Logisticien humanitaire ou LOG-ONGI, qu’est-ce que c’est ?

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logisticien

 

Pour définir ce qu’est un LOG-ONGI, commençons par définir ces deux termes :

  • Organisations Non Gouvernementales Internationales : Ce sont des organisations qui ne dépendent pas de gouvernements et qui interviennent dans le cadre humanitaire, en cas de catastrophes, d’épidémies, de guerres, de déplacements de populations, ainsi qu’après un conflit.
  • LOG est l’abréviation de logisticien terrain ou logisticien humanitaire.

La logistique de terrain, dans le domaine humanitaire, n’a presque rien à voir avec la logistique en Occident, qui est beaucoup plus spécialisée. En effet, les LOGs doivent avoir de multiples compétences. D’après une étude faite en 2016 par les LOGs, lors de leur réunion annuelle (le FORLOG), cette profession regroupe 37 métiers.

 

Logisticien humanitaire : Plusieurs métiers en un !

Les logisticiens ne maîtrisent évidemment pas chacun de ces métiers, mais plusieurs. Et ils ont des connaissances de base dans les autres.

Sept grandes familles techniques peuvent être définies :

  • Les IT/COM s’occupent de tous les moyens de communication de la base et des véhicules, ainsi que de l’informatique (radio, téléphones et antennes satellites, réseaux IT, ordinateurs portables, backup, etc.)

Un check (contrôle) radio est fait matin et soir. En cas de perte de contact radio, le LOG doit trouver une solution de back up (secours). En attendant de réparer la radio, l’équipe utilise les moyens satellites.

  • La WATSAN : Ce métier concerne l’eau, son assainissement, son traitement et sa chloration, ainsi que sa distribution. Cela comprend également le traitement  des déchets médicaux et autres (valorisation, incinération, concasseur de verre, encapsulage, coupant/tranchant, biologique, infectieux).

En cas d’épidémie de choléra, par exemple, il est nécessaire d’assainir tous les points d’alimentation en eau potable, tels que les puits  ou les sources (chloration au bidon) de chaque famille présente sur la zone.

  • L’énergie/électricité s’occupe de l’installation, de l’entretien, des réparations des circuits générateurs, des circuits solaires et des parcs batteries.

Toutes les bases ont un parc de panneaux solaires et de batteries. Même s’il y a l’électricité de la ville, en cas de coupure, le logisticien doit avoir un back up pour rester opérationnel.

  • Les transports/mécanique comprennent l’organisation des vols (avions ou hélicoptères), le contrôle de la météo pour les vols, de l’état des pistes, mais aussi la logistique des bateaux, des véhicules (voitures, camions, motos), des générateurs et motopompes, ainsi  que du garage, et de la mécanique.

Au Burkina Faso, par exemple, lors d’une épidémie de méningite, je devais louer un parc de 40 4X4, trois camions et un camion frigorifique, afin de vacciner le plus de monde possible. Pour trouver rapidement les véhicules, nous avons simplement discuté de nos besoins à une terrasse. Nous avons pris rendez-vous le lendemain dans le plus grand parking de la ville, où nous attendaient plus de 300 véhicules en tout genre, que nous avons sélectionnés selon nos besoins.

  • Le supply/stockage : C’est le métier des achats locaux ou internationaux, de la gestion de fournisseurs, des appels d’offres, des dédouanements, des livraisons, des locations de maisons, de bureaux, de bases ou encore de stockage, de la gestion des stocks, de la pharmacie et de la chaîne du froid.

Par exemple, après le tremblement de terre à Haïti en 2010, il ne restait plus aucun bâtiment debout. Pour stocker tout le matériel nécessaire à la construction et à la mise en service d’un hôpital en urgence, nous avons d’abord monté deux tentes de 2400 m2 chacune, pour stocker tout le matériel en sécurité et à l’abri des intempéries…

  • Les constructions/réhabilitations consistent à faire des plans, des calculs de coûts, à établir des délais, à superviser la réalisation (maçonnerie, charpente, menuiserie, couverture, terrassement, matériels et matériaux à utiliser), à s’occuper du montage des tentes, des camps, des conteneurs, mais aussi de la réhabilitation de bâtiments, de sources, de puits…

En Sierra Leone, par exemple, après la guerre, la reconstruction de l’hôpital général était à l’arrêt par manque de briques dans la zone. Les fabricants avaient, soit fui, soit été tués. Nous nous sommes donc lancés dans la fabrication de briques compressées. Nous en avons fabriquées pour toutes les constructions, soit 94000 briques en trois mois de travaux.

  • La sécurité concerne les plans et règles de sécurité, les indicateurs de sécurité, les plans d’évacuation, l’arbre de communication, les listes de contacts de sécurité dans le pays, les rapports d’incident, les gestions de crises (enlèvements, perte de contact, affrontement, manifestation…), le suivi des mouvements, les contacts radio, la formation et le briefing, le mapping, l’exploration…

Les salles d’hibernation, par exemple, sont des salles où le personnel se réfugie en cas d’attaques. Ce sont un peu des « bunkers » et il est possible d’y survivre trois jours, car elle contiennent de la nourriture, des sanitaires, de l’eau, une pharmacie, des moyen de com). Au cas où la situation perdure, il faut alors envisager une évacuation des personnes.

 

Et il reste une famille transversale essentielle, les ressources humaines. Celle-ci s’occupent de la formation, du recrutement, de la gestion de ressources humaines sur place.

Les logisticiens ont donc un large panel de compétences pour intervenir sur différents types de terrain et de scenarios, souvent dans l’urgence, pour répondre aux besoins des ONGI et des populations en détresse.

 

Les qualités d’un bon logisticien humanitaire

Les LOGs doivent également posséder des qualités de management, de diplomatie, de patience, de réactivité, d’adaptation, d’anticipation, de résistance au stress, de sensibilité culturelle, d’autonomie, le sens de l’humour et milles autres…

Certaines ONGI ont voulu spécialiser les postes par compétences. Cependant, cela retarde certaines interventions (on attend le spécialiste), ce qui dans le cadre des urgences pose des soucis d’efficacité et d’efficience.

Les logisticiens doivent aussi connaître et poser leurs limites qu’elles soient techniques ou physiques, pour éviter les accidents et les séquelles qui s’ensuivent. Le syndrome du super héros est hélas bien ancré dans la profession et entraîne des burn-out et une hémorragie des ressources humaines. Il est donc essentiel de savoir se protéger.

Si vous aimez l’aventure, l’action, la découverte, le dépassement de soi, les voyages, la vie en communauté, les contacts humains, les chocs ou les découvertes culturelles, ce métier est fait pour vous !

Dans un deuxième article, nous vous expliquerons où peut travailler un logisticien humanitaire, qui souhaite mettre à profit ses compétences, non plus dans des situations d’urgence, mais dans un contexte de développement ou d’implantation de nouveaux projets.

 

Lectures complémentaires :

Logistique humanitaire : le domaine aux mille facettes par

Rencontre avec les humanitaires, ces héroïnes et héros des temps modernes par

 

Photo credit : Robert Foulon

Robert Foulon Robert Foulon

Je suis logisticien pour des ONGI depuis 15 ans. J’ai participé à de nombreuses missions en zone de conflit, post-conflit et dans des pool urgences, pour répondre aux catastrophes, épidémies et autres besoins de populations en difficulté.
Je coordonne ou manage toutes les l’activités logistique sur le terrain
Je veux mettre mes compétences au service d’entreprises ou d’ONG international dans des projets de développements et/ou de formations en logistique .

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