Documentaliste image : coup de projecteur sur les coulisses de la télévision

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Documentaliste

Lorsqu’on s’intéresse aux professions de la télévision, on songe immédiatement à certains visages familiers : ces journalistes et ces animateurs·trices qui fréquentent nos salons à travers le petit écran. Pourtant, bien d’autres professions sont exercées dans les coulisses de la télé. Nous avons rencontré David Egger, documentaliste image à la Radio télévision suisse (RTS), qui nous apporte un éclairage sur ce métier méconnu, indispensable au bon fonctionnement d’une équipe de rédaction.

Une formation en évolution

Titulaire d’une licence en lettres, David a fait ses premiers pas à la télévision alors qu’il était encore étudiant, en travaillant au sous-titrage pour sourds et malentendants. Après avoir obtenu sa licence en lettres, il répond à une annonce pour le poste de documentaliste. Il l’obtiendra après avoir passé, outre les étapes usuelles, un test de culture générale. S’ensuivra une année de formation en cours d’emploi. « Il fallait bien ça, tant il y a d’informations à gérer et de notions à apprendre ». Actuellement, la Haute école de gestion de Genève (HEG) propose un bachelor en information documentaire, ce qui ne dispense pas les diplômés nouvellement engagés de devoir suivre une formation sur les outils de travail de la RTS.

Des effectifs conséquents

À la RTS, les documentalistes (spécialisé·es es en image ou en son) travaillent au département Stratégie & Programmation, au sein du service Données & Archives. Ils/elles constituent une équipe de 55 personnes occupant l’équivalent de 40 postes à plein temps, dont une trentaine exercent leur activité à la télévision, tandis que l’autre moitié est affectée à la radio. Un petit nombre de documentalistes (l’équivalent de quatre postes et demi) est chargé de la restauration des archives audiovisuelles, la RTS étant investie d’une mission patrimoniale de conservation de ces dernières.

Des missions multiples et un défi de taille

Les tâches des documentalistes image se divisent essentiellement en trois types : les recherches, le visionnement et la valorisation des archives. Pour répondre aux demandes des journalistes, les documentalistes doivent trouver des images d’actualités ou des images prétexte, c’est-à-dire des « images déconnectées du sujet mais permettant, par analogie de thématique ou de visuel, d’illustrer le journal télévisé ou tout autre reportage ». L’équipe a également pour tâche de visionner des images qui seront taguées et décrites dans une base de données à l’aide d’un Thesaurus de métadonnées, dont David Egger est l’un des quatre responsables. Il est notamment chargé d’introduire des nouveaux termes, marques ou appellations géographiques. Un exemple notable est le mot Covid. Enfin, les documentalistes doivent s’acquitter d’une autre mission : la valorisation des archives, à savoir leur publication sur les réseaux sociaux, la création et la gestion d’une page d’archives sur le site de la RTS, la participation à des projets nationaux de mise en valeur d’archives de la RTS et l’organisation de projections publiques mettant en avant des archives liées à des communes romandes. L’un des plus grands défis qu’a dû relever l’équipe de documentalistes de la RTS a été la numérisation de tout le fonds d’archives. Depuis le début des années 2000, ce sont près de 320 000 cassettes Beta qui ont été passées au format numérique et un nombre considérable de films ont été restaurés.

Ouverture d’esprit et esprit d’équipe

Pour exercer ce métier, il faut « aimer l’information, être méthodique et précis et savoir supporter le stress ». Les documentalistes de la RTS doivent en effet traiter un grand nombre de demandes, dont certaines proviennent d’autres chaînes de télévision. Qu’est-ce que ce métier lui a apporté ? « Ça m’a ouvert l’esprit. Ma culture générale s’est beaucoup élargie ». Il apprécie également le travail en équipe, le fait d’être pleinement intégré dans une rédaction : les sports en ce qui le concerne. Mais cet aspect a déjà changé à la suite d’une modification des procédures de travail. Les demandes des journalistes sont désormais transmises par courrier électronique, ce qui engendre une « perte de contact humain ». Bien entendu, la pandémie et le télétravail n’ont fait qu’accentuer ce phénomène.

Il n’y a pas que la télé

Ainsi que nous l’avons vu, les documentalistes image jouent un rôle central au sein des chaînes de télévision (Léman Bleu, par exemple, possède une grande quantité d’archives genevoises). Toutefois, cette profession est également présente au sein de toute institution disposant d’un fonds d’images, telle que les cinémathèques, la FIFA, l’UEFA, le CIO, etc. Ce dernier a d’ailleurs collaboré plusieurs fois, à l’occasion des Jeux olympiques, avec la RTS, qui lui prêtait pendant plusieurs mois une équipe de documentalistes (payés par le Comité olympique).

Un métier qui va tendre vers la valorisation des images

Nombreuses sont les activités professionnelles menacées par la technologie et les documentalistes image ne font pas exception. Les progrès effectués en matière de reconnaissance faciale permettent de réaliser certaines de leurs tâches. Par exemple, pendant un match de foot, des joueurs peuvent être identifiés. Les machines peuvent également reconnaître et cataloguer des textes sur des critères tels que le format et la durée. Pour ce qui est des scènes et des lieux, l’identification n’est pas encore pleinement automatisée, même si pour des images telles que le Cervin, la puissance des algorithmes de recherche donne déjà des résultats largement satisfaisants.

Pour autant, le métier ne va pas disparaître. Selon David Egger, il va se spécialiser en tendant vers la valorisation, à savoir la mise en avant de certaines images plutôt que d’autres, ce que la machine n’est pas encore capable de faire. Hors des plateaux et loin des caméras, les documentalistes continueront de rechercher, de visionner, de cataloguer des images.

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Credit photos : Talaj via depositphotos.com

José Callau José Callau

J'aime tout dans les mots: leurs sens, leur histoire, leurs sonorités, les infinies possibilités qu'ils offrent.

Traducteur chevronné (espagnol et anglais –> français), à l’orthographe irréprochable, je rédige, corrige, organise et, bien sûr, traduis des textes avec aisance, efficacité et plaisir.

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