Le Burnout: Non ce n’est pas une faiblesse!

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La promotion de la santé en entreprise : le cas de La Poste

 Poste Suisse

L’entreprise est au cœur de la problématique du burnout. Si peu souhaitent s’exprimer sur le sujet (!), certaines en ont pris conscience, comme La Poste, qui montre un clair intérêt au bien-être de ses employés. Dans le numéro de juillet 2008 du « Journal du personnel » ,Yves-André Jeandupeux, soutient que « la stratégie de développement d’une entreprise n’est rien sans des collaborateurs en bonne santé pour l’appliquer. C’est la raison pour laquelle, avec la gestion de la santé en entreprise, nous ne remplissons pas simplement le devoir de responsabilité sociale que la loi impose à tout employeur ». Le souci de la Poste est « d’avoir des collaborateurs motivés et en bonne santé est surtout économique. Tant l’employeur, que les cadres et les collaborateurs, tous ont une part de responsabilité dans leur santé. Pour dire les choses simplement, les collaborateurs veillent à se rendre à leur travail et à rentrer chez eux en prenant soin de leur santé. La Poste, elle, veille à ce que son personnel reste en santé sur son lieu de travail ».

Pour cela, l’entreprise a décidé d’un ensemble de mesures pour promouvoir la santé, selon les propos de Andreas Guler, du Bureau du personnel du Géant Jaune, avec notamment la participation au label « Friendly Work Space ». Ce dernier, octroyé par Promotion Santé Suisse , est le résultat d’une réflexion commune entre plusieurs entreprises suisses de renom . Les six critères individués sont la gestion de la santé et la politique de l’entreprise, les aspects de la gestion du personnel et de l’organisation du travail, la planification de la gestion de la santé, la responsabilité sociale de l’entreprise, la mise en œuvre de la gestion de la santé et une évaluation globale de tout le management appliqué à la gestion de la santé. Si ces critères, accompagnés d’autres mesures et de pratiques de management, se réalisent la création d’un environnement de travail convivial se révèle un succès.

Andreas Guler nous explique que son entreprise a déjà connu plusieurs cas de burnout. D’où la mise en place de séminaires lors desquels les cadres sont sensibilisés sur le potentiel de leurs ressources personnelles. De plus, la figure des « gestionnaires santé », ainsi que le service social de la Poste sont à disposition des employés qui en auraient besoin.

La convalescence après un burnout : une étape déterminante pour une nouvelle approche de son métier

Pour notre psychologue, il est indispensable que lors d’un burnout la personne concernée fasse un bilan et se pose les vraies questions, comme qu’est-ce qui est essentiel dans la vie, quelle qualité de vie souhaiter pour soi-même, ou aimer son travail justifie-t-il d’y laisser sa santé ?

Mathieu et Astrid nous confirment cette remise en question, accompagnée d’un besoin profond de se resituer professionnellement mais aussi de repenser leur approche quotidienne de leur métier. Cette réflexion a été un moment difficile et particulier pendant la convalescence. Astrid affirme que « depuis cette expérience douloureuse, je fais très attention à mon comportement professionnel. Je travail toujours de façon constructive mais j’évite de me laisser envahir par la pression lié à mes fonctions et je m’octroie plus de temps libre en famille ». Mathieu nous dit qu’il a « réalisé que le travail n’est pas tout dans une vie et que j’allais cesser de prendre les problèmes des autres à ma charge ». En outre, Mathieu a envisagé de quitter son activité professionnelle, pour finalement y renoncer, la reconversion étant difficile au regard de son parcours de vingt ans dans son secteur. Astrid se pose toujours la question, mais la crise économique actuelle la dissuade de tout changement.

Afin de se remettre de leur burnout, Mathieu et Astrid on eu des convalescences de durées différentes, allant de 1 mois à 3 mois d’absence de leur lieu de travail. Dans les deux cas, se recentrer sur soi, faire du sport, être en contact avec la nature, s’adonner à une activité manuelle et être entouré de ses proches ont été déterminants pour remonter la pente. Vient ensuite la question du retour dans le monde du travail… La Poste s’est penchée sur la question et souhaite, selon Andreas Guler, favoriser le retour au travail d’un employé qui a eu un souci de santé de manière générale. La procédure passe par un entretien, une planification du retour, un accompagnement durant la phase de réinsertion et, si besoin est, la négociation d’une autre activité au sein de l’entreprise.

Pour Catherine Vasey, il est cependant important d’y aller avec précaution. Une reprise d’activité à 50% par exemple, et l’impérieuse nécessité de repenser sa façon de travailler pour ne pas retomber dans le même schéma. A ce stade, la victime de burnout doit se confronter à la situation professionnelle, développer de nouveaux moyens et se créer un nouvel équilibre.

La politique de prévention : comment éviter le burnout

En matière de prévention, La Poste, par exemple, encourage les cadres à être attentifs à la gestion des ressources, et à dialoguer ouvertement sur le thème du stress. Un guide (Abus de pouvoir sur la place de travail) diffusés aux managers visent à les sensibiliser sur les facteurs de risque qui peuvent amener au burnout.

Aucun service dédié à la gestion de la santé en entreprise n’était prévu dans les sociétés pour lesquelles nos deux témoins travaillent. Ce sont les responsables des Ressources Humaines qui traitent ces problèmes de santé au cas par cas. Mathieu nous dit que son employeur n’était pas totalement au courant de sa souffrance mais « savais que j’étais débordé mais rien n’a bougé ». Astrid a eu plus de chance car « la hiérarchie a été sensible à mon égard et j’ai pu discuter librement sur mon état de santé et trouver des compromis adéquats ». La création, qui dépend de la volonté des patrons, des coûts et du budget disponible et aussi de la volonté participative des employés, d’une structure en charge de la santé sur le lieu de travail peut servir de rempart face à ce type de problématique.

La Poste, quant à elle, engage des gestionnaires santé qui s’appliquent à l’amélioration quotidienne de l’organisation et des conditions de travail de chaque employé. Ensuite, par le biais de la prévention, l’entreprise cherche à éviter les accidents et les maladies professionnelles, ainsi qu’à réduire le stress ou les risques de burnout. Les processus en place ont aussi pour but de renforcer la prise de conscience de chaque collaborateur vis-à-vis de sa propre santé par des formations continues ciblées, et en les encourageant à participer activement à des séminaires et des auto-évaluations. Pour la prévention du burnout, Andreas Guler admet que la tâche n’est pas aisée, en raison notamment des différentes causes possibles. D’où l’importance, pour la personne qui se sent fragilisée, de ne pas hésiter à s’en ouvrir à sa hiérarchie, même si cela représente une étape toujours difficile à franchir…

L’information est capitale. Bien connaître les symptômes, les terrains favorables d’émergence et le processus du burnout permettent de se prendre en main dès les premiers signes. Savoir s’écouter et se décharger des tensions, connaître ses limites et se garder de les dépasser forment la base de la prévention. Des conseils confirmés par Catherine Vasey, pour qui le burnout est la conséquence d’un déséquilibre : trop de dépense d’énergies (contraintes, stress, pression, etc.) et pas suffisamment de récupération d’énergies (challenges motivants, satisfaction au travail, sens et utilité des tâches, loisirs, amis, etc.). Parallèlement à la diminution des facteurs de stress, une bonne prévention s’attachera à prévoir des espaces de ressource et de récupération, ainsi qu’un minimum d’activité physique. Trop souvent aussi, les personnes qui se sentent fragilisées n’arrivent pas à exprimer leurs émotions et s’enferment dans une souffrance qui ne fait que croître. Apprendre à s’ouvrir à son entourage et à parler de son ressenti sont extrêmement importants pour éviter de rentrer dans un cercle vicieux.

 Livre de Catherine Vasey
Livre de Catherine Vasey

« le 90% des victimes de burnout que je reçois dans mon cabinet retournent au même poste de travail ! »

Il convient aussi de dédramatiser le burnout. En être victime ne met pas un terme à un emploi ou à une carrière, loin de là, et le retour dans l’entreprise ne pose dans la grande majorité des cas a aucun problème. Cela fait même partie de la thérapie ! Il est conseillé de pouvoir faire face à la situation qui a provoqué l’épuisement afin de développer de meilleures protections, et de changer de travail sur une réussite plutôt qu’une fuite qui sera vécue comme un échec. Quant aux risques de rechute, Catherine Vasey se veut optimiste. La personne qui a vécu un burnout et en a profité pour analyser les causes de sa souffrance et retrouver un meilleur équilibre dans sa vie sera souvent mieux protégée. La vigilance reste elle bien vivante et constitue la meilleure protection ! Mathieu et Astrid nous confirment à l’unisson que depuis leur retour dans le monde du travail, la vigilance et l’écoute de leurs besoins sont passées au premier plan. son site internet:

www.noburnout.ch

Son livre: “Burnout : le détecter et le prévenir” éditions Jouvence, paru en 2007

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