Comment se portent réellement les PME de l’industrie suisse?

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Suppressions, sauvetages et créations de postes dans l’industrie suisse au cours des derniers mois : 

Ces derniers mois des bruits courent dans la population et dans la sphère politique, que la Suisse est victime d’une désindustrialisation prononcée. En France, la désindustrialisation du pays prend de la vitesse malgré l’activisme et la mobilisation des politiques. En Suisse romande l’accentuation de ce problème fait monter l’angoisse. Y a-t-il des raisons d’avoir peur?

Selon une publication de Christian Busch du Seco (Secrétariat d’Etat à l’économie) dans La Vie Economique : Dans tous les pays industrialisés, le secteur secondaire voit sa place se rétrécir. Dans les années 60, près de la moitié des actifs suisses travaillaient dans l’industrie. Depuis, ce chiffre a fondu de 400 000 personnes et aujourd’hui environ une personne sur 5 y travaille encore. Ceci signifie qu’en 50 ans le secteur secondaire a fondu de 40% de ses emplois. La perte est cependant compensée par la croissance du secteur des services.

Si les emplois industriels diminuent par rapport à la totalité des emplois, leur nombre n’en est pas moins resté constant ces 15 dernières années, ce qui n’est pas le cas dans beaucoup d’autres pays. Il est cependant indéniable que sur le long terme les emplois industriels disparaissent dans les pays occidentaux.

Le coût de la main-d’œuvre trop élevé entrainant une délocalisation vers des pays émergents moins gourmand est une des causes de ce phénomène mais surtout, la responsabilité première incombe aux entreprises qui, trop performantes, ont réussi à augmenter leur productivité de façon plus importante que les entreprises du secteur des services. Les grands progrès technologiques et les gains de productivités élevés de l’industrie sont paradoxalement eux-mêmes responsables de la diminution de l’emploi industriel. En effet, par le développement de l’utilisation des technologies on peut économiser de la main d’œuvre et du même coup gagner en productivité. Plus de productivité signifie moins de besoin de main-d’œuvre pour produire les mêmes quantités. Si la technologie avait été moins développée et utilisée, on aurait détruit moins d’emplois. A très long terme donc la Suisse se désindustrialise réellement.

Fin 2011, la hausse du Franc suisse et la crise économique commençait à gangréner l’Europe et démoraliser les PME industrielles romandes. Le début de l’année a cependant été bon et ce n’est que plus tard que les annonces de restructurations ont commencé à pleuvoir, en débutant par l’annonce de la fermeture de Serono. La crise se globalise, touchant tout le monde, des grandes multinationales aux petites PME.

Quand un grand groupe industriel se restructure d’importance, on a raison de se battre pour démontrer que ces restructurations ne sont pas forcément la meilleure solution, à l’instar de ce qui a été fait pour Novartis. Il ne faut cependant pas oublier les PME et leurs collaborateurs, qui aimeraient également être soutenues en cas de difficultés, même si leurs petits nombre d’emplois supprimés a moins d’impact et déplacera moins de personnalité médiatiques qu’une entreprise qui licencie 500 personnes.

Dans ce contexte général, la Suisse reste un peu à part, avec l’Allemagne et quelques autres pays. La situation est relativement stable depuis 15 ans et on peut même constater 7% d’emplois de plus qu’à cette époque (cette progression est essentiellement due au secteur de l’horlogerie). Pendant que le secteur industriel est resté stable, l’emploi du tertiaire a pour sa part, dans la même période, opéré une augmentation remarquable de 16% (+ 600 000 emplois).

Donc, si l’on en croit les statistiques, on ne peut pas vraiment parler encore de désindustrialisation dans notre pays. Il est vrai que les frontières entre le secteur secondaire et tertiaire étant de plus en plus interdépendantEs, ils sont de moins en moins faciles à déterminer.

Pourquoi la Suisse est moins touchée par la désindustrialisation que ses voisins? Le conseiller fédéral Johan Schneider-Ammann explique et résume « Nous sommes l’un des pays les plus compétitifs et les plus innovants et nous disposons d’un système de formation de tout premier ordre ». Commentaire qui est appuyé par les classements mondiaux sur la compétitivité des pays ou la Suisse est en tête de liste : l’OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle), l’OCDE, l’IMD, l’EPFZ, le KOF. Selon le SECO la Suisse a accru sa production bien plus que certaines grandes nations industrialisées comme l’Allemagne, la France, les États-Unis ou le Japon. Entrepreneuriat, formation et innovation, flexibilité et ouverture on été les raisons principales de la réussite suisse. L’horlogerie suisse en Romandie est également un des facteurs.

Les entreprises industrielles qui ont diminué les postes de travail sont à mettre en balance avec celles qui en ont créé. Les secteurs représenté dans la liste ci-dessous sont les suivants : médical, alimentaire mécanique et horlogerie qui domine nettement. Le schéma ci dessus montre que le nombre d’emplois créé est plus grand que celui des emplois détruits.

Faut-il avoir une politique ambitieuse ou non en ce moment ? Certains pensent qu’il serait suicidaire de soutenir les secteurs industriels prometteurs ou au contraire ceux qui sont en déclin. Cela n’a en effet pas réussi à certains de nos voisins chez qui des milliards de fonds publics ont été dépensé en subventions pour un marché où actuellement 15% de la production est interne et plus de 60% d’origine chinoise (l’industrie photovoltaïque de l’Allemagne) ou comme la France qui, pour aider ses constructeurs, a fait un investissement de 2,5 milliards de subventions et pas loin de 10 milliards de prêts à taux préférentiel pour peu de résultats. On se demande s’il ne serait pas mieux de laisser faire la concurrence et que l’Etat se contente de poser les bases favorables à toutes les industries et investir massivement dans la formation. D’autres évoquent les conditions cadre qui ne sont pas fonctionnelles (floues sur le plan théorique et chargées émotionnellement, elles satisfont les fantasmes d’intervention et autorisent presque toutes les mesures).

On en est à se poser la question s’il est vraiment nécessaire de sauver l’industrie à tout prix ou si le plus important ne serait pas plutôt le nombre total d’emplois que le secteur créé? Et dans ce cas, la Suisse fait bonne figure avec son taux de chômage inférieur à 3%. On peut considérer l’exemple de Hongkong (7 millions d’habitants pour une taille similaire à la Suisse), dont l’industriel, largement majoritaire il y a 40 ans, à été, suite à sa délocalisation vers la Chine, surpassé par le secteur du service, pour ne plus représenter que 7% du PIB. Hongkong n’a non seulement pas été affecté par ce changement mais il s’est enrichi. N’est-on pas en train de répéter la même erreur qu’avec l’agriculture ? Ce secteur n’a-t-il pas été grassement subventionné alors que le marché de l’emploi ne cessait de diminuer?

Johann Schneider-Ammann, conseiller fédéral, dans un interview publié dans le journal La Vie Économique, explique qu’une économie diversifiée et possédant une large assise est plus forte et s’en sort mieux car dans ce cas, les branches faibles sont mieux amorties par les branches fortes et un éventail de catégories est offert à des personnes ayant des aptitudes et des compétences très diverses car une société se doit en principe de fournir du travail à tous, quelles que soient leurs aptitudes.

Source: Magazine PME n°9 / 2012

 

 

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