Chancelière d’État

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La chancellerie d’Etat est la garante du bon fonctionnement des institutions. La chancelière d’Etat est responsable de l’organisation du dépouillement du vote centralisé. Elle préside le collège des secrétaires généraux et met en œuvre les décisions du Conseil d’Etat en matière d’organisation et de gestion transversale des départements.

Portrait de Mme Anja Wyden Guelpa, première femme à être élue chancelière d’Etat du canton de Genève.

Mme Anja Wyden Guelpa
© DR

Pouvez-vous nous décrire d’une manière générale en quoi consiste la fonction de chancelière?

La fonction de la chancellerie ou chancelière se divise en trois points. Le premier est le soutien au Conseil d’Etat. La chancellerie représente l’administration et l’Etat Major du Conseil d’Etat. La chancellerie assure une continuité auprès du Conseil d’Etat qui s’avère d’autant plus importante puisque la présidence change chaque année. La chancellerie assure donc un soutien en tant que conseil et un support au niveau administratif, juridique, de la communication et du protocole.

Le deuxième point est de permettre d’avancer sur des projets de modernisation de l’administration dans la mesure où je pilote le collège des secrétaires généraux. Ce collège prépare les séances du Conseil d’Etat et mène les divers projets en lien avec la modernisation de l’administration, en particulier dans les domaines des finances, logistiques et des Ressources Humaines. Ceci permet au Conseil d’Etat de se concentrer réellement sur les éléments politiques et les prises de décision.

La chancellerie est également le garant des institutions. En tant que chancelière, je dois signer les projets de loi et lettres du Conseil d’Etat, assurant ainsi leur conformité avec les décisions du Conseil.

Le dernier point est le lien avec l’extérieur. Nous représentons le point d’entrée pour les citoyens. Nous faisons aussi office de passerelle entre le Conseil d’Etat et le Grand Conseil, entre le Conseil d’Etat et le citoyen. Un point sur lequel nous avons également beaucoup travaillé ces dernières années est l’amélioration des relations avec la Confédération, que ce soit avec le Parlement ou avec les autres cantons.

Qu’est-ce qui vous a motivé à accéder à cette fonction ? D’où vient votre intérêt pour ce métier?

Le chancelier ne postule pas, on m’a proposé le poste et j’ai dû me décider très rapidement.
Ce qui m’a motivée en premier lieu c’est la passion du service public.

Pouvez-vous nous décrire une journée type de travail?

Si l’on prend par exemple, la journée du mardi, nous avons le collège des secrétaires généraux à 7h30 où l’on passe en revue toute la séance du lendemain. La séance se termine vers 9h30. Ensuite je prépare la séance avec le président jusqu’à 11h. De 11h à midi, je m’occupe du suivi de divers dossiers en apportant des réponses aux divers départements. A midi j’ai souvent des déjeuners de travail. L’après midi, j’ai des séances de travail avec divers services de la chancellerie, je me rends également sur le terrain afin de rencontrer directement mes interlocuteurs. J’essaie par exemple de rencontrer une fois par mois une ONG afin de discuter de leur travail et également de leurs préoccupations. Ceci nous permet de mieux cerner certains problèmes qui ne transparaissent pas forcément par l’échange de courrier ou dans les rapports annuels.

A Genève, de par sa situation de ville internationale, nous avons des relations protocolaires plus importantes que dans d’autres cantons, ce qui nécessite une certaine présence lors des événements importants.

Pouvez-vous nous citer un événement qui vous a ému ou marqué dans le cadre de votre fonction?

Ce qui m’a le plus marqué est le travail réalisé par les ONGs, notamment la qualité du travail de celles-ci et l’impact qui en résulte, malgré des moyens extrêmement limités.

Quel est votre parcours professionnel?

J’ai commencé ma carrière au SECO (Secrétariat d’Etat à l’économie) à Berne, j’ai ensuite travaillé quelques années chez IBM en tant que consultante. Je suis revenue ensuite à Genève où j’ai travaillé à la direction générale de l’action sociale avant d’en devenir la directrice générale. Ce domaine est passionnant au niveau des politiques publiques et important avec 1,5 milliard de budget. Il y a notamment toujours des problèmes à régler, des dispositifs à améliorer. Nous avions également à traduire des idées politiques en projet en prenant des décisions concrètes. Nous avons concrètement pu mener à terme deux nouveaux dispositifs : celui des prestations complémentaires pour famille et celui de l’insertion professionnelle des demandeurs d’aide sociale. A la recherche de solutions concrètes, s’ajoute l’aspect créatif qui se traduit par un projet de loi. On m’a ensuite proposé de devenir chancelière, poste que j’ai accepté.

Quels sont selon vous les critères pour être une bonne dirigeante?

Je pense qu’un changement de dirigeants représente quelque chose d’assez sain. Chaque dirigeant a des forces et des faiblesses. Le risque de l’absence de changement de direction est de transmettre ses faiblesses. Le changement de direction permet de garder l’apport positif du prédécesseur tout en apportant une nouvelle vision et certaines améliorations.

Au niveau des qualités d’un dirigeant, je pense qu’il faut avoir une vision des changements et des améliorations à apporter. D’être à l’écoute et d’être capable d’intégrer des idées comme des critiques de ses collaborateurs, des ses partenaires ou de ses clients.

Un dirigeant doit également faire preuve de courage afin de prendre des décisions et de mener à terme les projets entrepris.

Pouvez-vous nous citer les points positifs et négatifs de votre métier?

Les points positifs sont d’être au centre névralgique du pouvoir, d’avoir un métier très diversifié.
Les points négatifs seraient de devoir parfois se taire puisque nous sommes soumis au devoir de réserve.

Mme Anja Wyden Guelpa
© DR

Quels sont les projets que vous désirez mettre en place dans le cadre de votre fonction?

Le développement du « rayonnement de Genève » avec la Genève internationale, Genève comme lieu de congrès et comme lieu de tourisme. Nous voulons contribuer au développement de la Genève internationale en jouant le rôle de passerelle ou de réseau afin que puissent se rencontrer divers acteurs tels qu’organisations internationales et ONGs. Réunir des acteurs tels que Genève Tourisme, Suisse Tourisme et Présence Suisse autour d’une table de négociation est également un de nos souhaits.

Un autre point qui nous tient à cœur est d’améliorer la participation citoyenne aux votations et élections.

Avez-vous eu des peurs à surmonter ou des doutes?

Oui, j’ai toujours des doutes et je pense que la peur et les doutes constituent un moteur pour avancer. Ceux-ci s’expriment en principe lors de changements professionnels. Je considère également que le jour où je n’en aurais plus, ceci signifiera que j’ai perdu de l’intérêt pour ce que je fais et qu’il est temps de changer de métier ou de poste.

Avez-vous également d’autres projets d’avenir?

Pour l’instant non.

Auriez-vous un conseil à donner à quelqu’un désireux de travailler dans la fonction publique? Quelles compétences sont nécessaires pour travailler dans ce domaine?

Il me semble difficile de répondre à la première question puisqu’on ne parle pas réellement de sciences exactes. Un point qui me semble capital est de connaître le fonctionnement de l’administration et le secteur pour lequel on postule.

Je pense qu’aujourd’hui les compétences pour travailler dans le domaine public ou privé sont similaires. Si je me base sur mon expérience, les différences résultent plus de la taille de l’entreprise ou de l’administration, et non de la différence entre secteur public et secteur privé. En outre, actuellement, dans l’administration publique, nous avons également des objectifs à atteindre à l’instar du secteur privé.

Dès lors, je pense que ce qui compte aujourd’hui pour travailler dans le domaine public n’est pas tellement du domaine des compétences mais plus du domaine des valeurs, c’est-à-dire saisir le sens du travail effectué au sein du secteur public.

Est-il possible d’accéder à la fonction publique sans être membre d’un parti politique ou sans réseau interne au sein de l’administration?

Oui, absolument, l’appartenance partisane est même un désavantage.

Quelle est la force de Genève aujourd’hui ?

Sa diversité, et ce dans tous les domaines. Par exemple dans le domaine culturel, nous avons probablement la densité de musées et de collectionneurs d’art la plus élevée au monde. Au niveau des ONGs et des OI, Genève en compte énormément. Économiquement, Genève est également très dynamique car la région a continué à créer des emplois même pendant la crise économique.

Quels sont les efforts que Genève devrait faire en priorité afin d’améliorer sa situation?

Mettre en valeur ce qui existe et améliorer la mise en réseau ainsi que la coordination des différents acteurs, que ce soit au niveau cantonal que communal.

Vous êtes la 1ère femme élue à ce poste à Genève, est-ce qu’être une femme en politique représente un avantage ou au contraire un frein aujourd’hui?

C’est difficile à dire, mais je ne pense pas que ça simplifie les choses. Nous restons d’une certaine manière une « minorité ». Si cela peut également représenter un avantage puisque nous sommes sous représentées, je pense, par ailleurs, qu’une femme politique reste plus exposée à la critique, et ce y compris de la part des femmes.

Une conclusion personnelle?

Ce métier est passionnant. Pouvoir être au côté du Conseil d’Etat et le soutenir est vraiment un privilège.

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