Fête du travail: Un 1er mai « à la genevoise »

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Ils seront plusieurs centaines, voire quelques milliers, à défiler dans les rues genevoises ce vendredi 1er mai. Cette année, en pleine période de crise économique, le traditionnel cortège sera placé par les syndicats sous le signe de l’échec du capitalisme ou du « Capitalisme : no future ! ». Cependant, nous ne sommes pas tous égaux face au statut de la Fête du Travail. Ainsi, si les collaborateurs de Geneva Business News seront presque tous présents devant leur poste de travail, nous vous proposons tout de même de mieux comprendre l’histoire et le statut de ce jour particulier.

Un élément essentiel de la culture ouvrière

Statut du 1er mai par canton
© GBNews

C’est à la fois dans la victoire et dans le malheur que la Fête du Travail trouve son origine. La victoire, c’est celle de la journée de 8 heures, obtenue par une partie des ouvriers américains le 1er mai 1886. Le malheur, c’est celui de ceux qui n’obtinrent rien du patronat et décidèrent de se radicaliser. Ainsi, le 3 mai 1886, lors d’une manifestation à Chicago, les grévistes de la compagnie McCormick Harvester comptent trois morts dans leurs rangs. Le lendemain, lors d’une marche de protestation, une bombe explose. Bilan : 8 policiers tués, 8 manifestants arrêtés. Quatre d’entre eux seront condamnés à mort et exécutés un certain vendredi 11 novembre 1887, plus connu dans la mémoire ouvrière et syndicale sous l’appellation de Black Friday.
En 1889, pour célébrer cette victoire et honorer ces morts, la IIe Internationale socialiste réunie à Paris décide de faire de chaque 1er mai une journée de manifestation et de revendication de la semaine de 48 heures. C’est enfin en 1920, dans la Russie de Lénine, que la Fête du Travail devient un jour chômé. Ce choix sera suivi par la plupart des pays du monde.

Jour férié ? Jour chômé ? Jour ouvré ?

Pour Claude Reymond, actuel Secrétaire de la Communauté Genevoise d’Action Syndicale, le camp des travailleurs n’a été pris en considération en Suisse qu’après la Première guerre mondiale. Quelques cantons de gauche lui octroyèrent alors le 1er mai comme jour férié. Dans les années 1960, lorsque la Confédération permit aux cantons de choisir individuellement jusqu’à 8 jours fériés dans l’année, « Genève préfèra célébrer la Restauration de la République bourgeoise à la Fête des travailleurs ». Le 1er mai y restera donc un jour ouvré, de même que dans 17 autres cantons. Seuls 8 d’entres eux choisiront d’en faire un jour férié. Enfin, le canton de Neuchâtel se démarque, puisqu’il est le seul à avoir fait de ce jour un jour chômé.
Cependant, la Fête du Travail est avant tout régie par convention collective. Sur les 145 que compte le canton de Genève, 25 la considèrent en tant que jour férié et rémunéré. Une quarantaine d’autres autorise le travailleur à prendre ce jour à sa charge, l’employeur ne pouvant s’y opposer. Pour le reste, soit la majorité, ce sont essentiellement des conventions d’un secteur tertiaire sans traditions syndicales.

Les revendications de 2009 à Genève

Si le nombre de manifestants décline au fur et à mesure des décennies, Claude Reymond reste confiant pour cette année. De 5000 dans les années 1980 à 3000 dans les années 1990, la moyenne du nombre des participants tourne plutôt autour des 1500-2000 ces dernières années. Genève étant devenu avant tout une ville de service, la culture et les traditions ouvrières tendent à s’essouffler. Des signaux tendent à montrer qu’ils seront plus nombreux cette année : le contexte économique tout d’abord, mais aussi le fait que des groupes tels que les Jeunesses Socialistes se joindront aux festivités pour des animations destinées aux 17-25 ans, ou encore Euro Mayday qui viendra soutenir les artistes précaires
Côté revendications, avec la crise que traverse actuellement l’économie mondiale, ce sera « Capitalisme : no future ! ». Pour les syndicalistes genevois, cette crise s’accompagne aussi « d’atteintes multiples aux conditions de travail et de vie, aux droits démocratiques et des salarié-e-s ». La défense des droits des représentants syndicaux sera elle aussi l’un des fils rouges de la manifestation de cette année, et « on peut imaginer que Manor y aura une place de choix » nous indique Claude Reymond.

Pour plus d’informations sur le déroulement de la journée : le site du Comité d’organisation du 1er mai met à la disposition des manifestants un programme détaillé de la journée.

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Le défilé passe sous les fenêtres de Manor
© GBN/Stephane Bieganski

Ils étaient nombreux à manifester ce 1er mai 2009 à Genève : 2300 pour la Police, 5500 à 6000 selon les organisateurs, soit le double de l’année précédente. Un chiffre largement au dessus de la moyenne que nous annonçait Claude Reymond la semaine dernière. L’objectif de mobilisation est donc atteint. Parti du boulevard James Fazy aux alentours de 15h00 en direction du parc des Bastions, le cortège a cette année effectué un détour inhabituel sous les fenêtres de Manor.
Sous les sifflets des manifestants, les discours syndicaux ont résonné une quinzaine de minutes au pied du grand magasin. L’Unia en tête venait défendre la liberté syndicale dans les entreprises, demandant la réintégration de Marisa Pralong, licenciée de l’enseigne le 18 février. Quelques instants plus tard, Rue du Mont-Blanc, un nouvel arrêt est marqué. Cette fois-ci, c’est Franck Müller et son plan social en cours qui est visé par les huées de la foule. Preuve de l’ampleur de la manifestation, alors que la tête du cortège dépassait le pont du Mont-Blanc, l’arrière sortait juste de la rue du Cendrier.

Finance sans conscience mène à la ruine!
© GBN/Stephane Bieganski

Cette forte mobilisation est essentiellement due au contexte actuel de crise économique. Avec le « Capitalisme : No Future ! » comme thème principal, ou des slogans tels que « le modèle a atteint ses limites, nous ne paieront pas pour eux », les organisateurs ne pouvaient pas trouver plus fédérateur aujourd’hui. C’est aux alentours de 17h que, dans une ambiance pacifique, la manifestation atteint finalement le parc des Bastions.

Certains retrouvent des amis perdus en cours de route. Parmi cette foule hétéroclite, un groupe de collégiens participait à son premier 1er mai. « On est ici parce qu’on est anti-capitaliste ! Mais on est aussi venu pour défendre les droits du travail, et surtout les droits syndicaux. Pour notre avenir… ». D’autres n’en sont plus à leur première fois. Deux grands-mères toutes deux retraités du secteur de la santé prennent part chaque année à ce cortège : « depuis très longtemps ! Mais aujourd’hui, la situation économique et sociale se détériore, et les gens commencent à le sentir au travail. Alors les gens commencent à se rebeller ! ». Enfin, certains sont venus en famille. Frédéric porte son fils sur les épaules. A 38 ans et employé du secteur logistique : « je vois clairement que la situation de certains de mes proches se détériore sur leur lieu de travail. Avec la crise, on est plus sûr de rien. Je me dis que ça sera peut être bientôt à mon tour d’être licencié. Et puis c’est aussi pour mon fils que je suis là, pour son avenir ».

Une crise fédératrice ? C’est du moins ce que tend à démontrer cette forte participation. Et si tous les corps de métiers ne participaient pas à la manifestation, les badauds manifestaient parfois leur sympathie face aux slogans scandés.

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