Le Burnout: Non ce n’est pas une faiblesse!

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Selon le dernier rapport du Secrétariat d’Etat à l’Economie (SECO) en 2007, 41% des personnes en activité en Suisse affirment être soumises à des contraintes psychique et nerveuse dans l’exercice de leurs fonctions professionnelles. Les deux tiers des personnes actives parlent de stress ou de surmenage. Les tensions au travail (36%), la nervosité (33%) et la peur (10%) sont des émotions fréquemment rencontrées.

Par Katia Ferrari et Clélia Crozet-Fourneyron

 

En 2003, l’étude « Stress et Travail », commandée par le SECO, chiffrait à plus de 4 milliards de francs suisses, avec une tendance à la hausse, le budget dépensé à cause des maladies liées au stress, au surmenage et aux problèmes de l’appareil locomoteur.

Dans les entreprises, un mot revient souvent parmi les employés s’estimant victimes du stress : le burnout…

 Catherine Vasey
Catherine Vasey

Pour Catherine Vasey, psychologue spécialiste du burnout et fondatrice du cabinet Noburnout à Lausanne, ce terme renvoit à un « épuisement physique et émotionnel dû au poste de travail occupé ». Il est le fruit d’un processus évoluant lentement dans le temps, conséquence directe d’un stress chronique. Lors de ses consultations, Catherine Vasey a rencontré des patients de différents horizons professionnels et a pu observer des caractéristiques communes : « les patients que je reçois dans mon cabinet et qui souffrent de burnout ont pratiquement tous les mêmes caractéristiques : très engagés dans leur travail, motivés, demandant peu d’aide car capables de porter une lourde charge de travail ». La cible désignée du burnout est une personne généralement perfectionniste, très appréciée dans l’entreprise et faisant souvent passer les besoins des autres (et de l’entreprise) avant les siens. Dévoués, soumis à un stress quotidien, ces collaborateurs vont tout simplement vers un point où ils dépasseront leurs limites… et craqueront.

Si les premiers travaux qui ont mis en évidence la notion de burnout, dans les années 70, se sont surtout intéressés aux travailleurs sociaux et médicaux, force est de constater que, quarante ans plus tard, tous les domaines professionnels sont désormais concernés. Pour preuve, les deux témoins que nous avons rencontrés, tous deux issus de secteurs-clés de l’économie genevoise.

La souffrance au travail et la dérive vers le burnout

Mathieu , 40 ans, actif dans le domaine de l’immobilier, nous confie qu’il «souffrait d’insomnies, d’angoisses et de ras-le-bol ; de plus j’étais extrêmement fatigué et sentais une agressivité constante monter en moi ». Cet état était clairement lié à son travail ; son entreprise, récemment restructurée, avait vu le départ de nombreux collaborateurs non remplacés. Avec pour conséquences une augmentation des tâches, de la charge de travail et des attentes de la direction. Vite débordé malgré sa bonne volonté, il n’a pas osé solliciter de l’aide, « par fierté ».

Astrid , 29 ans, elle aussi dans le tertiaire, a connu des symptômes similaires accompagnés de problèmes gastro-intestinaux et de problèmes musculaires qui l’ont clouée au lit pendant plusieurs semaines. En décrivant son engagement professionnel, Astrid nous fait part que « ma grande motivation pour bien réussir ma carrière m’a poussé à accepter des responsabilités de plus en plus élevées et à m’investir totalement dans mon travail. » Victime en premier lieu d’épuisement physique, Astrid a continué à tirer sur la corde jusqu’à s’effondrer psychologiquement. Mathieu et Astrid nous confirment que leur travail avait pris une proportion presque obsessionnelle. Mathieu se souvient qu’il avait « du mal à faire ou à penser à autre chose qu’à mon travail et à tout ce qui n’allait pas». Pour Astrid, il y a même eu « une sorte de coupure avec mon réseau social et mon entourage familial ne comprenait pas que je puisse amener des contrats à la maison pour y travailler même les jours de congés ».

Des symptômes qui ne surprennent pas Catherine Vasey. Pour elle, trouble du sommeil, problèmes de digestion, irritabilité, voire aggressivité, maux de tête, isolement social, envahissement de la vie privée par les soucis professionnels, puis démotivation, voire même aversion pour le travail ou désir de changer d’emploi sont non seulement des signes qui ne trompent pas mais aussi de vrais signaux d’alarmes qui montrent qu’il y a urgence.

Mathieu se rappelle qu’un jour, après un incident sur son lieu de travail, il a dit stop. « J’ai appelé mon médecin et lui ai expliqué dans quel état de spleen je me trouvais : il n’a pas hésité à me mettre en arrêt maladie ». Astrid quant à elle, a eu le déclic suite à une discussion poignante avec l’une de ses collègues. Elle s’est rendue compte qu’elle ne pouvait plus continuer comme cela : « il fallait que tout s’arrête, que je puisse dormir, me reposer et obliger mon cerveau à faire une pause ».

Alors, le burnout, signe de faiblesse ? Bien au contraire. Il touche en premier lieu ceux qui sont accoutumés à de fortes charges de travail, qui relèvent des défis de plus en plus nombreux au point de ne plus savoir s’arrêter. D’où un sentiment de culpabilité, largement constaté par Catherine Vasey : « Les victimes de burnout se sentent souvent coupables d’avoir craqué, d’autant plus qu’en principe elles tiennent bien la route et son fortes ». Mathieu confirme qu’il avait une nuée de questions dans la tête. « Comment vont réagir les collègues ? vais-je passer pour un profiteur ? Quand est-ce que je pourrais me considérer comme apte à recommencer mon travail ? ». Astrid aussi s’est sentie coupable « vers les collègues qui devaient reprendre mon travail, vers la direction qui m’avait fait confiance et vers mon entourage que j’avais complètement délaissé ».

Là encore, de nombreuses idées reçues ont la vie dure. « Il y a encore beaucoup de jugement et d’incompréhension au sujet du burnout qui a tendance à être considéré comme une fragilité ou une faiblesse individuelle. En réalité, c’est souvent parce que la victime a tenu le coup trop bien et trop longtemps qu’elle s’est épuisée », nous confie Catherine Vasey.

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