Genève, ville attractive pour les multinationales

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Genève accueille un grand nombre de multinationales qui décident d’y établir leur siège. Un choix motivé par les nombreux avantages qu’offre la région, mais aussi par le travail des équipes de Daniel Loeffler, directeur du Service de la promotion économique de Genève. Rencontre.

Daniel Loeffler
© Daniel Loeffler

Daniel Loeffler, quel est le rôle du Service de la promotion économique de Genève?

Les deux missions principales du Service de la promotion économique de Genève sont d’inciter les entreprises étrangères à venir s’implanter dans la région et de s’occuper du tissu économique local en favorisant la création de sociétés et en soutenant le développement des sociétés locales. Pour nous appuyer dans nos démarches hors de la Suisse, nous disposons d’un réseau d’agents gérés par le Greater Geneva Berne Area (GGBA), une structure commune de prospection et d’acquisition d’entreprises à l’étranger qui regroupe tous les cantons romands, à l’exception du Jura. Le GGBA couvre cependant seulement certains marchés (Etats-Unis, France, Allemagne, Italie, Russie, Chine, Inde, Brésil). Pour Genève, les plus importants sont la Suisse, les Etats-Unis, et la Grande Bretagne.

La seconde mission repose sur trois piliers. Le premier concerne l’information sur le processus administratif, les associations, la fiscalité, les activités réglementées et le travail. Tous ces aspects figurent dans notre Guide du créateur d’entreprise. Le second pilier comprend un accompagnement et du coaching effectués par quatre services : Eclosion, Genilem, la Fondation Genevoise pour l’Innovation Technologique (Fongit) et l’Office de Promotion des Industries et des Technologies (OPI). Enfin, le troisième pilier concerne le financement par le biais d’organismes de financement tels que la Fondation d’aide aux entreprises (FAE) et la Fondation communale pour le développement des emplois et du tissu économique en Ville de Genève (Fondetec).

Quels sont les domaines d’activité des entreprises qui s’installent à Genève?

Genève possède une économie fortement diversifiée dont la structure s’apparente à un mille-feuille. Le tissu économique local est composé de la biotechnologie (Merck Serono, Adex, Novinium, OM Pharma), de l’industrie des arômes et des parfums (Firmenich, Givaudan), de la finance (plus de 30’000 personnes), du private banking, du négoce (premier rang en Europe pour le négoce de coton et de pétrole), de l’horlogerie (10’000 emplois), et d’organisations internationales.
Nous attirons les sièges et les Headquarters issus de tous les domaines. La proximité des marchés, la stabilité économique, les conditions-cadres (fiscalité, droit du travail flexible, charges sociales faibles) ajoutées à la qualité de vie et à la stabilité politique sont des éléments importants. Ensuite, la présence d’une forte communauté anglophone assure une intégration facile.
Nous attirons aussi les sociétés de négoce, car Genève est un cluster important qui regroupe les acteurs de la masse critique, les acteurs du financement (UBS, BNP Paribas, Crédit Agricole), les assurances qualité (SGS, ISO) et le Shipping. L’ensemble des protagonistes sont donc réunis dans un même lieu. Dernièrement, les Hedge Funds se sont installés à Genève, car en Grande Bretagne, les conditions-cadres se sont détériorées. De plus, Genève n’est qu’à 1h15 de Londres et dispose de nombreuses et très bonnes écoles internationales. Cette venue est d’ailleurs très positive, car l’année 2009 fut difficile pour faire face à une concurrence toujours plus forte. A ce sujet, nous cherchons des solutions pour le futur. Notre but est de renforcer l’ancrage des sociétés dans le tissu local en favorisant l’« Open Innovation » (partage du savoir et de l’innovation entre les entreprises). Les multinationales ont, en effet, des connaissances parfaites du marché, mais subissent une constante pression de la croissance, alors que les start-up locales inventent, mais ne possèdent pas les données des multinationales. L’idée est donc de les mettre en contact, de nouer des liens et de créer des dossiers. De cette façon, la multinationale développe, en son sein, une activité de recherche et de développement. Dans ce cas, quitter Genève devient plus difficile en termes financier et logistique pour la multinationale comme elle a un pôle commun en R&D avec les start-up locales.

Quelles sont les retombées économiques pour les multinationales étrangères qui s’implantent à Genève?

C’est difficile à évaluer, mais les avantages résident dans la proximité avec les marchés et aussi, selon certains témoignages, la plus grande facilité à créer une équipe internationale équilibrée au sein de laquelle aucune culture ne s’impose. Le réseautage avec les organisations internationales est également facilité. De plus, de par la petite taille de la ville, il est plus facile d’entrer en contact avec les personnalités-clef.

Quel est le pourcentage de postes réellement dévolus aux Genevois ? Et quel pourcentage de postes est réservé aux employés en provenance de l’étranger?

En général, lors de l’installation de la multinationale, les trois quart de ses effectifs sont des expatriés puis, cinq ans après, l’inverse se produit une fois que l’entreprise s’est développée sur le marché local et qu’elle s’y est intégrée. C’est le cas, par exemple, de Procter & Gamble. Il se peut aussi que les expatriés mettent en place l’entreprise, puis partent une fois leur tâche terminée.

Quels sont les avantages et les inconvénients de la relocation pour Genève?

Les avantages résident dans la création d’emplois, l’apport de compétences (par exemple, les Hedge Funds), qui diversifient le tissu financier et ainsi renforcent la place économique genevoise qui sera moins vulnérable. Pour ce faire, un nouveau cursus de négoce a été ouvert à l’Université pour créer, à long terme une connaissance qui permettra de faire face aux nouveaux défis.
Les inconvénients de la relocation sont liés à la problématique du logement qui représente une situation sensible, car il est nécessaire d’offrir des infrastructures à la hauteur. De même, à Genève, nous avons des salles de conférences comme Palexpo et des hôtels de très bonne qualité, mais au niveau des routes, des chemins de fer, et des accès à l’aéroport, nous ne sommes pas encore à la hauteur.

Quels sont les avantages et les inconvénients de la relocation pour les entreprises étrangères?

Parmi les avantages, nous pouvons citer les bonnes conditions cadres, la stabilité, un environnement propice au développement des affaires et l’image de marque de Genève qui est très positive.
Parmi les inconvénients, le souci principal reste le logement. Il s’agit d’un problème sensible. Des projets tels que Les Vergers, Les Communaux d’Ambilly et Praille-Acacias-Vernets sont en cours pour y remédier.

Comment se passe, dans le détail, le processus d’implantation d’une entreprise étrangère à Genève?

Au départ, une société mandate une fiduciaire qui analyse plusieurs sites. Ensuite, elle nous envoie parfois un questionnaire sur le nombre de places disponibles dans les écoles internationales, le taux de vacances des appartements, etc. De même, elle examine les conditions (fiscalité, droits du travail, charges sociales). Après cette première étape, elle étudie la qualité de l’environnement et les disponibilités dans les écoles internationales, ce qui est très important pour assurer un cursus scolaire aux enfants des cadres. Elle essaye aussi de déterminer si les employés vont se plaire dans cette région, s’il s’agit d’une ville valorisante, ce qui est le cas de Genève, puis elle effectue une visite des lieux. La troisième phase comprend une analyse concernant la disponibilité de main-d’œuvre qualifiée, en s’informant sur les bonnes écoles et sur la facilité de recruter des employés européens. Enfin, la décision se prend.

Collaborez-vous avec les agences de relocation et services de conciergerie?

Nous avons des difficultés à filtrer toutes les demandes, car Genève est une ville attractive et nous n’avons pas le temps d’assurer ce type de service. Nous nous appuyons donc sur un réseau de prestataires composé d’agences de relocation et de fiduciaires. Cependant, certains de nos homologues d’autres cantons visitent des appartements pour les entreprises car, pour gagner un dossier, ils doivent offrir davantage de prestations.

Est-ce que la relocation a un effet positif sur la promotion économique de Genève?

Oui, car dans notre argumentaire nous citons les grandes entreprises, puisque si elles se sont installées à Genève, cela signifie que ça vaut la peine. D’ailleurs, les candidats qui veulent s’implanter demandent souvent à voir une multinationale de la place. Nous avons une collaboration formidable avec celles-ci, qui nous ouvrent volontiers leur portes et parlent librement avec eux. Par exemple, dans cette optique d’entraide entre multinationales, une entreprise comme Procter & Gamble expliquera à ces candidats les raisons de son installation à Genève comme la qualité de vie, la proximité des marchés et l’image de marque de la ville.

L’attrait de Genève est-il toujours aussi fort ou y a-t-il une baisse ? Quelles sont les villes qui représentent la plus forte concurrence?

Genève reste attractive et la Suisse également. C’est un environnement favorable au développement des affaires de par la fiscalité, le personnel qualifié qui est composé d’un vivier international qui s’adapte et connaît différentes cultures, et la flexibilité au niveau des droits du travail, ce qui n’est pas le cas chez nos voisins. Lorsqu’on possède une société en phase de croissance et qu’il faut restructurer, c’est un facteur important.
En raison de la crise, nous avons connu un ralentissement en 2009, mais mi-2010, nous avons reçu à nouveau beaucoup de demandes. Nos principaux concurrents sont : Amsterdam, Londres, Bruxelles, Dubaï et la France, avec la nouvelle introduction du crédit de recherche. De même, il y existe aussi une concurrence au niveau culturel. Ainsi, les Chinois choisissent de s’installer de manière à toucher de grands marchés, par exemple la France ou l’Allemagne, alors que les Américains se focalisent plutôt sur l’environnement, sur la présence d’autres multinationales et d’écoles internationales.

Prochainement, quelles multinationales vont s’implanter à Genève ? Quel serait le pourcentage d’emplois réservés aux Genevois?

Il est difficile d’établir un pourcentage. Les deux tiers des emplois seront occupés par des genevois à moyen-long terme. Un certain nombre de dossiers sont en cours de décision, mais nous sommes toujours en concurrence avec d’autres villes jusqu’au dernier moment.

Plus d’informations: www.whygeneva.ch

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