Médiateur culturel

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« Médiateur culturel » : cette profession est encore relativement peu connue du grand public. Il s’agit pourtant d’un métier dont le rôle est primordial pour la diffusion et la vulgarisation de la connaissance. Afin de mieux cerner les contours de ce métier, nous avons rencontré et interviewé M. Daniel Thurre, médiateur culturel responsable au Muséum d’histoire naturelle de Genève.

Quel est votre parcours?

Mon parcours est plutôt atypique : je suis historien de l’art de formation et j’ai rédigé une thèse de doctorat sur des pièces romanes du trésor de l’Abbaye de Saint-Maurice. Après l’obtention d’une bourse du Fonds national de la recherche scientifique et une période d’enseignement, j’ai dirigé une école privée. Là , j’ai pu faire mes armes en management et ressources humaines pendant quatre ans. J’ai dû restructurer cette école en difficulté financière et ai été contraint de la quitter lors de la deuxième vague de restructuration ! J’ai donc connu le chômage, puis j’ai occupé divers postes administratifs. Je suis ensuite arrivé au Département de la Culture de la Ville de Genève en août 2003, avec des missions pédagogiques. Ensuite, j’ai repris un poste vacant au Muséum occupé pendant 17 ans par une enseignante déléguée du DIP (Département de l’Instruction publique) partant à  la retraite. Actuellement, j’ai la responsabilité du service de la médiation culturelle au sein de notre établissement et je suis une formation HES en management.

Musée d'histoire naturelle, Genève
M. Daniel Thurre, médiateur culturel.
© Catherine Ferret pour GBnews

Comment devient-on médiateur culturel et depuis quand exercez vous ce métier?

Des formations de médiateur culturel se mettent actuellement en place dans les universités en Suisse (Neuchâtel notamment). C’est un métier reconnu en France et un poste obligatoire dans les institutions muséales de ce pays. En Suisse, cela fait des années que la pratique de ce métier existe ; notre collègue Jeanne Pont, pionnière en la matière, s’est beaucoup battue pour la reconnaissance du métier et son statut officiel. Dans les diverses institutions de la Ville de Genève, les gens de la profession se sont rendus compte que l’on avait les mêmes problématiques et nous avons décidé de regrouper nos forces. C’est ainsi qu’une charte du médiateur contenant les principes et missions de la profession a été éditée, et ensuite validée par l’ICOM (International Council of Museums) et par MEDIAMUS. Etant issu du milieu de l’enseignement, ma formation s’est ainsi faite en cours d’emploi dès mon arrivée.

Comment définiriez-vous ce métier?

C’est un métier passionnant qui demande beaucoup de curiosité, de souplesse et de flexibilité.
Nous sommes appelés à  parler aussi bien d’insectes que de dinosaures ou de volcans au Muséum. Il faut donc un intérêt pour la connaissance et la vulgarisation. J’ai moi-même été amené à  découvrir bien des domaines scientifiques, avec le regard frais de l’apprenant qui se pose les questions de base.
Il va sans dire que nous travaillons en équipe et collaborons notamment avec les conservateurs du Musée en fonction des départements concernés.
Une des missions du médiateur, par rapport à  une exposition ou un thème, est de proposer des outils de connaissance et d’exploitation de la connaissance. Nous sommes des éveilleurs de conscience, des « passeurs », entre la matière présentée et les publics concernés.
L’ensemble des composantes de ce métier constitue un challenge.

Quels sont ses aspects positifs et négatifs?

L’un des côtés positifs du métier est le volet créatif. En tant que médiateur culturel, on peut s’épanouir en apprenant, en vulgarisant et en diffusant la connaissance. Lorsque l’on voit le regard brillant des enfants qui viennent de visiter une exposition, c’est une véritable récompense.
L’une de mes responsabilités dans l’acte de médiation est de déterminer ce que je veux diffuser comme message. En effet, je ne souhaite pas culpabiliser mon public, mais plutôt le sensibiliser aux questions environnementales.
Je pense qu’il n’y a rien de négatif dans l’exercice de mon métier ; disons que le volet administratif est ce que j’apprécie le moins, bien qu’il soit indispensable.
Il y a aussi, à  mon poste, certaines tâches de gestion culturelle qui peuvent paraître un peu contraignantes telles que la gestion des droits d’auteur, le financement et le planning lors des événements.
Au niveau politique, il y a une volonté ces derniers temps de travailler pour l’intégration des personnes handicapées (de la vue, de l’ouà¯e etc..). Toutefois, nous devons nous assurer de disposer des ressources nécessaires (budget, temps..) avant de mettre en place de quelconques actions de médiation culturelle. Avec la magistrature et la direction en place, nous travaillons beaucoup sur les attentes des publics et les retombées de nos activités.

Musée d'histoire naturelle, Genève
M. Daniel Thurre, médiateur culturel
© Catherine Ferret pour GBnews

Peut-on dire que votre fonction consiste à  donner au public l’envie de venir au musée, par différentes actions de communication et la mise en place d’activités?

Effectivement, par des prestations attractives annoncées sur notre site internet et dans des agendas trimestriels, nous souhaitons donner envie aux gens de venir au Musée. Nous sommes « l’interface » entre les publics (petite enfance, troisième âge, familles) et la matière présentée.
Pour des publics spécifiques, tels que les collèges ou les milieux scientifiques, nous déléguons la médiation aux personnes qui ont les compétences requises dans le domaine concerné.
Il y a des projets transversaux pour lesquels nous sommes amenés à  collaborer avec d’autres musées, mais également avec le DIP et nous travaillons sur des projets pour certains quartiers défavorisés.

Décrivez-moi votre journée type?

Je gère l’agenda hebdomadaire et mensuel selon les attentes et demandes. Je consacre trois demi-journées au travail de « terrain », c’est-à -dire à  l’accueil des classes. Autrement, il y a régulièrement une réunion de synthèse avec les collaborateurs du service pour faire le point. Nous sommes effectivement une équipe de 6 personnes, ce qui correspond à  4 postes à  plein temps. Lors de mes journées de travail, il y a certaines urgences que je suis obligé de traiter rapidement, concernant des attentes précises. Correspondance et rédaction de dossiers pédagogiques me prennent passablement de temps : il me faut notamment rencontrer et interroger les scientifiques et m’imprégner des expositions. Je dirai que ma journée type consiste en un grand « melting-pot » d’actions.

Etes-vous amené à  travailler avec les nouvelles technologies et en quoi cela transforme t-il votre métier?

L’accès à  internet, notamment pour des recherches ou pour la mise en ligne de nos prestations facilite le quotidien ; cependant, aujourd’hui, nous n’avons pas encore l’utilisation des technologies modernes pour nos publics, mais nous nous savons déjà  que beaucoup de choses peuvent être et seront créées et conçues à  ce niveau-là . Tout évolue et il faut savoir s’adapter.
La galerie des invertébrés vient d’être réaménagée et nous souhaitons y installer des tables tactiles, par exemple. Pour mettre en place des visites avec les Ipod, il faut d’abord que l’on fournisse un contenu avec des éléments pertinents pour les vitrines, ce qui permettra également dans un avenir que nous espérons proche de résoudre des problèmes linguistiques, notamment la traduction des cartels.

Parlez-moi d’un travail ou d’un projet spécifique qui est en cours en ce moment?

Nous venons de terminer le mois du film documentaire, ce qui a nécessité une préparation d’une année, notamment pour réunir les droits d’auteur et finaliser le programme. En 2011, nous avons travaillé sur la thématique des volcans et avons proposé 20 films différents pour 36 projections.
2012 verra deux expositions : la première, de janvier à  mars, portera sur les glaciers. Nous devons adapter cette exposition venue d’ailleurs en fonction du public genevois auquel elle sera montrée et proposerons des outils de médiation culturelle (dossier, questionnaires pour les classes et mois du film documentaire).
En avril, nous allons travailler sur une exposition nommée « KK-zOO » qui portera sur les excréments.

Musée d'histoire naturelle, Genève
M. Daniel Thurre, médiateur culturel.
© Catherine Ferret pour GBnews

Remarquez-vous une hausse de l’intérêt des publics depuis que vous travaillez comme médiateur culturel au Musée d’histoire naturelle?

Nous sommes un service organisé, et cela permet une montée en puissance de l’offre. Il y a toujours eu une forte demande du public au Muséum d’histoire naturelle et nous sommes victimes de notre succès ! Avec ma collègue, nous avons dû refuser 277 ateliers à  des classes primaires, car nous avions trop de demandes. L’intérêt du public peut parfois être lié à  une exposition en particulier – comme Supervolcan – aussi, ce sont 123 visites découvertes qui ont été commandées en 2010. En juin 2011, nous en sommes déjà  à  103 !
Nous proposons beaucoup de prestations différentes : projections de films (les samedis et dimanches), animations du mercredi, formation des enseignants, ateliers d’été. En fonction des événements, nous adaptons notre offre (Nuit du conte, Fureur de lire, Nuit de la Science). Par exemple, 2011 est l’année du lombric, donc le Muséum souhaite proposer une animation et des activités autour de cet invertébré.
Selon nos données statistiques, sur 271 660 visiteurs en 2010, 7,6% ont pu bénéficier d’une prestation de médiation culturelle. Au niveau des visites commandées, nous avons pu effectuer 137 visites guidées, qui ont attiré environ 2320 visiteurs.

Avec quels types de publics ou de cibles travaillez-vous pour le musée?

Nous travaillons beaucoup avec les écoles primaires, mais accueillons plus généralement tous les types de publics. Beaucoup de familles se rendent au Musée, comme dernièrement, lors de la Fête du Muséum qui a attiré 8947 visiteurs ! Actuellement, une des missions prioritaires au Département se situe au niveau de l’intégration des personnes handicapées. Nous avons désormais une personne sourde qui fait de la médiation culturelle en langue des signes pour les sourds et les malentendants une fois par mois. Certains travaux sont donc délégués à  des personnes qui ont des compétences dans un domaine précis.

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux lecteurs de notre site Geneva Business News?

Mon métier est passionnant, car il demande beaucoup de créativité et d’inventivité. Il faut également savoir s’adapter à  différents publics : en effet, nous ne parlons pas à  un enfant de 6 ans comme à  un enfant de 12 ans. C’est pour cette raison que nous adaptons nos ateliers par tranches d’âges. C’est également un métier pour lequel il faut aimer s’informer, apprendre, diffuser de l’information et donner envie au public de venir au musée.
Les postes ouverts dans ce métier sont malheureusement rares ; il n’y a pas beaucoup de places à  pourvoir, bien qu’il y ait une véritable volonté politique de valoriser cette profession. La diffusion de la connaissance, notamment dans les musées municipaux, constitue un véritable enjeu afin de favoriser l’accès du patrimoine culturel ou scientifique auprès des citoyens.

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