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René-Georges Gaultier a décidé de quitter Paris pour poser ses valises à Genève après plus de 30 ans d’une extraordinaire expertise et connaissance du métier de la publicité à faire pâlir les meilleurs. Président fondateur de l’agence publicitaire genevoise GAULTIER COLLETTE, qu’il a ouverte en 2007, René-Georges Gaultier a passé sa vie professionnelle à créer des sociétés de publicité, à les vendre, à travailler pour les plus grandes agences et marques mondialement connues.

René-Georges Gaultier
© René-Georges Gaultier
Président fondateur

Pouvez-vous vous présenter en quelques minutes?

Avant ma trentaine, j’ai constitué à Paris six agences de publicité, de promotion et de marketing que j’ai par la suite revendues au Groupe Publicis ; ce qui m’a permis de travailler dans ce groupe important pendant plus de 21 ans. J’en étais le Vice Président pour le développement de la publicité à l’international. Ensuite, j’ai quitté le groupe et ai racheté une petite société à Genève du nom de Publipartner. Acquérir cette société devait me permettre de terminer ma carrière comme je l’avais commencé, chez moi. Mais Publicis m’a retenu pour une mission auprès de l’agence Saatchi & Saatchi. Finalement, fin 2006, j’ai quitté Paris pour m’installer à Genève où j’ai crée GAULTIER-COLLETTE en janvier 2007.

Pourquoi Genève?

Parce que je ne voulais pas recréer quelque chose de semblable à Paris, connaissant trop bien ce marché et les personnes de ce milieu et ne voulant pas me frotter aux agences que j’ai côtoyées pendant tant d’années. Mon désir était de tourner la page ailleurs. Je me suis aperçu que le marché suisse était un marché intéressant et que toutes les grosses sociétés suisses mandataient des agences de communication à Londres, Paris, Munich ou Milan et qu’il n’existait pas d’agence de communication suisse en Suisse. Certes, à Zurich par exemple, il existe de grandes agences qui détiennent de gros budgets internationaux et des sociétés américaines, mais pas des agences suisses proprement dites. La Suisse a été, dans les années 50, un pays qui en possédait d’importantes. Par la suite, elles ont été rachetées par de grandes agences américaines et françaises. Lorsque je suis rentré chez Publicis, on m’a donné la responsabilité d’Intermarco-Farner qui était suisse à l’origine.
En Suisse, il y a actuellement des indépendants avec de petites agences. Loin de moi la prétention de faire un grand groupe à Genève. Je pense que la publicité suisse a des choses à dire et il existe un historique dans ce pays, un savoir-faire et une méticulosité. De plus, la Genève internationale et sa richesse culturelle m’ont convaincu de m’établir dans la Cité de Calvin. C’est aussi pour toutes ces raisons que j’ai mis la croix suisse sur mon logo.

Etes-vous arrivé à Genève avec un esprit critique?

Il faut être prudent lorsqu’on critique la publicité. Je n’ai pas de jugement sur ce qui se fait à Genève en matière de communication. J’avoue que sur les murs de Genève il y a des choses pas très jolies, mais pas plus qu’à New York, Londres ou Paris. A Genève, Il y a de très bons graphistes mais peu d’agences de communication et, par conséquent, j’ai pensé qu’il y avait une place à prendre.

Quelle est votre formation?

J’ai commencé par faire des études de droit, comme quoi ça peut mener à tout. Le droit m’a permis de développer mon esprit d’analyse et de synthèse, qualités très importantes pour le marketing. J’ai également suivi des cours de psychologie, discipline très utile pour sonder la pensée des consommateurs et j’ai obtenu les diplômes de l’IAE (Institut d’administration des entreprises) et de MIT (Massachusetts Institute of Technology).

Qu’est-ce qui vous anime?

Le côté entrepreneurial, sans hésiter. Je suis un entrepreneur né. J’adore créer des agences, relancer des marques, avoir un rapport étroit avec elles. Mon but est de les faire revivre. Certaines ont eu leurs heures de gloire et sont ensuite tombées en décrépitude, j’interviens alors et elles renaissent de plus belle. Elles sont comme certaines personnes avec un handicap qu’il faut aider. Je suis en quelque sorte « le médecin » de la marque. Un bon produit se doit d’avoir une bonne publicité.

Gaultier-Collette commence à bien se faire connaître ; ce qui me satisfait. Une marque a trois piliers essentiels : notoriété, crédibilité et valeur ajoutée. La notoriété parce que pour faire des affaires, il faut être connu. La crédibilité est primordiale, car les gens qui veulent travailler avec vous veulent des garanties et la valeur ajoutée, c’est ce qui vous différencie de vos concurrents.

Jean Collette
© Jean Collette

Un trait de personnalité marquant qu’il faut posséder pour faire ce métier?

Personnellement, je me définis comme un paysan. C’est-à-dire, posséder le bon sens, garder les pieds sur terre et être plutôt terre-à-terre. Je vais faire mon modeste en vous disant que, généralement, les personnes de la communication se croient sur une autre planète. J’aurais pu rentrer dans ce monde-là où l’on se fait plaisir en créant des campagnes publicitaires pour gagner des prix comme, par exemple, le Festival de Cannes de la Publicité. Je n’y ai jamais vraiment adhéré, cela ne m’a jamais intéressé. Mon ami et associé, Jean Collette, qui dirige la création de l’agence pense comme moi. Ce que nous aimons c’est faire notre travail tout naturellement et être fier de ce que nous avons accompli. Notre plus belle récompense c’est lorsque nous marchons dans la rue et que nous voyons notre publicité pour une marque qui possède 300 magasins alors que lorsque nous l’avions connue elle n’en possédait que 10. Gaultier-Collette fait de la communication pour que les marques se développent, pour atteindre la mission qui nous a été confiée, leur faire gagner plus d’argent ou redorer leur blason. Je suis convaincu que dans ce métier-là les gens perdent facilement les pédales. La communication qui va dans un sens événementiel et qui en fait trop est très dangereuse. Je ne suis pas un homme du « trop » mais plutôt quelqu’un qui règle le curseur à la bonne dimension. L’intelligence dans ce métier est de parler plus de la marque que de sa propre agence. Certaines agences prennent en otage les marques pour faire parler d’elles. Il faut trouver le juste milieu et ne pas se prendre pour un messie.

Qu’est-ce qui fait de vous un bon dirigeant?

J’espère, mon côté humain. J’aime bien créer une équipe mais ce n’est pas toujours facile. Après avoir travaillé au sein de groupes de plus de 40’000 personnes, je pensais qu’une petite équipe donnerait beaucoup moins de problèmes, mais je me suis rendu compte que c’était tout le contraire et qu’il était bien plus difficile de diriger 35 personnes que des milliers. Dans les grandes entreprises, il y a des « relais » alors que dans les petites il n’y en a pas et vous devez gérer, de façon plus constante, les problèmes humains. Avec le temps et l’expérience, j’accorde beaucoup plus d’importance au côté humain et cela me plaît de diriger à nouveau une petite équipe.

Quel est le secret de votre réussite?

La ténacité. Je me donne des objectifs et ne les lâche jamais, même si cela doit prendre du temps. Je peux aisément changer de la méthode A à la méthode B, mais je n‘abandonne en aucun cas mes objectifs.

Avez-vous eu des peurs à surmonter ou des doutes?

La seule peur que je pourrais avoir dans mon entreprise est liée à l’argent. Avoir trop peu de rentabilité, l’angoisse de manquer de trésorerie ou, pire encore, si je devais perdre de l’argent ce qui, soit dit en passant, ne m’est encore jamais arrivé. La clé est si simple : s’il n’y a pas d’argent cela ne peut pas fonctionner.

Un conseil que vous donneriez à un jeune qui veut créer son entreprise?

Je testerais ses connaissances en économie. Je suis frappé de voir des jeunes brillants, d’excellents techniciens, inventeurs-nés, sortant d’excellentes écoles, qui se cassent la figure parce qu’ils ne font pas la distinction entre « économie » et « comptabilité ». Ils ne savent pas ce qu’est un taux, ni arrivent à faire la différence entre posséder une action et avoir un intéressement dans la société. Ces futurs entrepreneurs n’arrivent même pas à lire un bilan, ils veulent juste savoir s’ils n’ont pas perdu d’argent, mais ne comprennent pas comment agir pour faire mieux. Quelque soit le métier que l’on fait on touche à l’argent, le nerf de la guerre de tous les métiers, c’est un vrai problème de la culture économique. Avoir la foi c’est bien, mais si vous n’avez pas les bases…

Embauchez-vous en ce moment?

Oui, mais pour l’instant uniquement un « Account Manager » qui parle
suisse-allemand et anglais et c’est un vrai problème pour trouver la bonne personne. Nous allons certainement nous développer. En ce moment, nous sommes 22 à Genève et 4 à Paris. Mon objectif est clair, je ne dépasserai pas 50 collaborateurs. A Genève, nous pouvons faire une très belle agence. Mon associé Jean Collette et moi-même sommes très impliqués avec nos clients et voulons garder la main. Au-delà des 50 cela ne serait plus possible, nous ne pourrions plus savoir tout ce qui se passe dans l’agence, ni comment suivre nos clients et nous perdrions le contrôle.

René-Georges Gaultier
René-Georges Gaultier, Président fondateur
© Claudine Jurmann pour GBNews

Quelle est la philosophie de votre entreprise? Ses valeurs?

Notre philosophie c’est « créateur de valeurs ». La marque a souvent une valeur plus importante que le fond de commerce. Lorsque vous achetez une société, vous achetez la marque, sa valeur intrinsèque. Par exemple, l’Etat français a décidé de valoriser le Château de Versailles, qui possède une vraie valeur commerciale comme la vente de ses assiettes, tasses, vases avec l’effigie du Château.

Comment votre agence se porte-t-elle après la crise?

Elle se porte plutôt très bien. Nos clients ont évidemment souffert comme tout le monde. Lors d’une crise, vous ne devez pas compter vous développer uniquement avec vos clients existants. Le remède est de prospecter et d’aller en chercher des nouveaux. C’est le secret de ce métier, nous ciblons les clients.

Le marché de la publicité est-il ouvert ou fermé actuellement?

Très ouvert, car le seul côté positif d’une crise, c’est qu’elle remet en cause pas mal de choses chez les gens et dans les entreprises.

Des projets d’avenir?

J’en ai beaucoup. Le premier est d’implanter réellement ma marque en Suisse et d’être considéré comme une « vraie agence suisse », reconnue comme telle. Voyez-vous, avant de m’installer à Genève, j’ai été choqué et très perturbé par une femme du monde de la communication m’ayant dit « mais qu’allez-vous faire à Genève ? » m’accusant de vouloir faire du blanchiment d’argent, parce que je n’ouvrais pas mes bureaux à New York, par exemple, où j’étais déjà connu. La méchanceté de certaines personnes est assez déconcertante. Je peux encore accepter que l’on me trouve mauvais, mais malhonnête, je ne peux même pas y croire encore maintenant.

Actuellement, je suis en concurrence avec des agences anglaise, italienne et française pour une très grande marque internationale, qui pour la première fois met en concurrence une agence suisse.

Il y a aussi un énorme intérêt pour la Chine que j’adore, mais ne suis pas certain de vouloir m’y développer. Pour l’instant, ce n’est pas encore un projet, mais ça reste un doux rêve.

Logo Agence Gaultier-Colette
© Gaultier-Colette

Comment voyez-vous l’avenir de la publicité?

Je le vois très bien. Je pense que la publicité est indispensable, du moins la bonne publicité. Il est important de ne pas confondre les outils et la stratégie. Tout le monde parle de la révolution internet, mais c’est un moyen complémentaire qui fait partie d’une panoplie et ne va pas « tuer » tout le reste. Internet nécessite des techniciens qui n’ont rien de publicitaire.
La publicité est avant tout de la communication et c’est un métier auquel il faut redonner ses lettres de noblesse. Le problème dans notre métier, c’est qu’il ne reste que le visuel. La plupart des gens ignorent qu’avant de sortir une publicité, nous préparons un rapport stratégique de 200 pages avec un énorme travail derrière.

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