EQUAL SALARY: Rencontre avec Véronique GOY-VEENHUYS

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Le 30 avril dernier, le Business Professional Women International (BPW), en présence de sa Présidente, Liz Benham, venue des Etats-Unis, remettait pour la deuxième fois, le prix du LENA AWARD à des femmes de mérites. Parmi ces femmes d’exception nominées dans 3 catégories, Véronique Goy-Veenhuys, tout de rose vêtue et sourire aux lèvres, recevait le prix du projet novateur.

Equal Salary

Véronique Goy Veenhuys © Sonja Evard

 

Pionnière, comme l’était Lena Madesin Phillips 80 ans plus tôt, elle est à l’origine de la création du label « equal salary », qui permet de fournir aux entreprises une certification de l’égalité salariale entre femmes et hommes. Ce label créé en 2005, et développé en collaboration avec « l’Observatoire universitaire de l’emploi » à Genève (OUE), est financièrement soutenu par la Confédération grâce aux aides prévues par la loi sur l’égalité (Leg).

Femme chaleureuse et spontanée, elle nous raconte comment elle est devenue Madame « Equal-salary », et nous confie ses petits trucs qui lui ont permis d’être aujourd’hui, non seulement, une femme professionnelle accomplie, mais surtout cette femme au dynamisme débordant, qui n’hésite pas à balayer les idées reçues et qui, lorsque vous la rencontrez, vous communique cette envie irrépressible d’aller de l’avant!

PM – Le 30 avril dernier, le BPW International vous remettait le Lena Award, décerné pour récompenser un projet novateur de soutien aux femmes. Que représente ce prix pour vous aujourd’hui?

VG – Ce prix est d’autant plus important qu’il est arrivé au moment où le projet devient réalité ! C’est merveilleux de voir aboutir un projet, de le mener à la consécration. D’une idée qui a émergée en 2005, est né le référentiel, produit élaboré en 2006-2007, qu’il a fallu tester durant une phase pilote en 2008-2009, pour finalement en 2010, obtenir la certification de 6 entreprises.

PM – « Equal salary », c’est donc 6 entreprises déjà labélisées depuis sa création en 2005. L’église évangélique réformée de Neuchâtel, le CSEM, le World Economic Forum, la Ville de Fribourg, les Montres Corum, les SIG et bientôt, peut-être, le canton du Valais. Pourquoi une entreprise choisit de s’engager dans cette démarche?

VG – Il faut que l’entreprise ait une volonté intrinsèque de prouver que sa politique salariale est égalitaire, qu’elle soit convaincue de la plus-value que la certification lui apporte. C’est notre but : apporter une réelle plus-value aux entreprises en leur fournissant les informations clés pour qu’elles puissent cerner leurs difficultés et mettre en place une réflexion d’amélioration. La certification devient alors un atout, sur lequel elles peuvent s’appuyer pour communiquer.

PM – Quel avenir envisagez-vous pour « equal salary », en Suisse et à l’étranger?

VG – Equal-salary rentre dans sa phase de vie. Il nous faut maintenant le porter vers le reste de la Suisse d’abord. En ce sens, la date du 10 juin est importante pour nous ; le Bureau Fédéral de l’Egalité organise un colloque à Berne pour lequel 10’000 entreprises ont été contactées, et dont equal-salary constitue une des 3 thématiques qui seront abordées.

Ensuite à l’étranger : j’ai été invitée l’année dernière par la Commission européenne pour présenter Equal-Salary dans le cadre d’une étude sur les mesures non législatives appliquées au milieu professionnel. Début mai, une conférence présentait les résultats de cette étude: 133 mesures ont été recensées, 26 seulement retenues dont Equal-Salary, seule mesure concernant les inégalités salariales. C’est vraiment un début de reconnaissance internationale, d’autant que la Suisse ne fait pas partie de l’Europe ; mais l’intérêt suscité par Equal-Salary a su faire fi des frontières!

PM – En dehors de la meilleure publicité que vous puissiez obtenir des entreprises déjà labélisées « Equal-Salary », comment gérez-vous la communication autour de votre projet?

VG – Je reste ouverte à toutes les opportunités. Le colloque du 10 juin à Berne en fait partie. J’ai aussi créé le groupe « Be an equal-salary ambassador » sur Facebook, que toute personne intéressée peut rejoindre. C’est aussi un moyen de continuer à alimenter la réflexion sur ce sujet primordial que représente l’équilibre entre femme et homme dans notre société. Et ça me permet aussi d’augmenter simultanément la visibilité et la crédibilité d’Equal-Salary . L’adhésion de personnages politiques, par exemple, renforce la pertinence du projet. Je prévoie aussi de publier prochainement notre nouveau site Internet!

PM – En effet, les réseaux sociaux se multiplient. Vous êtes vous-même membre, entre autres, du BPW Lausanne, du CWF de Genève, de l’association PACTE.
Votre adhésion à ces réseaux de femmes professionnelles a-t-elle été un atout pour vous dans le développement de votre projet?

VG – Oui, incontestablement ! On ne peut pas faire sans. Ces réseaux constituent une véritable force de communication, parfois même d’envergure internationale, comme le BPW! C’est aussi un excellent moyen de construire sa confiance en soi, en allant à la rencontre des autres. On peut faire bénéficier les autres de nos acquis et construire aussi sur le succès des autres. Entre solidarité et échange, c’est un outil indispensable. Certaine formation, comme le MBA que j’ai fait en 2005, intègre ce sujet dans leur programme d’enseignement.

PM – En créant le label « Equal-Salary», vous avez ouvert la voie dans le domaine de la certification d’égalité salariale entre femmes et hommes. Pionnière dans votre domaine, avez-vous rencontré des difficultés liées au fait que vous étiez une femme?

VG – Non. La création (ou le développement) d’une certification se fait habituellement au sein de groupes d’experts ou sous l’impulsion d’un gouvernement. De part le côté inattendu de ma démarche, j’ai obtenu l’adhésion instantanée de tous les partenaires. J’ai, en quelque sorte, bousculé les habitudes!

Je n’ai donc pas eu besoin de convaincre. Et, ce projet répond tellement à la question de l’éthique, grande valeur de notre siècle, qu’il remporte tous les suffrages! Mon objectif est d’atteindre l’équilibre femme-homme. C’est aussi une belle opportunité de positionner la Suisse en précurseur.

PM – Vous êtes mariée et mère de deux enfants. Avez-vous toujours pu concilier vie familiale et professionnelle? Votre rôle de mère a-t-il un jour été un frein à votre carrière?

VG – A 32 ans, lorsque j’attendais mon premier enfant, j’ai fait le choix de ne pas avoir à choisir entre travail et famille! Il était évident pour moi que je ferais les deux sans sacrifices. Nos carrières de femmes stagnent souvent avec l’arrivée des enfants, au moment même où celle des hommes explosent. J’ai toujours refusé d’être une victime, peut-être parce-que, enfant, j’étais souvent malade. J’ai décidé de vivre comme une femme à part entière pour ne pas avoir à me justifier. J’ai donc créé ma première société à ce moment là. Ce qui m’a permis de pouvoir concilier tous les aspects d’une activité professionnelle riche avec le temps nécessaire à consacrer à mes enfants.

Aujourd’hui, avec Equal-Salary, je propose une mesure positive, qui permet de renverser la vapeur pour toutes les femmes!

PM – Qu’est-ce qui, dans votre vie, vous a le plus aidée à concrétiser votre projet?

VG – Mon mari! Grâce à son soutien inconditionnel, j’ai créé cet équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Nous sommes tous les deux des travailleurs indépendants, un statut qui nécessite de pouvoir partager nos expériences ; on trouve ainsi appui et réconfort dans nos échanges qui sont riches et stimulants. C’est une force pour avancer ensemble.

PM – Pouvez-vous me décrire votre parcours dans les grandes lignes et les événements qui vous ont conduit là où vous êtes aujourd’hui?

VG – J’ai commencé l’Uni à 26 ans, en Sciences Economiques et Politiques.
20 ans après, j’ai repris les études pour faire un MBA. Ces deux années d’enseignement ont été un véritable accélérateur ! C’est extraordinaire de pouvoir couronner 20 ans d’expérience professionnelle par une formation: tout se met en place plus facilement. Comme Equal-Salary, qui est arrivé pour mes 50 ans, parfaite analogie pour symboliser l’équilibre ! C’était le bon moment pour un nouveau départ. Je crois qu’il n’y a pas de hasards dans la vie ; c’est une question d’énergie ! Il faut savoir écouter nos petits capteurs, savoir saisir les opportunités quand elles se présentent.

Equal Salary

© Equal Salary

 

PM – Aujourd’hui CEO d’ « Equal Salary », qu’aimeriez vous dire aux femmes qui n’osent pas se lancer?

VG – Avec Equal-Salary, j’ai réalisé que tout est possible ! Par nos craintes, on transforme très vite de petits obstacles en montagnes infranchissables. Je me rappelle encore du jour où j’ai demandé à un professeur de mon MBA comment créer une certification, et qu’il m’a répondu que je n’aurai jamais à être confrontée à cette situation…. Je repense souvent à lui aujourd’hui ! Si on sait ce qu’on veut faire et où on veut aller, il suffit de suivre ses convictions, et de franchir chaque étape petit à petit ; puis le succès amène le succès, et on réalise que nos peurs de départ ne reposaient sur rien. Arrêtons de se faire peur ! Je crois que si on agit avec authenticité, avec la volonté de bien faire, et que l’on suit nos valeurs avec sincérité, les choses finissent par se mettre en place d’elles-mêmes. C’est très étonnant parfois de voir avec quelle facilité les choses peuvent avancer!

PM – Présente dans toute la presse, récompensée par la communauté des femmes (le prix de la création du Zonta club de Lausanne-2008, le Lena-Award du BPW-2010), plébiscitée par les représentants de l’économie suisse…. Comment gérez-vous ce succès?

VG – Il faut que ce succès serve à accroître la notoriété d’Equal-Salary. Mon souhait, maintenant, est d’obtenir un maximum d’entreprises certifiées. Plus il y en aura, plus nous auront de crédibilité, et plus les entreprises seront amenées à devoir se justifier de ne pas être certifiées ! A terme, il faut que ça devienne une nécessité pour les entreprises…

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