Portrait de Charlotte Beauchamp, publishing manager au BIT

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Photo_BeauchampCharlotte Beauchamp est le publishing manager, ou la directrice d’édition du Bureau International du Travail (BIT/ILO). D’origine anglaise, elle travaille dans cette institution depuis plusieurs années. Nous l’avons rencontrée et elle a accepté de répondre à nos questions pour nous éclairer sur son métier et sur l’édition du BIT.

La formation et le parcours de Charlotte Beauchamp

Le milieu de l’art

« J’ai d’abord étudié la littérature italienne à l’Université de Cambridge. Ensuite, mon premier emploi s’est passé dans le domaine de l’art où j’ai collaboré à l’organisation de manifestations d’art contemporain. Puis, dans la musique, j’ai été tour manager et j’ai planifié la tournée de groupes américains.

Ensuite, j’ai effectué un passage à New York où j’ai collaboré avec le Museum of Modern Art (MoMa), entre autres. Puis, à Londres, j’ai fait un stage d’une année dans les différents services éditoriaux de Phaidon, une maison d’édition de livres d’art. Cette période a été très belle, parce que j’ai travaillé à la production du volume The Story of Art d’Ernst Gombrich (1909-2001) et je me suis spécialisée dans l’édition d’images. Nous passions énormément de temps au National Gallery, ainsi que dans d’autres archives pour étudier les images originales. Il n’existait pas encore de copies numériques et nous devions vérifier les épreuves à l’œil nu, puis renvoyer le tout à l’imprimerie et vérifier à nouveau, encore et encore ».

Un passage important à Florence

L’étape suivante se déroule à Florence en Italie. Charlotte Beauchamp commence à travailler à l’Université internationale européenne, située à Fiesole en tant que relectrice des thèses qui doivent être soutenues et rédigées en anglais. Les thèses sur lesquelles elle travaillait à Fiesole concernaient le droit, la sociologie, l’économie et les sciences appliquées.

Son parcours au BIT

Après ce parcours en Italie, il devient alors possible de postuler au BIT. Elle gravit les échelons jusqu’à devenir publishing manager. Elle travaille pour le BIT depuis 13 ans maintenant.

Un parcours formateur pour traiter une publication dans sa globalité

« Il y a vingt ans, je n’aurais jamais pensé faire un tel job. Les expériences accumulées me sont utiles dans mon emploi actuel. Travailler dans l’art, par exemple, avec des images, en faisant attention aux détails a été important pour former mon regard critique, tant pour le contenu que pour l’objet dans son entier. Cela couvre tous les aspects de la communication au public.

Il ne suffit pas de travailler les textes. Nous travaillons des structures, une logique, l’harmonie des diverses parties. Nous devons communiquer au mieux un contenu pour atteindre notre audience, tout en respectant le projet de l’auteur : un produit éditorial est composé de tous cela. Il faut donc savoir présenter un produit.

Ce poste fixe m’a permis d’être libre de créer et de produire, parce que pour moi, la créativité a besoin de temps et de constance. »

Le parcours idéal pour devenir publishing manager

« Il n’existe pas de parcours standard. Sortir d’une bonne université aide beaucoup pour se présenter à un premier job ou à un stage. Une expérience dans plusieurs domaines et l’acquisition d’une sensibilité aux divers aspects d’une publication pourraient être importants.

Il faut également s’engager dans son travail tout en restant à l’écoute du monde extérieur. Je continue donc à me rendre aux foires aux livres, à m’informer sur ce qui se passe en dehors de mon organisation et dans mon domaine spécifique d’intérêt. Enfin, il n’existe pas une recette précise, c’est peut-être une question d’attitude. »

Les éditions du BIT en quelques mots
« Le BIT produit une série de publications sur tout ce qui concerne le travail et les domaines similaires (économie, sociologie, droit, entre autres). Cela comporte tout ce qui peut être significatif pour superviser le domaine du travail, pour l’étudier et pour diffuser les informations. Normalement, les publications sont produites pour atteindre deux types de publics différents. D’un côté se trouvent les publications internes à l’organisation et au domaine spécifique de compétence, de l’autre une série de publications s’adressent au public externe. Notre audience s’articule donc sur ces deux axes, et par ailleurs, elle n’est pas limitée à une seule nation ou une seule langue ».

Comment connaître son audience

« Tout d’abord, les instruments informatiques permettent l’analyse de notre site internet afin de déterminer les arguments et les pages les plus lues, ainsi que le temps passé par le visiteur à les consulter. Ensuite, les libraires qui ont un contact direct avec les lecteurs représentent une source d’informations importante. De plus, il faut écouter les auteurs, connaître leur perception du marché et de leur domaine. Enfin, nous utilisons les peer review (l’évaluation des collègues), qui connaissent bien l’actualité de la recherche où s’inscrit une publication. Tous ces éléments nous donnent la possibilité d’avoir un aperçu de notre audience. »

Un lien privilégié avec les auteurs

L’avantage propre à notre structure est que la recherche se fait au sein du BIT, ce qui implique que nous sommes souvent en contact avec les rédacteurs. Nous pouvons exprimer notre point de vue sur la production avant qu’elle soit terminée. Le lien avec les rédacteurs, la section de production et le département de la communication facilite la circulation des informations internes et nous aide à sentir les différents esprits de l’organisation.

« Savoir écrire constitue la base. Et qui sait écrire doit savoir lire, lire dans le sens de connaître les relations entre les diverses parties. Puis, il faut savoir intervenir sur ces parties et les rendre plus efficaces par rapport au public à atteindre et aux objectifs fixés, tant par l’auteur que par l’éditeur. »

Charlotte Beauchamp nous explique ainsi l’exigence de ses choix, le soin apporté à son travail et l’attitude nécessaire pour créer un espace pour accueillir les textes.

Les compétences d’un bon rédacteur

« Les personnes qui savent écrire me convainquent le plus. Je fais mes choix à partir des lettres de motivation et jusqu’à maintenant, je ne me suis jamais trompée. La capacité d’atteindre son audience, et dans ce cas précis de susciter mon intérêt est une capacité fondamentale.

Par exemple, ma stagiaire a un baccalauréat en théâtre, mais elle a plusieurs autres intérêts : elle sait écrire, elle est passionnée par l’écriture, et elle écrit continuellement. Ainsi, elle possède un blog et n’a donc pas peur d’acquérir et de se confronter à des compétences techniques dans le numérique.

Je le répète, il ne faut pas songer seulement à l’aspect textuel, mais à l’objet dans son ensemble, voire aux structures qui nous permettent de communiquer les contenus. De plus, il faut savoir s’occuper du packaging d’un objet du point de vue de la communication, et transmettre le contenu sur des supports différents. Il faut également savoir travailler en équipe, et cela encore plus avec le numérique.

Enfin, il faut y croire et se passionner pour l’argument au centre de nos publications. De cette façon, notre contribution est plus efficace et, nous pourrons peut-être en retirer de la satisfaction personnelle ».

«  Je dois avouer que je cherche les stagiaires dans les meilleures universités, où il y a des cours de publishing. Mais il faut être ouvert d’esprit, parce que désormais nous ne travaillons plus seulement sur des textes, mais sur des objets complexes. En somme, il faut être brillant. »

Les projets d’avenir

« Nos derniers produits sont les applications pour tablettes et smartphones. Elles sont intuitives et permettent aux utilisateurs de connaître des informations sur le monde du travail à travers divers langages (textuels, vidéos, dessins-animés), le tout sans renoncer à la précision et à l’aspect scientifique des informations. Les nouveaux projets sont en partie liés à ce système mixte de langages divers.

Nous considérons que nous devons utiliser les structures appropriées pour communiquer, et un nouvel instrument permet des possibilités de construction narratives diverses. En particulier, nous sommes en train de penser à un système de production et de publication qui tient compte de l’aspect multimédia, des différents packaging d’un même argument.

Il faut imaginer que nous avons un public très large et différent, de différentes cultures et avec diverses attentes par rapport à notre communication. Certains préfèrent les livres, d’autres les films ou encore la bande-dessinées. Nous sommes en train d’étudier comment communiquer au mieux, selon les attentes de ces divers publics. Nous développons donc une collaboration encore plus étroite entre la recherche et la communication des contenus. Nous espérons arriver à communication optimale et à une meilleure diffusion des résultats de la recherche du BIT ».

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