La caricature satirique : approche culturelle et historique

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Cet article est le premier d’une série sur la liberté de la presse, le métier de journaliste, ses risques et ses limites.

S’il est impossible de dater précisément l’avènement de la caricature et de la satire en général, telles que nous les connaissons aujourd’hui, il nous faut replacer celle-ci dans les contextes évolutifs de sa construction. Petit tour d’horizon de son histoire et des enjeux qui la caractérisent.

Le mot caricature repris tel quel de l’italien caricatura et signifiant « action de charger, charge » semble être écrit pour la première fois dans les « Mémoires » de d’Argenson en 1740. De la civilisation grecque antique à l’Egypte, la tradition de la satire et du grossissement artistique de certains traits de caractère fait remonter cet art à très loin dans le temps. C’est à partir de la Révolution Française de 1789 et de l’Empire, au XVIIIe siècle, que vont se démultiplier en France la satire et la caricature du fait politique et sociétal. Cette tradition s’ancre très profondément dans l’histoire de la pensée sociale et politique française jusqu’à nos jours.

L’attentat contre Charlie Hebdo cette semaine constituera sans l’ombre d’un doute un avant et un après dans l’histoire de la satire française et mondiale. Si les maîtres du genre qu’étaient Cabu, Wolinski, Honoré et les autres laissent désormais un vide irremplaçable dans le monde de la caricature, c’est parce qu’ils étaient les figures de proue de cette discipline. L’on peut dire sans exagération que ceux-ci ont inspiré des générations entières et créé des vocations au-delà des frontières de l’hexagone, du Belge Philippe Geluck à beaucoup d’autres. Ainsi, d’un point de vue strictement technique (sans entrer dans la ligne éditoriale du journal), Emmanuel Chaunu évoque leur influence dans une interview accordée au quotidien Ouest-France. A la question de savoir s’il admirait l’équipe de dessinateurs du journal il répond : “Je les vénérais, même. Car si je ne suis pas forcément toutes leurs idées, Cabu et Wolinski sont pour moi des héros du trait. À la télé, leurs dessins ont été montrés surdimensionnés. On se rend alors compte que ce n’est pas parfait. Parce qu’ils travaillaient sans filet. C’est d’autant plus remarquable dans un monde où tout est image de synthèse.”

Si nul ne conteste le talent de ces dessinateurs, il faut néanmoins rappeler que cette tradition de la satire grinçante s’inscrit dans une spécificité et une culture très particulière. Il est tout à fait logique que la France, pays qui a fait de la laïcité, le socle de la République et qui ne reconnaît aucun communautarisme, soit particulièrement sensible à cet art. Cette approche est radicalement différente dans un pays comme les Etats-Unis par exemple. Ainsi, l’immense majorité des médias américains ont choisi de ne pas montrer les dessins de Charlie Hebdo pour éviter d’offenser une quelconque communauté. Même constat dans beaucoup d’autres pays autour du globe, démontrant ainsi la spécificité de la caricature dans certaines sociétés et les différences culturelles dans son approche.

C’est une étude sociétale très pertinente qui peut être faite à travers le rapport à la caricature satirique. Il est ainsi intéressant de se rendre compte des reflets et colorations que celle-ci peut prendre à travers les pays et ceci peut nous donner des clés de compréhension sur les différences culturelles et l’histoire de l’art en général. Seul l’avenir pourra rendre compte de la pertinence ou non de la presse satirique dans le monde et un état des lieux de la profession s’imposera de lui-même suite aux événements récents. Le bilan qui peut être fait quoi qu’il advienne est que la bonne santé des journaux satiriques est l’une des premières lignes de front en termes de liberté de la presse et un bon thermomètre pour mesurer l’état d’une démocratie, car pour que le dessin satirique vive, il est essentiel que les caricaturistes puissent jouir de la liberté de la presse.

A voir : Exposition “Caricature satirique” d’Adam Töpfer au Musée de la Réforme.
http://institutions.ville-geneve.ch/fr/mah/expositions-evenements/expositions/satires/

Photo credit: txmx 2 via photopin cc

Comments

  1. Maude Gaudard Garcia

    L’histoire géopolitique et culturelle d’un pays joue en effet un rôle essentiel dans la production et la réception de la satire actuelle.

    Et pour le plaisir de les citer, petit retour sur les deux maîtres de la satire, contemporains du XIXe siècle, qu’étaient Honoré Daumier (F) et Rodolphe Töpffer (CH): différence de trait, de langage et de sensibilité.

    Par ailleurs, rappelons que Honoré Daumier fut envoyé en prison pour une caricature de son souverain, fort mal appréciée par ce dernier. Cela ne l’empêcha pas de continuer à dessiner et publier des caricatures, livrant ainsi une critique sociétale qui n’épargnait personne. Tous égaux dans la satire.

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