Focus sur la Fondation Officielle de la Jeunesse

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M. Baud, Secrétaire Général, nous a accordé de son temps pour nous parler des enjeux de la Fondation Officielle de la Jeunesse (FOJ).

 

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots la Fondation Officielle de la Jeunesse ?

La Fondation Officielle de la Jeunesse (FOJ) a pour mission de répondre aux besoins d’accueil, de soutien et d’accompagnement éducatifs d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes qui, pour des raisons d’ordre éducatif et de protection, ne peuvent rester temporairement dans leur milieu familial. Les situations vécues sont complexes du point de vue personnel, social et familial. La FOJ a la volonté d’offrir un soutien à la parentalité, en prévention de mesures éducatives et d’accompagnement plus intenses. La collaboration avec tous les partenaires est une condition sine qua non à l’accomplissement de la mission de notre Fondation. Ces prises en charge de type AEMO (Action Educative en Milieu Ouvert) évitent l’éclatement familial.

Globalement, nous accueillons plus de 300 enfants et adolescents à la FOJ. Pourtant Genève n’arrive malheureusement pas à répondre à tous les besoins car 130 petits genevois doivent être accueillis dans d’autres cantons. Ceci complique le travail avec les familles puisqu’il y a une distance entre l’enfant et sa famille.

Comment se structure la FOJ ?

Avec la décentralisation managériale, le secrétariat général a une structure assez usuelle, mais quand même bien spécifique au soutien de l’activité principal des foyers. Il a un rôle de facilitateur du point de vu économique, un petit service de gestion financière, un petit service de soutien informatique, un petit service de RH et puis moi comme  Secrétaire Général.

Comment s’organisent les différents métiers au sein de la FOJ ?

LA FOJ regroupe différents métiers tels que assistant socio-éducatif, cuisinier, éducateur spécialisé, employé de maison, enseignant spécialisé, lingère, logopédiste (orthophoniste), maître socioprofessionnel, psychomotricien et responsable pédagogique.

Le métier principal est bien sûr éducateur, mais une lingère, un cuisinier, ou un employé de maison est astreint aux mêmes règles de secret professionnel. Il est essentiel de protéger l’intégrité des enfants et des familles. Chaque corps de métier tisse un lien particulier avec les jeunes. Toutes les tâches doivent rentrer dans la cohérence de notre intervention éducative, dans un seul but le bien être de l’enfant. Par exemple, la lingère doit accomplir son travail, mais elle peut aussi essayer de faire participer l’enfant à la connaissance de son métier. Le cuisinier essaie aussi d’initier les enfants à la cuisine, en leur montrant des compétences qu’ils pourraient intégrer une fois adultes. Ainsi chacun a son propre métier, chacun a ses responsabilités, mais toujours avec un objectif commun.

Comment les métiers non sociaux (lingère, cuisinier, etc…) peuvent apporter du soutien à ces enfants ?

Ces professionnels sont  fondamentaux, car ils sont les seuls à être constamment présents auprès des enfants. En revanche, un éducateur a un horaire plus aléatoire, il peut travailler la semaine, le week-end et récupérer la semaine qui suit.  Les adultes des différents services assurent une permanence, un point d’ancrage pour les enfants. Il faut vraiment souligner que tous les employés de la FOJ font partie intégrante de l’équipe éducative, et sont en  interaction positive avec la pédagogie revendiquée par les éducateurs, afin que la Fondation puisse fonctionner en harmonie et assurer la  qualité de vie des enfants.

Quelle est votre politique de recrutement ?

La compétence métier  est essentielle, mais la qualité à avoir est la faculté de s’intégrer dans un dispositif éducatif comme le nôtre. Par exemple, un comptable n’ayant que la compétence métier de comptable et qui ne saurait pas communiquer avec un enfant, ne pourrait pas travailler chez nous. Comme expliqué précédemment, cette interaction avec les enfants est primordiale. Nous ne lui  demanderons pas d’être éducateur, mais d’avoir une attitude bienveillante vis-à-vis des enfants, d’ écouter et d’échanger avec eux.

Comment agissez-vous concernant  le  soutien au niveau de la parentalité ?

Nous avons à faire à des parents qui pour diverses raisons, n’arrivent pas à assumer leurs responsabilités parentales. Cela peut être dû à une maladie, à une détresse sociale ou encore à un passif psychologique lourd. Nous mettons tout en œuvre pour ne pas rompre le lien parent-enfant, en favorisant la place des parents dans la vie de leurs enfants. Ils peuvent donc, s’ils le souhaitent, participer et s’intégrer à la vie du foyer. Certains parents veulent garder la maîtrise de l’enfant, parfois par la gestion du blanchissage des vêtements ou la préparation des repas. Nous avons donc un large domaine d’intervention permettant aux parents de trouver leur place dans le rétablissement de l’enfant.

D’où proviennent les demandes de placement en résidences / foyers?

L’appellation “résidence” s’applique seulement aux jeunes majeurs, déjà autonomes et qui font eux-mêmes la demande. Dans tous les autres foyers, réservés aux mineurs, les demandes de placement résultent d’un service de protection pour mineur ou d’un juge. Les familles n’ont pas accès à la prestation en direct. Une demande de placement est toujours analysée par un service de protection des mineurs, d’un juge des tutelles ou d’un juge de la protection des mineurs. Cela relève généralement du pénal.

 

Concernant l’accompagnement vers la vie d’adulte, quels types d’aide  offrez-vous ?

Nous travaillons principalement dans l’hébergement et le soutien éducatif. Nous donnons une sécurité aux enfants en coordonnant toutes les interventions externes. Parfois 10 à 15 personnes entourent l’enfant pour répondre à différentes problématiques (psychiques, de santé, scolaires). Dans tous les moments de doute, de rebellion, nous sommes là et vivons avec les enfants pour les aider à retrouver une sécurité.  Nous écoutons beaucoup les enfants et les familles, dès le début afin de fixer des objectifs communs. Il est difficile pour un parent de se voir retirer la garde d’un enfant, car le parent reste parent toute sa vie. Ce sont des rapports inaliénables. Le parent doit alors, si possible, avancer dans la même direction que son enfant.

En moyenne, combien de temps prenez-vous en charge un enfant ?

Pour un placement dit “d’urgence”, nous prenons en charge l’enfant pendant environ trois mois. En revanche, s’il y a besoin de placement à moyen ou long terme, nous suivons un jeune sur plusieurs années et pour certains jusqu’à la majorité. Car il y a une incapacité de prise en charge par la famille et personne d’autre pouvant prendre le relais.

Et qu’arrive-t-il aux enfants après 18 ans ?

C’est un vrai problème !  Nous pouvons encore suivre ces jeunes pendant un an à travers le contrat “jeune majeur”. Mais, après ce délai, ils doivent prendre leur envol. De 0 à 18 ans, la présence de l’éducateur dans l’encadrement est bien réelle. En revanche, dès 18 ans, les structures d’accueil sont bien moins présentes et c’est parfois un véritable choc pour les jeunes que nous guidons. Il est donc essentiel d’accompagner l’enfant en amont afin de lui permettre d’acquérir les compétences nécessaires pour se débrouiller seule une fois adulte.

Il y a donc une carence de prise en charge après 18 ans ?

Oui, sauf s’il y a un handicap. Dans ce cas, la prise en charge est très structurée, mais c’est un autre domaine. Il est vrai que les 18/25 ans sont malheureusement tombés dans l’assistante de l’Hospice Général de manière conséquente, ce qui n’est pas adapté à leur situation. Chaque année plusieurs centaines de demandes pour les résidences de jeunes non universitaires. Il y a un cruel manque de place par rapport aux demandes. Je vois bien qu’il y a eu en 10-15 ans une nette détérioration de la situation pour les jeunes adultes.

Quels sont donc les projets de la FOJ pour ces jeune entre 18 et 25 ans ?

Très prochainement 43 studios, destinés aux jeunes majeurs en formation, en apprentissage et aux jeunes non universitaires, sous-entendu les jeunes travailleurs. Nous devons louer ces studios au prix de Sfr 750.-, à cause du coût de construction.

Enfin, quels sont les  objectifs futurs de la FOJ ?

Nous souhaitons développer de plus en plus de missions de prévention. Comme dit plus haut, nous ne pouvons pas intervenir directement dans les familles. Nous aimerions donc développer cette prestation dans les communes. Par exemple, la  Ville de Genève pourrait nous demander des interventions dans les familles en amont de problématiques trop lourdes, sans intervention d’un tribunal. Concrètement, plusieurs partenaires (écoles, service santé de la jeunesse, etc) pourraient signaler des dysfonctionnements. Dans le but d’ intervenir avant que la situation soit trop dégradée.

Ensuite, nous avons un autre projet, nous souhaiterions que les foyers soient intégrés dans des immeubles plutôt que dans des petites maisons excentrées, car cela nous semble pas la meilleure intégration pour les adolescents. Nous ne voulons plus être un pavillon foyer, mais un foyer dans un immeuble, avec de vrais voisins, qui pourraient, à leur façon, intervenir en complément de l’équipe éducative. Ceci afin d’avoir une interaction sociale beaucoup plus intense avec la population.  Nous voulons arrêter de stigmatiser les enfants en les mettant dans des espaces clos.

 

Quel a été votre parcours professionnel avant de devenir Secrétaire Général de la FOJ ?

Pour commencer,  j’ai fait une formation d’assistant social, que je n’ai jamais exercée.  Puis, j’ai commencé ma carrière en travaillant dans l’éducation en foyer pour les requérants d’asile. Après, j’ai fait de longues années dans le secteur de l’handicap mental, pour les autistes et les personnes polyhandicapées. Enfin, depuis six ans, je suis Secrétaire général, donc dans le secteur de la protection de l’enfance. Ce rôle est intéressant, car je suis garant des aspects administratifs, financiers, mais aussi pédagogiques de la Fondation. C’est un beau défi que de gérer l’aspect administratif et pédagogique.

 

Merci à M. Baud d’avoir pris le temps de nous recevoir et de répondre à nos questions.

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