Police Genevoise

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La police genevoise recrute. Le slogan de la campagne d’affichage a marqué tous les esprits. Bien qu’ils reçoivent 800 dossiers de candidature par volée les recruteurs n’en retiennent que 80, et sélectionnent soigneusement chaque candidat selon des critères très stricts. François Waridel, responsable de la formation de la police genevoise, nous explique les différentes étapes de recrutement à la police. Il revient sur le déficit en policiers dans le canton, et le label Eduqua. La société change vite, la police doit s’adapter tout aussi rapidement : tel est en substance le message retenu 5 sur 5 lors de notre rencontre.
Quelles sont vos responsabilités à la tête du Centre de formation de la police?
Je suis entré à la police judiciaire en 1989 où j’ai bénéficié comme tout futur policier d’une formation. J’ai évolué ensuite à la brigade des mineures et criminelles. En 2001, j’ai été nommé formateur de classe de la police judiciaire. Le formateur donne des cours, encadre les stagiaires, et prépare tous les programmes de formation et organise des exercices pratiques. Depuis 2005, je suis responsable de l’ensemble des programmes de formation de la police genevoise.
Pouvez-vous nous parler de la structure de la police genevoise ?
La police genevoise compte 1700 collaborateurs. A sa tête, Madame Monica Bonfanti prend des décisions avec le soutien du chef adjoint – dont je dépends. La police est divisée en quatre services: gendarmerie, police judiciaire, police de sécurité internationale et services généraux. Ceux-ci gèrent le budget, l’entretien des bâtiments, le support informatique, les véhicules et le service des contraventions. Parmi les 1700 collaborateurs, 400 sont des experts et des administratifs et qui ne sont pas à proprement parlé des policiers.
Comment sont délimités les différents secteurs d’activités ?
La gendarmerie et la sécurité internationale sont les forces visibles, car ils sont en uniforme. La gendarmerie s’occupe de la sécurité publique, de la police de proximité et de la circulation routière.
La sécurité internationale est en charge de la sécurité de l’aéroport et du monde diplomatique. Elle collabore avec l’armée pour sécuriser des bâtiments, dont l’ONU. Le service de protection rapprochée lors de visites de ministres, de chefs d’Etat ou des personnes à risque en fait partie. Depuis l’accord de Schengen Dublin (date ?), les frontières externes de l’espace Shengen – en particulier les aéroports – sont assurés par le corps de garde-frontières et plus notre sécurité internationale. Dès 1er avril 2008 (vérifier), le flux des passagers de l’aéroport est sous leur autorité. La police judiciaire, elle, se charge des enquêtes judiciaires plus complexes liées à la criminalité.
Quels sont les canaux de recrutement de la police genevoise?
Nous publions nos offres d’emploi dans les journaux et sur internet, et recourons à des campagnes d’affichage. Nous visitons également les établissements de la scolarité obligatoire et post-obligatoire. Notre métier étant une activité liée au domaine public, nous proposons aux jeunes de faire connaissance avec nos spécialistes sur le terrain.
Les stages en immersion sont proposées à des jeunes intéressés qui remplissent les conditions suivantes : Etre âgé de 19 à 30 ans, avoir au minimum un CFC, avoir un casier judiciaire vierge, être de nationalité suisse ou avoir un permis qui permet d’obtenir la nationalité suisse durant l’année de formation
Le concours d’admission obligatoire nous permet de mesurer l’aptitude aux français et la condition physique, l’équilibre psychique. Pour les candidats désireux de se former au métier de la police judiciaire, nous évaluons également sa maîtrise d’une langue étrangère. Si tous ces éléments sont satisfaisants, nous procédons à un entretien classique d’embauche, puis un entretien psychologique.
Avant de nous engager envers un candidat, les recruteurs évaluent sa capacité à gérer un stress et ses aptitudes à négocier et communiquer. Le métier de policier étant une activité de terrain, nous exigeons également du candidat de grandes facultés d’adaptation, une ouverture d’esprit et une certaine flexibilité. La stabilité émotionnelle et la confiance en soi sont des éléments tout aussi importants.
Pourquoi accordez-vous autant d’importance au test de français ?
C’est très simple. Une procédure qui manque de clarté peut être annulée. Bien que nous comptions 50% d’échec, nous ne pouvons pas nous permettre d’occulter la qualité de la langue écrite. Dans ses activités quotidiennes, un policier rédige un grand nombre de procédures et rapports. Le correcteur orthographique ne suffit pas. Un vocabulaire adapté, une syntaxe claire, une grammaire et une conjugaison correcte sont des éléments clé dans la rédaction d’une procédure. A l’école de police, nous faisons notre possible pour pallier les différents niveaux de connaissances de l’orthographe. Mais le niveau de scolarité et leur parcours antérieur de nos candidats est très variable.
Les médias ont annoncé que la police recrute sur Facebook? Est-ce un réel outil de recrutement, ou davantage une opération de séduction ?
L’annonce que la police recrute via facebook a été incontestablement l’Idée de l’année ! Madame Bonfanti a réalisé un véritable coup de maître en l’annonçant aux médias. En réalité c’est le service de presse qui gère les informations diffusées, pas les responsables du recrutement. Bien que nous ne soyons pas en mesure d’évaluer le nombre de candidats supplémentaires recrutés, l’impact auprès de notre cible potentielle a été important. Nous bénéficions d’un capital sympathie bien meilleur depuis que l’information a fait le tour de la Suisse romande.
Les candidats de formation universitaire postulent-ils volontiers?
Beaucoup d’universitaires envoient leur dossier pour faire partie de la police judiciaire. Son mode de fonctionnement est un peu différent des autres corps de métier. Il requiert une structure de pensée particulière, une rigueur dans la méthode mais aussi des compétences créatives.
Avec l’introduction du nouveau code de procédure pénale en 2011, les enquêtes et auditions seront plus longues. Nous devrons donc engager des professionnels de la police judiciaire avant ce délai.
Qu’en est-il du quota hommes/femmes ?
Nous évaluons les compétences avant tout pour chaque dossier présenté. Nous n’avons aucun quota homme/femme à respecter. Un rapport équilibré serait idéal. Le nombre de femmes qui termine l’école de police varie d’une année à l’autre. 7 femmes ont achevé la formation en janvier 2008, une seule terminera la session 2008/2009.
Quel est le taux d’échec pendant la formation?
Après un an à l’école de police, un aspirant policier à la gendarmerie ou à la sécurité internationale fait un stage de 2 ans. Ce stage s’étale sur 3 ans à la police judiciaire. Pendant l’école, 4 à 6 semaines de stages pratiques sont ponctués d’examens. L’obtention du brevet de police est conditionnée par la réussite de tests d’intervention policière, de psychologie, de police de proximité et d’éthique et droits humains.
La formation inclut 1700 heures de cours et d’exercices (droit, tirs, self-défense, droits de l’homme, psychologie, procédure, audition). L’année de formation est intense. Nous testons les candidats sur les acquis techniques, les compétences, la gestion du stress, les capacités à réagir dans des situations complexes et émotionnellement difficiles. C’est dans ces situations que le taux d’échec est le plus important. Empathie et leadership sont les clés de la réussite pour le candidat.
Pourquoi le label « Eduqua » reçu en septembre de cette année est-il si important ?
Pour moi il est un fort signe d’encouragement. La reconnaissance de notre centre comme le seul centre de formation de police à avoir obtenu ce label prouve que nos programmes de formation répondent à des normes nationales de qualité. Plus largement, le label « Eduqua » nous encourage, la direction mes collègues formateurs et moi-même à poursuivre notre réforme au centre. Nous visons en effet à terme à ce qu’un programme de formation continue soit mis en place et adapté aux compétences respectives de l’ensemble des collaborateurs de la police : policiers, experts et administratifs.
Quels sont vos prochains grands défis ?
Notre principal défi est celui de remplir notre mission au quotidien. Nous sommes le bras droit de l’Etat. Nous sommes donc prêt à tout moment pour intervenir et protéger la population.

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