Diane Reinhard, ou la femme de l’équilibre.

Print Friendly, PDF & Email

Épicurienne débordante d’énergie, Diane Reinhard est une femme de l’équilibre. Ouvrière pionnière de la condition des femmes, cette féministe convaincue a toujours tenu à concilier vie professionnelle et vie de famille. En plaçant le plaisir au centre de ses décisions et en restant fidèle à ses valeurs, elle a su créer et maintenir cet équilibre, parfois précaire mais si précieux, entre enfants, mari et carrière. Fanatique du « Balanced Scorecard » et du travail en réseau, elle en a finalement fait son métier, en proposant aux entreprises et aux particuliers, les outils nécessaires à la construction d’un équilibre durable. Visionnaire et pragmatique, elle porte son regard vert, cerclé de lunettes colorées, vers les femmes et leur avenir. Déjà à l’initiative de nombreux projets pour favoriser l’entreprenariat féminin, elle vient de mettre en ligne, le 18 octobre dernier, la plate-forme internet equality-salaire.ch pour inciter les entreprises à implémenter l’égalité salariale. Ce site bénéficie du soutien des partenaires sociaux et du Bureau Fédéral de l’Egalité entre femmes et hommes.

Son prochain objectif : obtenir la validation par l’OFFT du Brevet Fédéral des Gestionnaires de PME Familiales, un projet sur lequel elle travaille depuis plusieurs années et qui permettrait aux femmes d’artisans d’obtenir un diplôme entièrement par validation de leurs acquis, une première en Suisse au niveau de la formation supérieure.

Diane Reinhard

Diane Reinhard © DR

PM – Economiste spécialisée en controlling et en conseil stratégique, politicienne, ex-Professeure en finances à la HEG-ARC Neuchâtel, fondatrice de PotentialYse, bureau de conseil travaillant en réseau , promotrice de l’entreprenariat féminin… votre nom est associé aux cellules d’entraide, au télétravail, au site career-women, à l’égalité proactive… Pouvez-vous nous décrire le parcours qui vous a conduit à porter autant de « casquettes » aujourd’hui?

DR – J’ai mis du temps à trouver ma voie, mais j’avais toujours eu l’idée de concilier vie familiale et professionnelle. Après quelques hésitations, je me suis orientée vers une profession dite « féminine » en choisissant d’exercer comme logopédiste, un métier facilement réalisable à mi-temps, mais qui s’est avéré ne pas me convenir.

Mes enfants petits, j’ai travaillé aux côtés de mon mari et me suis lancée dans une carrière politique. Parallèlement, j’ai repris des études d’économie en emploi à 35 ans. J’ai ensuite travaillé comme contrôleur de gestion dans l’industrie des machines et participé à la fusion du syndicat comedia. J’ai toujours essayé d’avoir le meilleur emploi possible compatible avec mes obligations familiales. Pour cela, j’ai toujours négocié mes contrats à l’entrée avec mes employeurs ; je proposais des horaires très flèxibles et garantissais la prestation.

Puis, j’ai été Professeure de finances à la HEG de Neuchâtel ; j’y ai créé l’axe de recherche « femmes et emploi », véritable générateur de projets innovants. Télétravail, soutien à l’entrepreneuriat féminin, cellules d’entraide, sont des exemples de projets que j’ai initiés et réalisés. Dès le départ j’ai participé à l’une des premières cellules, cellule à laquelle j’appartiens toujours. J’y ai également créé des études postgrades en management, l’une des premières étudiantes Véronique Goy y a initié son projet equal-salary comme mémoire de diplôme et l’a développé par la suite d’une manière exemplaire. Elle et moi collaborons encore ponctuellement, comme sur le projet de la plateforme qui est un outil de soutien de la certification equal-salary.

PM – Justement ! A propos de cette plateforme www.equality-salaire.ch que vous avez lancée le 18 octobre dernier, c’est un outil fantastique pour les entreprises ; mais celles-ci sont-elles suffisamment informées et entreprennent-elles spontanément une telle démarche si elles n’y sont pas poussées, voir forcées?

DR – Rappellons seulement que l’égalité salariale est une obligation qui existe dans la loi…! Ceci dit, l’objectif de la Confédération est d’inciter les entreprises à s’engager dans des démarches visant à atteindre l’égalité salariale.

Le film proposé sur la plateforme montre aux entreprises et aux collaborateurs et collaboratrices ce qu’est l’égalité salariale, comment vérifier si l’égalité est respectée et dans le cas où ce ne serait pas le cas, quels sont les moyens d’action et les bonnes pratiques pour y arriver. On y trouve une documentation très fouillée, des adresses utiles, des tableaux comparatifs des différents outils et prestataires existants.

Parmi les outils mis à disposition, Logib, un instrument d’évaluation gratuit pour les entreprises de plus de 50 salariés, permet de s’auto-évaluer pour accéder aux marchés publics, mais également de participer au dialogue sur l’égalité des salaires, un projet dirigé conjointement par les associations patronales, les syndicats et la Confédération. Les entreprises qui entreprennent cette démarche s’engagent à atteindre l’égalité dans les quatre ans, il s’agit d’une démarche paritaire. Dans ce cas, les collaborateurs participent activement au dialogue, contrairement à la démarche d’acquisition de la certification equal-salary, qui implique uniquement la Direction de l’entreprise. Par contre dans cette dernière démarche, les écarts de salaire sont analysés d’une manière beaucoup plus pointue et un rapport dispense des conseils ciblés pour améliorer la situation sur tous les critères y.c. la discrimination indirecte.

Après ce premier lancement au niveau national, sur lequel nous avons déjà eu un écho très positif, nous nous recentrons sur notre public cible que sont les entreprises, pour les inciter à se rendre sur la plateforme. Nous étions ainsi présents pour l’Equal Pay Day en partenariat avec le BPW. Les CEO des 1’ooo plus grandes entreprises de Suisse ont reçu une plaque de chocolat dont on avait symboliquement « croqué » 20 %. Suite à cette action, nous allons nous adresser aux intermédiaires propres aux entreprises, comme les chambres de commerce, par exemple.

PM – Concernant le projet ECOA (Europe des COnjointes d’Artisans) et le Brevet fédéral de gestionnaire de PME familiale, dans le Journal des arts & métiers d’octobre 2010, vous annonciez avoir terminé la phase de description du brevet. Avez-vous obtenu la validation du brevet par l’OFFT (Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie)?

DR – Au niveau de l’enseignement supérieur professionnel, le principe d’un brevet qui peut s’obtenir entièrement par validation des acquis n’existe pas ; il faut donc changer la loi sur la formation supérieure, ce qui n’est pas une mince affaire ! Si la décision, que nous attendons de l’OFFT au mois de mai, est positive, ce serait une première en Suisse et en Europe!

Le principe repose sur une évaluation poussée des compétences des candidates pour permettre la validation de leurs acquis et mettre en place, le cas échéant, un coaching en entreprise pour valider les éventuelles compétences manquantes. Ce coaching doit permettre à ces femmes qui n’ont pas la possibilité de suivre de nouvelles formations, par manque de temps jonglant entre une activité professionnelle de « manager » et la gestion de leur famille. Le but est de leur permettre d’obtenir un diplôme en leur évitant justement de les renvoyer à l’école. Il faut savoir que sans les Femmes PME (les conjointes d’artisans), beaucoup d’entreprises n’existeraient pas ; d’où l’intérêt de faire reconnaître cette profession comme un métier à part entière. Dans le contexte actuel de changement fréquent de professions et afin de conserver cette flexibilité, il apparaît indispensable de faire reconnaître ses compétences acquises dans l’entreprise. C’est probablement l’un des objectifs stratégiques pour 2020 : la création d’un portfolio individuel, permettant aux employeurs de se faire une idée très rapide sur les compétences acquises d’un candidat.

PM – D’une reconnaissance d’un statut au niveau fédéral, comment envisagez-vous de vous faire reconnaître au niveau européen ?

DR – L’idée initiale est européenne et remonte à 2005 avec notre participation active au projet ECOA. La Chambre des métiers du Rhône a déposé les deux projets ECOA 1 et ECOA 2, mais ne peut en déposer un troisième. Depuis 2011, la Suisse peut déposer des projets au niveau européen ; nous avons donc l’intention, après la phase pilote de notre projet de brevet fédéral de gestionnaire de PME familiale par validation des acquis, de devenir leader d’un projet européen, nos partenaires européens comptent sur nous ! La Suisse qui a en partie adopté les modèles européens serait alors en mesure de proposer son propre modèle à l’Europe ! Nous y travaillons d’arrache-pied avec Christine Davatz, présidente de l’association Femmes PME Suisse et vice-présidente de l’USAM (union suisse des arts & métiers), organisation faîtière des associations professionnelles, porteur du projet et qui a l’avantage de rassembler tous les domaines d’activités sur l’ensemble de la Suisse ; et avec Line Pillet, directrice de Swiss Occidental Leonardo, qui est la cheffe de projet, et responsable du transfert et de la dissémination des projets européens en Suisse.

PM – Quelles seront les prochaines étapes ?

DR – Si ce processus de qualification est validé en mai, nous procèderons à un appel à candidatures pour pouvoir engager en octobre une phase pilote avec les premières candidates. Suite à l’article dans le journal des arts & métiers, des femmes intéressées sont déjà prêtes à tenter l’expérience. Elles auront alors 9 mois pour préparer leur dossier qui sera examiné par deux experts. Un entretien de deux heures avec chaque candidate est prévu pour infirmer ou confirmer l’avis des experts sur leurs compétences. Leur sera ensuite délivré le brevet complet, ou le cas échéant, une attestation partielle de compétences, avec cinq ans pour acquérir les compétences manquantes par un coaching dans l’entreprise. La gestion de la relation familiale est incluse dans le profil de qualification, ainsi que l’appréhension du risque ; la femme PME n’est pas seulement une gestionnaire, mais elle est aussi preneuse de risque. Toutes ces compétences sont prises en compte et participent à la spécificité de ce brevet.

Logo Potentialyse

© Potentialyse

PM – Parmis vos casquettes, vous portez celle de femme, d’épouse, et de mère… Sûrement tiraillée parfois entre vos responsabilités familiales et professionnelles, qu’est-ce qui, dans votre vie, vous a le plus aidé à concrétiser votre projet ?

DR – Certainement mon mari qui a toujours cru en moi. Le choix du bon partenaire s’avère souvent pour les femmes un facteur clé de succès. Il est celui qui partage vos valeurs et vous soutient dans vos choix. Il faut parvenir à être claire et surtout en accord sur le sens qu’on veut donner à sa vie. Parfois notre carrière louvoie, mais l’essentiel est de rester fidèle au sens et aux valeurs qu’on a choisit. Si on donne du sens à ce qu’on fait, on y trouve du plaisir. Je suis une véritable épicuriènne, adepte du plaisir que je place au centre de mes décisions. Je suis optimiste et suis de celles qui voient le verre à moitié plein, plutôt qu’à moitié vide ! Ainsi, j’essaie de ne pas m’arrêter sur les obstacles, mais de focaliser davantage sur les buts à atteindre. Et comme on doit toujours faire des choix, je ne me retourne pas sur ce que je laisse derrière ou de côté. Ne pas avoir de regrets sur les abandons, permet d’avancer plus vite. L’ouvrage de Judith Viorst « Les renoncements nécessaires » l’illustre parfaitement !
Et puis, il est important dans une vie, de re-définir régulièrement de nouveaux projets afin de maintenir une dynamique positive et constructive !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.