La formation, premier pas d’une reconversion professionnelle

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voies de chemin de fer
© D.R.

Dans le but de faire un premier tour d’horizon des possibilités de formation en vue d’une reconversion, nous avons rencontré Jean-Pierre Cattin, directeur du service de l’orientation scolaire et professionnelle au sein de l’OFPC à Genève.

  

A quel moment de sa vie professionnelle et pour quelles raisons souhaite-t-on changer l’orientation de son parcours ?

Il n’y pas d’âge particulier, mais plutôt certaines périodes de sa vie. Cela dépend des individus, de leur histoire. A titre d’exemple, il peut s’agir d’une personne qui a travaillé dans une banque et qui souhaite retrouver des valeurs plus fondamentales. Il existe aussi des reconversions qui relèvent de la nécessité, parce que la personne est au chômage ou parce que certains métiers n’offrent plus de perspectives professionnelles ; il y a aujourd’hui des mutations, des métiers traditionnels  qui tendent à disparaître tandis que d’autres apparaissent. Il peut également s’agir de personnes souhaitant recommencer à exercer une activité professionnelle après une longue pause, comme les mères de familles.

Il est à souligner qu’une reconversion implique un investissement ; elle a un coût dû à l’écart entre les compétences que la personne possède déjà et celles requises pour le poste visé. On ne peut évidemment  pas passer d’un emploi à un autre sans formation ; il faut donc bien analyser les compétences requises pour le poste visé afin de combler cet écart. Selon l’amplitude du virage ou de la reconversion, mais aussi selon d’où l’on part, la formation peut être quelque chose de très conséquent qui peut durer plusieurs années. Selon l’âge auquel on entreprend cette conversion, on est plus ou moins disposé à fournir l’investissement nécessaire. Cela représente un coût en terme de temps et aussi bien sûr en terme d’argent. Il convient donc de très bien s’organiser.

 

 Les formations données par le chômage sont destinées à renforcer l’employabilité

Comment les possibilités de reconversion (autre que la création d’entreprise) sont-elles mises en avant pour les personnes en recherche d’emploi ?

En premier lieu, il est important de savoir si la personne est au bénéfice d’une formation reconnue ou non. Les personnes n’ayant pas de CFC, de maturité ou de diplôme de l’ECG sont extrêmement fragilisées sur le marché du travail et ont beaucoup de peine à retrouver un nouvel emploi. L’office cantonal de l’emploi peut, via le chômage, aider ces personne à se qualifier. Il existe un dispositif qui s’appelle les AFO : la personne fait un apprentissage rémunéré par le patron en tant qu’apprenti et l’Office cantonal de l’emploi (OCE) paie la différence pour constituer un salaire. L’OCE propose également toute une palette de formations continues. Il faut cependant savoir que le chômage n’est pas une situation autorisant une reconversion. L’objectif est avant tout de ramener les personnes là où elles sont employables, c’est-à-dire là où elles sont déjà formées et ont travaillé. Les formations données par le chômage sont donc destinées à renforcer l’employabilité. Le chômage ne finance donc la reconversion que pour les personnes n’ayant pas de formation de base ou pour les personnes travaillant dans un secteur sinistré.

 

Existe-t-il des statistiques liées à la reconversion et si oui, quelle tendance semble se dessiner (progression, diminution) ?

Je n’ai pas de chiffres exacts, mais il y a quelques années de cela, le Prof. Flückiger de l’Université de Genève expliquait déjà que plus d’une personne sur deux, à Genève, exerçait un emploi autre que celui pour lequel elle était initialement formée. J’imagine qu’aujourd’hui cette proportion n’a pu qu’augmenter.

 

Quelles sont les différentes possibilités de formation offertes à une personne souhaitant changer l’orientation de son parcours professionnel ?

Un apprentissage est toujours possible, par contre un apprentissage en école professionnelle à plein temps est très compliqué : les adultes n’y ont en principe pas accès. Pour ce qui est des écoles en cours du soir, il y a le Collège pour adultes et l’Ecole de Culture Générale pour adultes. Sinon, l’offre de formation continue est gigantesque, même si ces formations  ne sont pas forcément diplômantes.

 

Qu’en est-il de la reconversion par le biais d’une formation académique ?

Encore une fois, le processus est très long et il convient de bien s’organiser, au niveau financier, au niveau de la gestion de son temps ; il faut faire des sacrifices pour étudier, pour aller aux cours. Un autre élément à ne pas négliger est le soutien des proches et de la famille.

 

Obtenir un titre universitaire à 45 ans est une preuve de volonté et de rigueur

Quelle est, selon vous, la crédibilité d’une personne sur le marché de l’emploi décrochant un titre universitaire à 40-45 ans  ?

Pour répondre à cette question, il convient de se mettre dans la peau de l’employeur et la réflexion doit être menée de cas en cas : se former sur le tard a des avantages, car obtenir un titre universitaire à 45 ans est une preuve de volonté, de rigueur qui sont des qualités à faire valoir sur le marché de l’emploi. Tout dépend également de ce que cette personne a fait auparavant. Il y a certainement tout un bagage d’expériences préalables offrant des avantages quant  à la profession envisagée ou transférable à cette profession. Un autre atout à faire valoir est la fraîcheur du diplôme et donc des connaissances. Il n’existe cependant pas de réponse univoque, mais ce qui est certain c’est qu’il est préférable d’arriver sur le marché du travail à 45 ans avec un titre nouvellement acquis que sans formation du tout.

 

Quels sont les liens de l’OFPC avec le monde académique ?

Des étudiants viennent régulièrement effectuer un stage dans le cadre de leur master ; certains de nos collaborateurs font des travaux académiques ; notre directeur général a enseigné à l’Université de Lausanne et de Genève. Et nous sommes également consultés par les universités dans le cadre de certains engagement.

En ce qui concerne nos prestations au public, nous avons une permanence d’accueil pour les étudiants de l’Université qui souhaitent ou doivent changer de filière d’études ; il existe aussi une structure dirigée conjointement par l’OFPC et l’Université : Uni-Emploi. Elle aide les étudiants en fin de cursus à décrocher leur premier emploi.

Nous intervenons aussi au collège de Genève pour aider les collégiens à faire leur choix d’études. C’est la vocation même du service de l’orientation.

 

Qu’en est-il de la Validation des Acquis  de l’Expérience (VAE) à l’heure actuelle ?

Nous pratiquons la VAE à l’OFPC au niveau des formations professionnelles. Un grand nombre d’adultes ont obtenu leur CFC par ce biais et ce dans différents métiers.

Actuellement, la VAE est possible dans une petite dizaine de métiers. Elle implique un partenariat important avec les OrTra (organisations du monde du travail). Il existe des référentiels de compétences attendues d’une formation professionnelle définis par les OrTra. L’enjeu de la VAE consiste à démontrer qu’une personne, même si elle n’a pas suivi la filière de formation standard,  a pu au travers de son expérience acquérir ces compétences attendues.

M. Cattin, directeur du service de l'orientation scolaire et professionnelle au sein de l'OFPC © D.R.

 

Quelle pensez-vous être la reconnaissance du marché de l’emploi par rapport à un diplôme d’une formation académique à distance ?

Je vais vous donner une réflexion éminemment personnelle sur le sujet : une personne habituée depuis son jeune âge à utiliser les outils liés aux nouvelles technologies percevra beaucoup mieux, en tant qu’employeur, une telle formation à distance qu’une personne peut-être un peu plus âgée ayant été formée de manière plus classique. Maintenant, je ne peux pas vous dire précisément quelle est la valeur réelle d’une telle formation et l’OFPC n’a pas de position sur le sujet, mais un diplôme est un diplôme.

 

Quels sont les éventuels moyens financiers mis à disposition pour une éventuelle reconversion ?

Il existe un catalogue important de formations financées par le chèque annuel de formation. Une des conditions pour pouvoir bénéficier de ce chèque est que la formation dure au minimum 40 heures, on est donc plutôt en perspective de formation continue, car on ne change pas de métier en 40 heures. La reconversion au sens fort du thème me paraît nécessiter des moyens qui vont au-delà d’une formation de 40 heures et pour lesquelles on peut également bénéficier du chèque annuel de formation. Les personnes qui se posent des questions sur leur éventuel droit à bénéficier d’une bourse d’études ou de formation peuvent se rendre à la Cité des métiers et de la formation où des spécialistes du Service des allocations d’études et d’apprentissage pourront leur fournir tous les renseignements dont ils ont besoin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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