Grippe A/H1N1: Ne paniquez pas!

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La moitié de la population genevoise clouée au lit en même temps à la rentrée, avec pour conséquence une économie fortement perturbée. Telles étaient les prévisions sur lesquelles s’entendaient tous les experts au début de l’été. A la mi-octobre, le discours a changé. L’épidémie tant redoutée tarde à se déclarer, et tant mieux, dirons-nous. Mais cela ne veut pas dire que tout danger soit écarté, bien au contraire. Le virus est bien présent à Genève, et continue de se répandre. Et s’il y a de fortes probabilités pour que l’activité économique s’en ressente d’une manière ou d’une autre, la priorité aujourd’hui tient plus au fait de ne pas en faire trop que pas assez… Décryptage.

 Philippe Sudre, Médecin Cantonal
© FER Genève, photographie par Luly Gonzalez

Deux ans après la grippe aviaire (H5N1), la grippe porcine fait son apparition et se répand au niveau mondial. L’Organisation Mondiale de la Santé déclare le niveau d’alerte maximale le 11 juin 2009, déclarant ainsi la première pandémie du XXIème siècle. Face à une telle menace, les entreprises ont principalement deux devoirs : celui d’assurer la protection de la santé de leurs collaborateurs (la loi les y oblige) et celui de minimiser l’impact sur leur activité économique. Ce qui passe généralement par ce que l’on appelle un Plan de Continuité d’Activité, information considérée comme stratégique par les grandes entreprises. En effet, si l’un de ses plans n’était pas jugé suffisant par les experts, donc si l’on estimait que telle ou telle entreprise était insuffisamment préparée, le cours de son action pourrait jouer au yo-yo… Afin d’en savoir un peu plus sur la manière dont les entreprises genevoises et les grandes institutions se sont préparées, nous sommes allé à la rencontre d’un certain nombre d’entres-elles, et un constat s’impose : nous sommes prêts, dans les grandes entreprises du moins !

A Genève, depuis deux ans, le Conseil d’État a adopté le nouveau règlement sur l’organisation de l’intervention dans les situations exceptionnelles (dispositif OSIRIS), entré en vigueur le 1er février 2003. Ce projet résulte de la volonté de clarifier et d’actualiser les dispositions relatives aux situations exceptionnelles (plan ISIS, état-major cantonal de crise du Conseil d’Etat, en particulier) et qui remonte à la précédente législature. Selon Monsieur Grandjean, porte-parole de la Direction Générale de la Santé (DGS) à Genève, les inquiétudes suite à l’annonce faite par l’OMS concernant le niveau d’alerte ont d’abord été d’ordre sanitaires et économiques.

Faire preuve de bon sens est la meilleure arme

L’Etat major de la cellule de crise s’est donc réuni et a invité ses partenaires: organisations internationales, organisations sanitaires, communication, acteurs économiques locaux (Fédération Romande des Entreprises). La FER organisait d’ailleurs le 8 octobre dernier une conférence à ce sujet, réunissant les principaux intervenants cantonaux : Philippe Sudre, médecin cantonal délégué, Eric Grandjean, et Anna-Karina Kolb, attachée de direction au Département de l’Economie et de la Santé en faisaient notamment partie. Pour cette dernière, le plus grand risque à l’heure actuelle tient plus aux perturbations qu’une panique pourrait engendrer qu’à la grippe elle-même. Engorgement des urgences et des médecins au premier symptôme, vaccins à tour de bras et arrêts de travail disproportionnés sont autant de risques de perturber gravement l’économie sans réelle raison… En bref, le bon sens doit prévaloir, tant du côté des employeurs que des employés. Le meilleur exemple vient de l’Australie, qui a traversé le pic d’infection sans perturbation particulière. Continuer à vivre normalement avec quelques mesures de précaution propres à toute grippe est donc la consigne. Ceci dit, les entreprises se doivent d’être prêtes à faire face à un nombre plus grand de collaborateurs absents.

 unis contre la grippe

L’aéroport, un secteur en première ligne

A l’Aéroport International de Genève (AIG), ce sont plus de 8’600 personnes (environ 750 employés de l’Aéroport, plus les collaborateurs des sociétés externes, compagnies aériennes, boutiques, forces de l’ordre, …) qui se côtoient chaque jour et entrent en contact avec des millions de passagers en provenance des quatre coins du monde.

Selon Monsieur Bertrand Staempfli, porte-parole de l’Aéroport International de Genève, les premières mesures mises en place ont été des mesures de prévention et de protection. Ces informations sont quotidiennement mises à jour sur une plateforme informatique dédiée aux collaborateurs. Du matériel de protection (masques, médicaments, savons) a été acheté et stocké. Toutes ces consignes sont établies par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et sont appliquées par les entreprises selon le Business Community Plan (BCP), plan d’action en cas de crise. En cas de suspicion de contact avec le virus (ce qui s’est déjà produit), une prise en charge est aussitôt organisée par la médecine du travail de l’Aéroport et le médecin cantonal.

Parmi les sociétés situées à l’aéroport, TNT Swiss Post réunit 110 employés dans son dépôt de fret. A titre de prévention TNT Swiss Post avait suspendu les voyages d’affaires (aller/retour) essentiellement aux pays: Mexique, Etats-Unis, Australie, Angleterre et Japon, pays pour lesquels un consultant général a été mis en place.

-inquiétudes économiques dans le secteur bancaire-

« Depuis la grippe aviaire, le secteur bancaire s’est plus particulièrement inquiété des répercussions économiques et s’est donc préparé à réagir en terme de prévention au sein de l’entreprise. Les multinationales également. Toutes ces entités sont préparées en terme de prévention, de logistique, de sécurité » nous rapporte M. Grandjean.

Plus particulièrement, Monsieur Jean Paul Darbellay, responsable du département de Communications Suisse Romande (RPC1), de la banque Credit Suisse, affirme s’être préparé en collaboration avec les autorités sanitaires. En effet, depuis quelque temps, Credit Suisse suit de très prêt la situation de pandémie à travers le « Business Continuity Planning » (BCP), mis en place par la Fondation Genève Place Financière.

Monsieur Andréas Kern, le porte parole d’UBS, qui compte plus de 25’000 collaborateurs en Suisse dont 2’000 à Genève, a souligné que la banque était prête à affronter la pandémie de grippe aviaire en 2004 et 2005. Des boîtes avec des masques et des produits de désinfection avaient été octroyées aux employés. Des thermomètres avaient même été distribués ! En cas d’une propagation de la Grippe A (H1N1), un relais des recommandations de l’OFSP (Office fédéral de la santé publique) a été mis en place afin de mettre à disposition des employés tous renseignements liés à la grippe. En raison du risque de contagion au retour des vacances d’été, UBS a construit un site spécial sur son intranet pour rappeler les mesures d’hygiène individuelle et permettre aux personnes revenant de zones affectées par le virus H1N1 de recevoir un soutien, souligne Monsieur Kern.

-Les hôpitaux, un cas à part-

Au Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV) de Lausanne Monsieur Darcy Christen, adjoint à la communication, se veut lui aussi rassurant : « Chaque cas est étudié séparément et une évaluation est faite au cas par cas : type et durée d’exposition, facteurs de risque chez les personnes exposées puis décisions avec les principes généraux suivants: prophylaxie antivirale aux patients exposés, isolement du cas index, quarantaine des personnes en contact proches depuis le début présumé de la contagiosité (privé et professionnel). Au sein de l’établissement les consignes et les mesures prises sont des mesures d’hygiène habituelles, lesquelles sont déjà très strictes. »

Aux Hôpitaux Universitaires à Genève, Monsieur Pierre Brennenstuhl, délégué à la sécurité des HUG confirme 175 cas d’infection pour Genève et 1’155 pour la Suisse. Tous les patients ont guéri. Il n’y a pas au jour d’aujourd’hui de transmission importante du virus à Genève, dont l’évolution est suivie attentivement par les médecins experts de l’Hôpital Cantonal.

-plan de continuité d’activité-

A l’OCIRT (Office Cantonal de l’Inspection et des Relations du Travail) Monsieur Michel Gisler, directeur général, confirme l’existence d’un plan de travail prévu à l’époque de la grippe aviaire et actualisé selon les degrés de priorités. L’OCIRT a prévu un taux minimum d’absence dans chacune de ses 400 prestations pour assurer la continuité de ses activités essentielles au cas où la plupart de ses employés seraient affectés par le virus H1N1. Par exemple, les prestations de formation pourraient encaisser un taux d’absence de 50%, alors qu’un taux de 15% d’absence dans les prestations de sécurité pourrait être critique et nécessiterait des actions particulières.

Les Services Industriels de Genève, comptant 1’700 employés au total, ont également pris des mesures de protection et de prévention contre une infection éventuelle. Alain Zbinden, Directeur juridique des SIG, confirme que la régie publique est fin prête en cas de pandémie sur le territoire genevois. Lors de l’alerte à la grippe aviaire, un Plan de Continuité d’Activité (PCA) avait été élaboré avec force détails. C’est sur cette base qu’a été développé le Plan actuel, enrichi et adapté. Concrètement, des équipes d’urgence ont été constituées et sont prêtes à remplacer au pied levé les défections potentielles. Ce plan a été testé et mis en place dès la fin août. L’usager n’a donc pas à s’inquiéter !

Du côté de la prévention, M. Zbinden a multiplié les initiatives afin de limiter le risque de contamination au maximum. Cela passe par des mesures d’hygiène simples, des consignes relayées par l’intranet de l’entreprise, jusqu’au centre de vaccination directement implanté dans les locaux.

De manière générale, les entreprises se sont organisées au niveau des mesures à appliquer ainsi que des mesures de sécurité. Le plan national de pandémie, Influenza, recommande également aux entreprises et aux administrations d’élaborer un plan de continuité de leur activité. Et ce quelle que soit leur taille. Il consiste à prendre les mesures d’organisation pour permettre la poursuite d’une activité tout en protégeant le personnel présent sur les lieux de travail.

Et rappelons surtout que s’il convient d’être prudent, il faut surtout s’en remettre au bon sens et relativiser !

En collaboration avec le Groupe de travail Influenza et le SECO, l’OFSP a établi un manuel pour aider les entreprises pour leur préparatifs. Vous trouverez toutes les informations nécessaires auprès de l’OFSP, du site de l’Etat de Genève, ou de l’OCIRT.

http://www.bag.admin.ch/influenza

http://www.influenza.ch

http://www.ge.ch/pandemie

http://www.ge.ch/ocirt

 

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