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Et si l’IA ne remplaçait que ceux qui lui cèdent tout ?

Écrit par Souleima Majeldi
Paru le 27 mars 2026

Regards d’un chef de projet sur l’IA en gestion de projet 

L’intelligence artificielle transforme profondément les pratiques professionnelles, et la gestion de projet n’y échappe pas. Entre gain de performance, nouveaux outils et enjeux éthiques, comment les chefs de projet s’adaptent-ils ?

Entretien avec Nikola Goran Čutura, chef de programme digital basé à Lausanne, qui partage son expérience et son regard sur l’avenir du métier.

Nikola Goran Čutura, chef de programme digital

Dans le cadre de cet entretien, le contact avec Nikola Goran Čutura a été établi grâce au réseau du PMI Switzerland Chapter, sollicité comme référence en Suisse dans le domaine de la gestion de projet.

Un métier en transformation : parcours et émergence de l’IA

Comme beaucoup de professionnels du numérique, Nikola Goran Čutura n’a pas suivi un parcours linéaire. Installé en Suisse depuis 2011, il a progressivement fait évoluer son profil technique vers des fonctions de pilotage, avant de se spécialiser dans la gestion de projets digitaux. Pour consolider son savoir en gestion de projet, il a passé le PMP sur la base du PMBok 6, et il a suivi l’évolution de l’approche PMI au fur et à mesure des années, de l’agilité avec le PMBok 7, à l’IA dans le PMBok 8, publié en fin 2025.

Grâce à sa formation, et à son expérience logicielle, il a intégré l’IA sans difficulté dans sa manière de gérer les projets, surtout en conception de produits.

L’IA et la gestion de projet : deux mondes ?

Selon Nikola Goran Čutura, actuellement, on peut distinguer deux manières de gérer les projets : la première qu’il nomme « classique », dans des domaines comme la construction ou l’horlogerie, où les chefs de projet peuvent utiliser des outils d’IA existants, notamment l’IA générative, comme support.

La deuxième, « spécifique », concerne les projets produisant des solutions d’intelligence artificielle. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a choisi de passer la certification CPMAI (Cognitive Project Management in AI), proposée par le Project Management Institute, qui fournit de bonnes pratiques pour gérer les projets d’IA à travers les étapes de leur cycle de vie. 

L’IA en pratique : des usages concrets au service du chef de projet

Dans la pratique quotidienne, l’IA s’impose progressivement comme un outil d’appui, en particulier pour la recherche et l’analyse d’informations. Nikola Goran Čutura l’utilise principalement pour explorer rapidement des sujets complexes ou nouveaux. « Ce sont principalement des tâches de recherche », explique-t-il, notamment lorsqu’il s’agit d’obtenir des données précises, par exemple dans le domaine de la cybersécurité. En posant des questions ciblées et en affinant progressivement ses requêtes, il parvient à accéder à une information structurée, qu’il complète systématiquement par des sources fiables.

Au-delà de la simple collecte d’informations, l’IA joue un rôle d’assistant dans la réflexion stratégique. Elle permet d’ouvrir des pistes, d’envisager différents scénarios ou d’anticiper des risques. Face à des situations complexes, comme des perturbations géopolitiques impactant une chaîne d’approvisionnement, il l’utilise pour explorer des alternatives possibles, identifier des options logistiques ou réfléchir à des stratégies d’adaptation.

L’objectif n’est pas d’obtenir une solution clé en main, mais plutôt de nourrir la réflexion et d’élargir le champ des possibles.

Cette utilisation nécessite toutefois une vigilance constante. Nikola Goran Čutura souligne : « Si je présente une information, je dois pouvoir garantir qu’elle est vraie ». L’IA devient un outil d’accélération et de structuration, mais la responsabilité finale, notamment en matière de validation des données, reste pleinement humaine.

Ce que l’IA change vraiment !

Dans le cadre d’une simulation récente organisée par  STS SA | the project management training company (société spécialisée en formation en gestion de projet), Nikola Goran Čutura a participé à une expérience explorant l’usage de l’IA dans la gestion de projet. Les résultats de cette étude ne sont pas encore publiés et restent en cours de validation scientifique. Toutefois, selon son expérience en tant que participant, cette simulation a permis d’observer certains effets intéressants de l’intégration de l’IA dans le travail des chefs de projet.

L’étude de STS SA consistait à faire travailler plusieurs équipes sur un même projet : le premier jour sans IA, puis le second avec un outil basé sur ChatGPT, configuré pour la gestion de projet.

« D’après ce que j’ai pu observer, les performances semblaient meilleures le deuxième jour »,explique-t-il, tout en précisant qu’il s’agit d’une perception liée à sa participation à l’exercice.

Il souligne également que l’intérêt principal résidait dans la diversité des usages :

« certaines équipes utilisaient l’IA de manière ponctuelle, tandis que d’autres l’intégraient beaucoup plus profondément dans leur analyse et leur prise de décision ».

Selon lui, certains groupes sont allés jusqu’à générer des plans complets de ressources ou à analyser des scénarios de risques complexes, illustrant des niveaux d’appropriation très variés.

Nikola Goran Čutura note également, sur la base de cette expérience, une différence dans les attitudes face à l’IA entre profils juniors et seniors. « C’est une tendance que j’ai observée, mais qui dépend évidemment des parcours individuels », précise-t-il. Les profils plus juniors lui semblent généralement plus à l’aise avec ces outils, tandis que les profils expérimentés les utilisent davantage comme un support, avec un regard critique plus marqué.

Ces éléments reposent sur l’expérience de Nikola Goran Čutura en tant que participant à cette simulation et ne constituent pas les résultats officiels de l’étude, actuellement en cours de validation et non encore publiés.

Les limites et les précautions : quand l’IA doit être encadrée !

L’IA offre des possibilités considérables, mais son utilisation comporte des limites importantes et exige une vigilance constante. L’un des défis majeurs réside dans la fiabilité des réponses. Comme le souligne Nikola Goran Čutura, « si le prompt n’est pas assez précis, l’IA va proposer une solution qui semble correcte, mais qui ne prend pas en compte toutes les contraintes ». Les résultats obtenus peuvent donc varier considérablement en fonction de la manière dont les questions sont formulées. Une requête vague ou incomplète peut générer des informations partielles, erronées ou inadaptées au contexte réel du projet.

Cette précision des requêtes met en lumière l’importance du prompt.

La qualité et la pertinence des réponses dépendent directement de la capacité de l’utilisateur à poser des questions claires, détaillées et contextualisées. L’IA ne peut pas deviner toutes les contraintes d’un projet ni anticiper des données implicites ; elle agit uniquement sur ce qui lui est fourni. Dans ce sens, le rôle de l’utilisateur reste central : la maîtrise des prompts devient une compétence stratégique pour tirer le meilleur parti de l’outil.

Autre facteur à considérer : les différences entre outils. Tous les systèmes d’IA ne sont pas conçus ni entraînés de la même manière. Certains sont spécialisés dans la gestion de projet, comme PMI Infinity, tandis que d’autres sont plus généralistes ou orientés vers d’autres types de données. Les versions gratuites fournissent des réponses limitées, tandis que les versions professionnelles offrent plus de fonctionnalités et d’informations. L’expérience montre qu’un outil bien choisi peut faire la différence entre un gain de temps réel et une perte d’efficacité due à des résultats peu pertinents.

Enfin, la validation humaine reste indispensable. L’IA peut suggérer, analyser ou structurer des données, mais elle ne peut pas remplacer le jugement, l’expérience ou la responsabilité d’un chef de projet. Chaque résultat doit être vérifié, confronté aux contraintes réelles et validé avant d’être utilisé pour prendre des décisions. Comme le rappelle Nikola Goran Čutura,

« la véritable valeur de l’IA ne réside pas dans l’outil lui-même, mais dans la capacité de l’utilisateur à l’intégrer de manière critique et réfléchie ».

Les enjeux éthiques de l’IA : consommation, données et responsabilité

L’usage de l’intelligence artificielle ne se limite pas à la performance : il soulève également des questions éthiques majeures. Pour Nikola Goran Čutura, l’une des premières préoccupations concerne l’impact énergétique des systèmes d’IA. « Ces systèmes sont très énergivores. Si nous continuons à les utiliser toujours plus, la consommation ne fera qu’augmenter, et personne n’en parle vraiment », alerte-t-il.

L’IA, comme d’autres technologies massives, entraîne un coût environnemental que le secteur doit désormais intégrer dans sa réflexion.

Au-delà de l’énergie, la gestion des données personnelles constitue un autre défi majeur. Les informations collectées par les applications et les plateformes, qu’il s’agisse de données médicales ou d’informations professionnelles, sont souvent utilisées sans que les utilisateurs n’en aient pleinement conscience. « J’aimerais être propriétaire de mes données et savoir exactement comment elles sont utilisées », insiste Nikola. La protection des données et la transparence deviennent donc des conditions essentielles pour un usage responsable de l’IA, notamment dans le cadre de projets impliquant des personnes ou des communautés.

Enfin, la gouvernance et la responsabilité restent au cœur des enjeux éthiques. Même lorsque l’IA fournit des recommandations ou automatise certaines tâches, la décision finale appartient toujours à l’humain. La transparence dans l’utilisation des outils et la capacité à rendre compte des décisions prises deviennent ainsi indispensables pour éviter tout risque de manipulation ou d’atteinte aux droits des personnes concernées. L’éthique, loin d’être un détail, s’impose donc comme une dimension stratégique de l’intégration de l’IA dans la gestion de projet. Pour Nikola Goran Čutura, comprendre et encadrer ces enjeux est tout aussi crucial que maîtriser les outils eux-mêmes.

Rester aux commandes : ce qui reste humain et la vision du futur

Malgré l’efficacité et la puissance des outils d’intelligence artificielle, certaines compétences restent exclusivement humaines. Pour Nikola Goran Čutura, la décision finale appartient toujours à l’humain. « Tant que les humains sont obligés de signer un document, ils sont responsables de toute la décision », précise-t-il. L’IA peut assister, suggérer ou analyser, mais elle ne peut pas remplacer la responsabilité et le jugement d’un chef de projet expérimenté.

En regardant vers l’avenir, Nikola Goran Čutura imagine un métier transformé mais centré sur l’humain. Les outils seront de plus en plus standardisés et capables d’automatiser certaines tâches répétitives, mais les chefs de projet conserveront la capacité d’arbitrer et de superviser l’ensemble. « Même si l’IA peut aider à prendre de petites décisions, il doit toujours y avoir une possibilité pour l’humain de s’opposer et de choisir », explique-t-il. Cette complémentarité façonne un rôle où la technologie accélère et structure le travail, sans effacer la dimension humaine.

Pour les jeunes gestionnaires de projet, son conseil est clair et simple :

« Gardez votre rôle et votre pouvoir — et la responsabilité — de décision. Utilisez l’IA comme un outil, pas comme un substitut ; si vous utilisez l’IA dans tout ce que vous faites, vous risquez de vous remplacer vous-même par l’IA ».

L’IA peut amplifier les compétences et faciliter certaines tâches, mais rester actif et critique dans l’utilisation de ces outils est la clé pour ne pas se laisser dépasser par la technologie.

Pour conclure, l’IA soulève deux types de défis.

Le premier est éthique : transparence des algorithmes, protection des données, respect de la vie privée… Le second est environnemental, lié à la consommation d’énergie colossale que ces systèmes exigent. Ces enjeux invitent à réfléchir, tant au niveau des organisations que des individus, à la manière de limiter l’outil tout en conservant notre contrôle.

L’IA transforme bel et bien notre quotidien et nos façons de travailler, mais elle ne peut remplacer notre jugement, notre créativité, ni notre sens des responsabilités. La vraie question n’est pas de savoir si l’IA remplacera l’humain, mais comment chacun choisira de l’utiliser pour rester maître de ses décisions. Jusqu’où sommes-nous prêts à confier notre réflexion aux algorithmes, et comment préserver ce qui nous rend profondément humains ?

Souleima Majeldi

Titulaire d’un doctorat en sociologie culturelle, je suis chercheuse spécialisée dans les questions de genre, de diversité culturelle et de droits humains, et gestionnaire de projet certifiée PMP, avec plus de vingt ans d’expérience dans la conception et la coordination de projets sociaux et internationaux. J’ai collaboré avec des organisations internationales, des institutions académiques et des associations pour promouvoir l’égalité de genre, le développement et les droits des femmes. Mon engagement : bâtir des sociétés plus justes et inclusives, où les populations vulnérables – en particulier les femmes – ne subissent plus de discrimination, et partager des analyses accessibles pour valoriser les initiatives porteuses de changement.

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