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Marché du travail suisse 2026 : plus résilient qu'il n'y paraît

Écrit par GBNews-Reporters
Paru le 11 février 2026

marché du travail suisse

Le marché de l'emploi suisse fait face à des vents contraires, c'est indéniable. Entre tensions géopolitiques, politiques tarifaires américaines et ralentissement économique, les gros titres des licenciements collectifs se multiplient. Pourtant, les données du Baromètre du marché du travail 2026 d'Alixio Group Switzerland révèlent une réalité plus nuancée et, dans l'ensemble, rassurante.

Basé sur l'analyse de 2 668 personnes licenciées et 415 entreprises en 2025, ce rapport offre un éclairage précieux sur l'état réel du marché de l'emploi helvétique. Et contrairement aux idées reçues, celui-ci continue d'absorber les transitions professionnelles de manière relativement efficace.

"Le marché du travail reste capable d'absorber les transitions de main-d'œuvre, même si les jeunes chercheurs d'emploi ont besoin de plus de temps et que la pression sur les travailleurs âgés persiste", affirme Pascal Scheiwiller, CEO d'Alixio Group et von Rundstedt Switzerland.

Cette résilience s'explique notamment par le fait que les entreprises qui recrutent attirent beaucoup moins l'attention médiatique que celles qui licencient. Résultat : une perception publique souvent plus négative que la réalité du terrain.

Pour 2026, si la croissance économique suisse devrait rester en deçà de son potentiel et le chômage augmenter légèrement, le marché du travail devrait néanmoins demeurer "bien équilibré et stable", selon Pascal Scheiwiller.

 

Pharma et banque : les secteurs sous pression

Sans surprise, certains secteurs ont été particulièrement touchés par les restructurations en 2025.

Le secteur pharmaceutique et des sciences de la vie arrive en tête avec 30% des licenciements, suivi par la banque et l'assurance (22%), qui continuent de faire face à une pression d'ajustement constante depuis plusieurs années.

Le secteur des services aux entreprises a également vu sa part de licenciements grimper à 21%, reflétant directement le ralentissement économique. Lorsque les budgets se resserrent, les entreprises réduisent en priorité leurs dépenses en prestataires externes.

À contre-courant, le secteur IT affiche une baisse spectaculaire : sa part de licenciements chute à seulement 5%, contre 12% en 2024. Les investissements soutenus dans l'intelligence artificielle expliquent cette tendance.

 

R&D et production en première ligne

Au niveau des fonctions, deux domaines ressortent particulièrement :

  • La recherche et développement, dont la part des licenciements est passée de 9% à 14%
  • La production, qui représente 15% des suppressions de postes, victime de la faiblesse de la demande internationale et des politiques tarifaires américaines

Réorganisation plutôt que performance

Autre enseignement intéressant : les raisons des licenciements évoluent. Si la réorganisation reste le motif dominant (41% des cas), la part des réductions d'effectifs a augmenté de 30% à 35%.

Fait notable : beaucoup de ces suppressions de postes sont passées sous le radar médiatique, car elles se situent sous les seuils légaux de licenciements collectifs ou ne sont tout simplement pas communiquées publiquement.

À l'inverse, les licenciements pour performance insuffisante ont chuté de 23% à 17%. L'insécurité perçue sur le marché du travail pourrait inciter les employés à redoubler d'efforts pour conserver leur poste.

 

Deux générations, deux défis

Le rapport met en lumière deux réalités contrastées selon l'âge.

Les jeunes : des débuts plus difficiles

Chez les moins de 30 ans, la durée moyenne de recherche d'emploi a bondi de 2 à 3,2 mois. Certes, cette catégorie ne représente que 2% des licenciements, mais la tendance mérite attention.

Plusieurs facteurs expliquent cet allongement : des processus de recrutement plus minutieux dans un contexte économique incertain, et probablement les premiers effets de l'intelligence artificielle. Une part croissante des tâches traditionnellement confiées aux employés de bureau peu expérimentés peut désormais être prise en charge par l'IA.

Les seniors : une pression qui ne faiblit pas

Du côté des 50 ans et plus, la situation reste préoccupante. Avec une durée moyenne de recherche de 7,3 mois, ils enregistrent les délais les plus longs de tous les groupes d'âge.

Plus alarmant encore : ils représentent 41% des licenciements en 2025, alors qu'ils constituent environ un tiers seulement de l'emploi total. Cette surrepréentation persiste depuis quatre années consécutives, confirmant une discrimination par l'âge qui ne dit pas son nom.

 

Le marché absorbe toujours

Malgré le ralentissement économique, un indicateur clé reste au vert : les profils dits "difficiles" (longue ancienneté dans le même poste, âge avancé, gaps de compétences, limitations de santé) ont trouvé un emploi en 10,2 mois en moyenne, soit pratiquement le même délai qu'en 2024 (10,1 mois).

Si le marché du travail s'était réellement dégradé, ce sont précisément ces profils qui auraient été les premiers et les plus durement touchés. Ce n'est pas le cas.

Les profils à faible risque ont vu leur durée de recherche passer de 3,0 à 3,6 mois, confirmant simplement que les processus de recrutement prennent un peu plus de temps, sans détérioration majeure du marché.

Conclusion : suffisamment de postes continuent d'être pourvus. Le marché reste absorbant.

 

Les annonces d'emploi reprennent le dessus

En matière de canaux de recrutement, 2025 marque le retour en force des annonces d'emploi, qui représentent désormais 42% des embauches. Les entreprises semblent miser sur ce canal pour identifier les candidats les plus adaptés tout en gérant le volume de candidatures.

Les réseaux personnels reculent à 35% (contre 43% l'année précédente), mais restent absolument essentiels, ne serait-ce que pour préparer au mieux son processus de candidature.

Les candidatures spontanées fonctionnent dans 9% des cas, tandis que les chasseurs de têtes ne représentent que 7% des embauches. Ces derniers privilégient logiquement les candidats encore en poste pour les positions permanentes.

 

Une mobilité intersectorielle inédite

L'un des phénomènes les plus marquants de 2025 est l'explosion de la mobilité entre secteurs : 53% des personnes licenciées ont trouvé un emploi dans une industrie différente, contre seulement 44% en 2024.

Pour la Suisse, où l'affiliation sectorielle est traditionnellement forte, ce chiffre est remarquable. Il s'explique en grande partie par la composition des licenciés : 41% étaient des spécialistes (contre 24% en 2024). Or, à ce niveau hiérarchique, changer de secteur tout en conservant sa fonction est nettement plus facile que pour des cadres dirigeants.

D'ailleurs, trois quarts des réembauchés sont restés dans leur fonction établie, confirmant que c'est le secteur qui a changé, pas le métier.

 

2026 : vigilance mais pas de catastrophisme

Que retenir de ce baromètre ? Que le marché du travail suisse traverse une période de consolidation, avec son lot de défis sectoriels et générationnels. Les jeunes mettent plus de temps à s'insérer, les seniors restent vulnérables, et certaines industries continuent de restructurer.

Mais contrairement à une perception largement répandue, le marché n'est pas grippé. Il continue d'offrir des opportunités, d'absorber les transitions et de permettre des reconversions, y compris intersectorielles.

"Pour 2026, le marché du travail devrait rester bien équilibré et stable", conclut Pascal Scheiwiller. Une note d'optimisme mesuré qui, au vu des données, semble parfaitement justifiée.

Source : barometre-du-marche-du-travail-2026

Crédit photo : Wavebreakmedia via DepositPhotos

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