Bibliothèque. Il faut se tenir au courant de l’actualité littéraire en plus de toutes les questions administratives. Et évidemment beaucoup de temps passé avec les lecteurs : accueil, écoute, conseils, orientation…

Société de lecture, Genève
Société de lecture, Genève
© Société de lecture, Genève

Comment avez-vous réussi à réunir autant d’ouvrages et périodiques aussi anciens et importants du monde entier?

Quelques savants genevois autour d’Augustin Pyramus de Candolle, n’étant pas entièrement satisfaits du fonctionnement de la bibliothèque cantonale, ont investi une partie de ce bâtiment et mis en commun leurs bibliothèques, des collections de botanique, minéralogie, droit, théologie aussi. Ils ont lancé une souscription, invitant leurs comparses à développer l’idée d’une bibliothèque privée, lieu d’échanges, d’accueil pour les étrangers de passage à Genève. Des bibliothèques d’humanistes assez pointues ont été mises à disposition ainsi que des journaux dans les principales langues européennes. Les scientifiques européens habitués à venir chez leurs homologues genevois passaient ici et offraient un exemplaire dédicacé de leur dernière parution. En quelques années, la Bibliothèque s’est ainsi enrichie, développée et ouverte à tous les domaines de connaissances, en accueillant 400 membres.

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