Schizophrénie rédactionnelle : Rencontre avec Cécile Aconique

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entretienCe que vous êtes sur le point de lire vient clore une série tout à fait à part de la ligne éditoriale usuelle de Geneva Business News. Que la longueur ou l’apparence de celui-ci ne vous décourage en rien : laissez-vous emporter par cette histoire, composée de cinq articles rédigés dans des styles différents et publiés sous forme d’épisodes, dont voici le dernier

C’est le phénomène de ce printemps. Qui n’en a pas entendu parler a certainement passé les deux derniers mois en Corée du Nord ou au-delà du cercle polaire austral : Cécile Aconique fait, avec son roman « Les poissons rouges en liberté vivent-ils dans des HLM ? », une entrée remarquée en librairie.

Nous avons rencontré Cécile Aconique ce vendredi, en fin d’après-midi, dans un bar branché mais presque désert du Vieux Carouge. Assise à une petite table carrée, dans le fumoir au fond de la salle, elle parle peu mais bien, sirote distraitement un whisky sour (son cocktail favori), fume beaucoup et son esprit, parfois, semble s’évader.

Une femme attentive

Ce qui frappe d’entrée quand on la rencontre, c’est son regard profond, pénétrant. Elle semble vous scruter avec une telle insistance, comme si elle voulait extraire de vous tout ce qu’il lui était possible. Même en arrivant avec de bonnes questions et une interview bien préparée, vous sortirez d’un entretien avec elle vidé, exténué, tant vous aurez eu à lutter pour tenir le cap de la discussion.

Elle ne vous laissera peut-être pas suivre votre fil rouge, pour autant elle ne vous laissera pas sans réponse. Bien préparée, elle aura préalablement lu vos questions avec attention et souhaitera simplement tenir les rênes de l’entretien. Aussi tentera-t-elle de vous déstabiliser, souvent avec succès. Elle a pris, nous dit-elle, l’habitude de se renseigner à fond sur les sujets qu’elle traite, mais aussi sur les personnes avec qui elle les traite.

Un roman qu’on dévore

Un titre long comme le bras, aux allures loufoques : pas de doute, Cécile Aconique est dans l’air du temps. Loin du roman de gare, à mi-chemin entre l’essai sociétal et la fantasy, on se laisse entraîner, on s’immerge, on s’imprègne de l’univers unique de ce récit sérieusement déjanté. On a même de la peine à s’en défaire.

Quand on lui demande comment elle en est arrivée à faire évoluer son histoire dans un monde si éloigné – mais pourtant si proche – du nôtre, avec des personnages si proches – mais pourtant si éloignés – de tout un chacun, elle nous répond avec simplicité qu’elle n’a « rien fait d’autre que s’inspirer du monde dans lequel elle vit ».

Le sujet traité – la décadence cyclique de l’humanité – n’est pas foncièrement joyeux (même s’il prête parfois à sourire), et quand on lui fait remarquer que la gravité du thème passe presque inaperçue à la lecture du roman, elle nous confie : « Le monde est déjà assez merdique, triste et foncièrement méchant sans que j’en ajoute une couche. » Elle précise toutefois que, si on le lui demandait avec assez de gentillesse, elle écrirait un « truc merdique, triste et foncièrement méchant ».

Le renouveau des auteurs romands

Si on en vient à évoquer le probable succès de son roman, Cécile Aconique botte en touche. « Je ne veux présager de rien. Si ça marche, tant mieux. Si ça ne marche pas, ça ne marche pas. L’essentiel est de toucher les lecteurs, peu importe leur nombre. »

Cela dit, au vu du succès médiatique qu’elle rencontre actuellement (nous n’avons pu nous entretenir avec qu’entre deux plateaux de télévision), sans doute verra-t-elle les ventes prendre rapidement l’ascenseur. Comme un vent arrière, l’annonce récente de sa nomination au prix Femina – et son statut de favorite pour l’obtention de la distinction – aidera Cécile Aconique à poursuivre son chemin vers la postérité.

À l’entendre, pourtant, on pourrait croire qu’elle se retrouve là un peu par hasard. « Jamais je ne me serais imaginée comme ça, sur le devant de la scène. Je n’ai aucune formation littéraire. Je n’ai même jamais mis un pied à l’université. J’ai misé (sans trop y croire) sur l’expérience et la persévérance. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ça a payé. »

« J’évite en général de me comparer à qui que ce soit. En plus d’avoir chacun nos caractéristiques propres, nous ne jouons simplement pas dans la même cour. » Voici ce que Cécile Aconique répond, pleine d’humilité, quand on lui demande si on pouvait la comparer à Joël Dicker. Il n’empêche : depuis le début de la décennie, les auteurs romands sortent du lot et démontrent à tous que la littérature n’est pas morte.

Rendez-vous au Salon du Livre

En pleine campagne promotionnelle, mais aussi relativement avare en matière de rencontres avec le public, il faudra attendre le mois d’avril et le Salon du Livre et de la Presse de Genève pour pouvoir échanger en direct avec Cécile Aconique. Elle vous proposera une conférence sur l’importance des détails et de l’attention qu’on leur porte et se fera un plaisir de se plier à une séance de dédicace « à condition que vous ne [lui] demandiez pas d’être trop créative ou trop personnelle ».

Photo credit : erphotographer via fotolia.com

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Romain Chevallier About Romain Chevallier

Passionné de littérature, j’aime écrire tant à titre personnel – j’ai eu le plaisir de voir mon premier roman (« Comment j’ai suicidé mon cœur », éd. Persée) publié en octobre 2015 – que professionnel. J’ai une imagination dont les limites sont encore à découvrir et un humour me permettant d’apporter une certaine légèreté au sujet traité, quel qu’il soit. Ma formation commerciale me permet de rédiger et mettre en forme la correspondance avec clarté et efficacité. Altruiste, je mets avec plaisir mes compétences à disposition de quiconque en aurait besoin, qu’il s’agisse de rédaction pure, d’aide quant à l’utilisation des outils MS Office ou de conseils concernant le processus créatif et les techniques de travail ad hoc.

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