
Cette année, la célébration du 8 mars en Suisse intervient dans un contexte particulier : le pays marque également les 30 ans de la Loi fédérale de l’égalité entre homme et femme (LEg), entrée en vigueur le 24 mars 1995. Dans ce contexte, l’Université de Genève a mis en lumière l’histoire et les avancées des femmes dans l’enseignement supérieur. Au cœur du stand du Service Égalité et Diversité, une affiche attire particulièrement l’attention : « LES FEMMES A L’UNIVERSITÉ… enfin ! Genève et la Suisse à l’avant-garde ».
Le titre peut surprendre, mais il reflète une réalité historique. L’université de Genève existe depuis plus de 450 ans, pourtant les femmes n’y sont admises que depuis 150 ans.
« Ce titre est celui d’un ouvrage que nous présentons aujourd’hui. Il retrace l’histoire de la présence des femmes dans notre université et les luttes qui ont permis leur accès à l’enseignement supérieur», explique Juliette Labarthe, responsable du Service Égalité et Diversité.
Si les étudiantes sont majoritaires depuis 1984, cette avancée ne se reflète pas dans les postes de direction et de cadre. « On avance, mais on n’est pas encore arrivés, souligne Juliette Labarthe. « Il est essentiel de rappeler que l’égalité ne se décrète pas seulement au niveau des chiffres, mais aussi dans les pratiques et les structures. »
Pour favoriser l’égalité, le Service Égalité et Diversité de l’Université de Genève agit à trois niveaux :
L’événement a également donné la parole aux jeunes engagés dans les associations étudiantes soutenues par la Ville de Genève dans le cadre de l’Agenda 21. Cette rencontre leur a permis de débattre, d’échanger et de s’impliquer activement dans la promotion de l’égalité et des valeurs citoyennes.
Plusieurs associations de l’Université de Genève étaient présentes, notamment l’Association des Étudiant‑e‑x‑s en Études Genre de l’Université de Genève, le groupe Amnesty International UNIGE, l’Association du Monde Arabe de l’Université de Genève, Law Career Start, le Club Genevois de Débat, l’Association Genevoise des Femmes Diplômées des Universités, l’ASEMA Syndicat Étudiant ou encore l’Association des Étudiants Kurdes de l’Université de Genève.
À travers des flyers, podcasts, présentations, stands et initiatives créatives, ces associations ont partagé leurs idées et leurs projets en faveur de l’égalité. Leur participation active démontre le rôle essentiel des jeunes dans la diffusion des valeurs égalitaires et confirme qu’une nouvelle génération engagée est en train d’émerger.
Interrogée sur la question des violences basées sur le genre au sein de l’Université de Genève et sur l’existence de nouvelles études consacrées à ce phénomène, Juliette Labarthe rappelle que l’université a déjà mis en place plusieurs mesures pour y faire face, notamment la création de cellule RESPECT, l’élaboration du violentomètre de l'UNIGE et l’adoption d’une charte d'éthique qui s’applique à l’ensemble de la communauté académique.
Malgré ces mesures, l’Université de Genève « n’échappe pas aux réalités de la société : les violences basées sur le genre présentes dans l’espace social se retrouvent également dans le milieu universitaire, dans des proportions similaires », souligne Juliette Labarthe.
D’ailleurs, selon le rapport de gestion de l’université de Genève de 2024, « 38 situations personnelles critiques ont, par ailleurs, été gérées par la Cellule de prévention de la violence, impactant et/ou impliquant près de 70 personnes, dont deux externes en 2024 ».
Il ajoute, que « 153 situations de conflit, d’atteinte à la personnalité ou de harcèlement moral ou sexuel ont été gérées par la Division des ressources humaines, soit une augmentation de 21% par rapport à 2023 (126 situations de conflit). Parmi ces situations figurent 80 cas nouveaux »
Le rapport note aussi que fin 2024, « 63 dossiers ont été clos, 36 dossiers ont été pris en charge par la Cellule contentieux donnant lieu à cinq procédures judiciaires, cinq enquêtes externes et trois sanctions. Par ailleurs, 20 contrats de travail ont été résiliés ou non renouvelés ».
Pour Juliette Labarthe, ces mesures et sanctions envoient un signal clair : l’université doit rester un espace sûr pour l’ensemble de la communauté académique et poursuivre ses efforts pour lutter contre les violences basées sur le genre en Suisse.
Les taux de violence basée sur le genre demeurent préoccupants, mais les mesures et plans d’action mis en place — par les acteurs gouvernementaux et les associations — montrent leur efficacité dans la prévention et la prise en charge des victimes. En Suisse, la perspective d’une loi fédérale, inspirée de la motion déposée en décembre dernier par la sénatrice Marianne Maret (Le Centre/VS), pourrait enfin harmoniser la prévention, la protection des victimes et la répression des auteurs sur tout le territoire. Une avancée qui donne espoir face à des pratiques encore hétérogènes entre les cantons.
Crédit photo : Souleima Majeldi
Titulaire d’un doctorat en sociologie culturelle, je suis chercheuse spécialisée dans les questions de genre, de diversité culturelle et de droits humains, et gestionnaire de projet certifiée PMP, avec plus de vingt ans d’expérience dans la conception et la coordination de projets sociaux et internationaux. J’ai collaboré avec des organisations internationales, des institutions académiques et des associations pour promouvoir l’égalité de genre, le développement et les droits des femmes. Mon engagement : bâtir des sociétés plus justes et inclusives, où les populations vulnérables – en particulier les femmes – ne subissent plus de discrimination, et partager des analyses accessibles pour valoriser les initiatives porteuses de changement.