
Lors d'une mission, David Libert, Data Engineer de formation, s’est lancé dans un challenge à la fois passionnant et innovant : repenser les recrutements à l’ère de l’IA. Expert en solutions data orientées usage, il transforme les données complexes en leviers concrets pour la prise de décision et la collaboration entre métiers.
L’idée est née d’une simple conversation lors d’une conversation, avant de se concrétiser progressivement : d’un besoin, à une vision, puis à un produit. C’est dans ce cadre qu’il a présenté, lors d’un atelier, une intervention intitulée : « L’illusion du contrôle : de la taxonomie figée à l’intelligence des talents dans un marché en mouvement ».
La mission de David était de comprendre le marché de l’emploi en Suisse romande en temps réel, à travers trois problématiques clés :
Dans le cadre de ce projet, David a exploré une problématique qu’il a lui-même vécue lors de sa recherche d’emploi via Job Room. En saisissant « data engineering », les résultats proposés correspondaient principalement à des postes de « data analyste » ou « Database Engineer ».
Ce décalage met en lumière un problème majeur : les systèmes actuels restent obsolètes pour cartographier précisément les métiers. Ce constat a déclenché une réflexion plus large sur les limites des taxonomies traditionnelles.
Le défi posé est alors le suivant : comment passer d’une classification figée des métiers à une intelligence des talents réellement alignée avec le marché ?
Aujourd’hui, les métiers sont encore classés de manière rigide, comme si l’environnement évoluait lentement et de façon prévisible. Or, la réalité est tout autre.
Comme le souligne David : « On va chercher les métiers par intitulés, mais la réalité du marché, surtout avec l’avènement de l’IA, fait que ces intitulés changent et évoluent en permanence. »
Ce phénomène crée ce qu’il appelle le paradoxe des intitulés.
Dans tous les secteurs, les entreprises recherchent désormais des profils hybrides — ces fameux « moutons à cinq pattes ». Par exemple, un marketing manager peut aujourd’hui être amené à automatiser des processus ou à utiliser des outils comme Photoshop, des compétences autrefois réservées à d’autres métiers.
Les données confirment cette transformation. Selon des analyses de LinkedIn, l'ensemble de compétences requis pour des postes a évolué d’environ 25 % depuis 2015, une dynamique qui ne cesse de s’accélérer.
De son côté, le World Economic Forum estime que 44 % des compétences fondamentales seront transformées d’ici 2027.
Ces chiffres illustrent clairement une réalité : le marché de l’emploi évolue à un rythme exponentiel, bien plus rapide que les systèmes censés le structurer et le décrire. Les compétences se transforment en continu, les métiers se recomposent, et les repères traditionnels deviennent de moins en moins pertinents.
Dès lors, la taxonomie classique repose sur une illusion de stabilité. Or, le marché est désormais mouvant, hybride et imprévisible.
Face à ce constat, David défend un changement profond de modèle : passer d’une logique centrée sur les métiers à une approche fondée sur les compétences.
L’objectif n’est plus de classer des intitulés, mais de comprendre comment les compétences interagissent, se combinent et évoluent ensemble dans un environnement réel.
Il met également en lumière deux pièges majeurs liés aux intitulés :
Pour répondre à ces enjeux, David a développé un outil d’analyse des données en temps réel, qui part des données du marché plutôt que des métiers eux-mêmes. Le système fonctionne comme un pipeline multi-étape :
Cette approche permet de construire une cartographie du marché vivante et prédictive :
En combinant collecte automatisée, traitement intelligent et modélisation des compétences, l’outil transforme des données brutes et hétérogènes en informations stratégiques, exploitables pour le recrutement, la formation et la planification des parcours professionnels. L’enjeu dépasse la simple description : il devient prédictif et stratégique.
Ce projet illustre parfaitement une évolution majeure dans la gestion de projet : le passage d’une logique linéaire à une approche adaptative, guidée par la donnée.
Ici, la gestion de projet ne consiste pas uniquement à structurer des étapes, mais à orchestrer des compétences variées (techniques, métiers, analytiques) autour d’un objectif commun. Elle repose sur une capacité à tester, ajuster et faire évoluer le projet en continu, en fonction des retours du terrain.
Ce type de démarche montre également que les projets innovants naissent souvent d’un besoin concret, puis évoluent progressivement grâce à des itérations, des échanges et des collaborations. La gestion de projet devient alors un cadre souple, au service de l’expérimentation et de la création de valeur.
Ce workshop a révélé une transformation profonde : le métier, tel qu’on le concevait, n’est plus l’unité centrale du marché du travail. Ce sont désormais les compétences qui organisent les trajectoires professionnelles.
En proposant une lecture dynamique et data-driven du marché de l’emploi, David ouvre la voie à de nouveaux outils et à de nouvelles approches du recrutement, de la formation et des parcours professionnels.
Cela soulève une question stimulante pour l’avenir : et si, demain, on ne postulait plus à des métiers… mais directement à des combinaisons de compétences capables de refléter la réalité mouvante du marché ?
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Titulaire d’un doctorat en sociologie culturelle, je suis chercheuse spécialisée dans les questions de genre, de diversité culturelle et de droits humains, et gestionnaire de projet certifiée PMP, avec plus de vingt ans d’expérience dans la conception et la coordination de projets sociaux et internationaux. J’ai collaboré avec des organisations internationales, des institutions académiques et des associations pour promouvoir l’égalité de genre, le développement et les droits des femmes. Mon engagement : bâtir des sociétés plus justes et inclusives, où les populations vulnérables – en particulier les femmes – ne subissent plus de discrimination, et partager des analyses accessibles pour valoriser les initiatives porteuses de changement.