Le 13 janvier, nous avons eu l'honneur d'assister à la conférence « Réfugiés et permis S : défis et opportunités pour les entreprises », qui a réuni plus de 150 professionnels des ressources humaines, cadres et employeurs à la FER Genève.
La session du matin visait à combler le fossé entre les entreprises confrontées à une pénurie de main-d'œuvre et les réfugiés qualifiés titulaires d'un permis S de protection suisse.
L'événement a été ouvert par Delphine Bachmann, conseillère d'État et cheffe du Département de l'économie, de l'emploi et de l'énergie (DEE), et François Rohrbach, président du GEM - Groupement des Entreprises Multinationales.
Organisée en partenariat avec l'État de Genève, l'Hospice général, le GEM, la FER Genève et refugees@work, la conférence a constitué une plateforme précieuse pour :
Dans ce article, nous traiterons des points quatre et cinq, partageant avec vous des parcours inspirants et vous donnant des conseils concrets de la part d’employeurs.
Si vous souhaitez en savoir plus sur les autres points abordés durant cet évènement, veuillez consulter l'article écrit par Hanna Sultanova : Talents « atypiques » : Evolution des règles pour les titulaires du permis S.
Cette conférence a une fois de plus démontré la capacité de Genève à réunir les institutions publiques, les entreprises et les acteurs sociaux autour d'un objectif commun : transformer les défis en opportunités et la responsabilité collective en actions concrètes.
L'un des moments forts de la conférence a été le partage d'histoires vécues par des titulaires du permis S et des employeurs. Ces témoignages ont humanisé les statistiques, révélant la résilience des personnes qui ont reconstruit leur vie en Suisse.
Trois femmes ukrainiennes se sont particulièrement distinguées par leurs parcours inspirants :

Originaire d'Ukraine, Elena Voytenko a raconté son parcours, depuis son déplacement jusqu'à l'obtention d'un poste dans la finance chez Cargill. Elle a expliqué comment son expérience en gestion acquise avant la guerre s'est parfaitement intégrée à son poste actuel grâce à des procédures d'embauche simplifiées.
« Le permis S m'a apporté de la stabilité, et l'approche inclusive de Cargill a transformé mes défis en opportunités. »
Son histoire a mis en évidence la valeur ajoutée que les réfugiés apportent à des secteurs très demandés tels que l'informatique et la finance.
Inna Malaia, qui travaille aujourd'hui chez Bevel World, a raconté son parcours vers le marché du travail suisse. Forte de son expérience dans le domaine du trading, elle a surmonté les obstacles administratifs avec l'aide d'experts locaux et s'est rapidement distinguée.
« De l'incertitude à l'autonomie : voilà ce que m'ont apporté le permis S et la confiance de mon employeur. »
Son expérience démontre les avantages mutuels de l'intégration : les entreprises gagnent des professionnels motivés et les réfugiés acquièrent leur indépendance.
Ses histoires ne traitent pas de survie, mais de réussite, de contribution et de résilience.
Olena Gavelia, responsable de la formation à l'exportation pour l'Europe au sein du groupe Clarins, a livré un témoignage poignant sur la réinsertion professionnelle et l'importance de la confiance accordée par l'employeur.
Olena a expliqué comment le déplacement l'avait contrainte à repenser son parcours professionnel, mais pas son identité professionnelle. Elle a souligné que les compétences ne disparaissent pas lorsque les gens sont contraints de quitter leur pays d'origine. Au contraire, l'expérience, l'expertise et la motivation les accompagnent. Ce qui fait souvent obstacle, a-t-elle expliqué, ce n'est pas le manque de compétences, mais la difficulté de faire reconnaître ces compétences dans un nouveau système.
Elle a souligné que le permis S lui avait apporté la stabilité dont elle avait besoin pour reconstruire sa vie professionnelle en Suisse. Cependant, elle a clairement indiqué que le statut juridique seul ne suffisait pas. Selon Olena, une véritable intégration est possible lorsque les employeurs sont prêts à regarder au-delà des étiquettes administratives et à se concentrer sur les compétences transférables, la capacité d'adaptation et la motivation.
Au sein du Groupe Clarins, elle a trouvé un environnement qui valorisait son parcours et encourageait l'apprentissage continu. Olena a confié que le perfectionnement et le développement professionnel avaient joué un rôle crucial dans la réussite de son intégration. L'accès à des possibilités de formation lui a permis de s'adapter au contexte professionnel suisse tout en s'appuyant sur son expérience antérieure.
Elle a également souligné l'importance de l'ouverture d'esprit des employeurs et d'un recrutement centré sur l'humain. Son employeur a reconnu son potentiel et a investi dans son développement. Cette confiance, a-t-elle déclaré, lui a redonné confiance en elle et lui a permis de se réépanouir professionnellement.
Olena a conclu son intervention par un message qui a fortement résonné auprès du public :
« L'intégration ne se limite pas à l'emploi. Elle concerne la dignité, la confiance en soi et la possibilité de contribuer à nouveau. Quand quelqu'un croit en vous, tout change. »
Son histoire illustrait le message central de la conférence : le talent existe partout, ce sont les opportunités qui font la différence. À travers son parcours, Olena a démontré que les pratiques d'embauche inclusives ne transforment pas seulement la vie des individus, mais renforcent également les entreprises et la société dans son ensemble.
Ce fut très inspirant de discuter avec Elena Voytenko après l'événement et d'obtenir ses précieux conseils !
Le panel des employeurs s'est révélé particulièrement utile, offrant des conseils concrets :
Adrien Gerbert, délégué fédéral, SEM, a présenté le canton de Bâle comme un modèle permettant d'atteindre des taux d'emploi plus élevés grâce à :

Ce qui m'a le plus frappée, c'est que la conférence ne s'est pas contentée de mettre en évidence les défis, mais a également présenté de réelles opportunités pour les entreprises d'accéder à un vivier de professionnels motivés, compétents et désireux de contribuer. Entendre directement ceux qui ont navigué dans le système m'a inspirée.
Cet événement s'inscrit dans le cadre d'initiatives fédérales, notamment le portail des PME, qui propose désormais des conseils multilingues et des procédures d'embauche accélérées pour les titulaires d'un permis S, une mesure prometteuse visant à simplifier le recrutement à l'échelle nationale.
La session s'est terminée par des opportunités de réseautage, renforçant la collaboration entre les employeurs et les institutions.
Au cours du réseautage, j'ai demandé à Emilie Delannoy, de Trafigura, des conseils pour réussir dans la recherche d'emploi, et elle a gentiment souligné que l'apprentissage du français est essentiel, surtout lorsqu'il est combiné à une expérience professionnelle réelle, à la résilience et à une recherche d'emploi active.
Un grand merci à tous les intervenants, participants et partenaires qui transforment le défi de l'intégration en une formidable opportunité pour l'économie genevoise.
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Crédit photo : Ilona Domoratska
Professionnelle multilingue avec une expérience internationale dans le soutien aux cadres supérieurs dans divers secteurs.