Trois journalistes de la Radio Télévision Suisse débattent de l’avenir de la presse et de ses métiers

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tvDans le cadre de la “Journée du Journalisme” qui s’est déroulée le mois dernier à l’Université de Genève, divers professionnels et amateurs de médias suisses romands se sont relayés pour offrir au public un aperçu des diverses facettes du métier. Certaines pistes de réflexion concernant l’avenir de la profession furent apportées. De belles opportunités donc, autant au niveau des rencontres que de la prise d’informations et des conseils. L’événement est à l’initiative d’AESPRI (Association des Etudiants de Science Politique et Relations Internationales), qui s’est chargée de tout organiser. Au programme :

  • Deux « conférences-rencontres » de deux heures chacune tenues par des professionnels de médias suisses romands
  • Une table ronde réunissant des médias estudiantins et alternatifs ainsi que des représentants de la presse professionnelle autour du thème : « Que peuvent apporter les presses estudiantine et alternative au panorama médiatique ? »
  • Une présence continue dans le hall central de stands d’information tenus par certains médias comme Le Courrier (quotidien indépendant suisse situé à Genève), Jet d’Encre (journal alternatif), International Ink (journal estudiantin), Fréquence Banane (radio des étudiants de l’EPFL, l’UNIL et UNIGE), ICOM (Institut des sciences de la communication, des médias et du journalisme – UNIGE) et AESPRI.
Des activités sont organisées sur chaque stand, comme l’opportunité de s’essayer aux commentaires sportifs sur jeu vidéo, un concours de titrage d’articles ou encore la création de sa propre manchette de journal. Sur son stand, Le Courrier se présente comme un journal indépendant (il n’appartient pas à un groupe de presse comme Tamedia ou encore Ringier) ; il se finance principalement par le biais des ventes et abonnements (70%) ; il emploie une douzaine de journalistes et de nombreux autres collaborateurs et est dirigé par trois corédacteurs en chef.
Focus sur les métiers de la RTS (RADIO TELEVISION SUISSE)
La conférence-rencontre sur les métiers de l’audiovisuel est animée par trois journalistes de la RTS : Romaine Jean (rédactrice en chef des magazines), Sébastien Faure (producteur de l’émission « Mise Au Point ») et Jean-François Develey (rédacteur en chef adjoint de la rubrique Sport). La conférence débute par une brève présentation des trois invités. S’en suivent une série de questions posées par le public au fur et à mesure de la conférence, qui se voulait participative.
Parcours des invités

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Romaine Jean : “j’ai su très jeune que je souhaitais devenir journaliste, je peux même parler de vocation. J’ai suivi des études de sciences politiques à l’Université de Genève, puis, une fois mon diplôme en poche, j’ai rapidement décroché un premier poste à l’Agence télégraphique suisse à Berne. Je suis devenue journaliste à la Radio Suisse Romande en 1982. Après avoir gravis les échelons et franchis les étapes, je suis arrivée à mon poste actuel de rédactrice en chef des magazines de la RTS.”
Sébastien Faure : “contrairement à Romaine Jean, le journalisme ne représente pas une vocation au départ chez moi. J’ai effectué une école de journalisme à Bordeaux, puis me suis beaucoup intéressé au reportage et j’ai énormément voyagé, notamment dans des régions du monde politiquement tendues (en tant que reporter et envoyé spécial, en Syrie et en Irak notamment). Je suis actuellement l’un des producteurs de l’émission « Mise Au Point » de la RTS.”
Jean-François Develey : “j’ai toujours rêvé d’être journaliste. Pendant mes études de sciences politiques à Genève, j’ai été engagé en tant que pigiste au journal Le Courrier. J’ai alors décidé d’interrompre mes études pour me consacrer entièrement au stage que j’ai effectué durant deux ans dans cette rédaction. A la fin du stage, mon patron m’a demandé de terminer ma licence. Je me suis exécuté tout en travaillant à mi-temps pour Le Courrier. J’ai ensuite travaillé tour à tour pour La Tribune de Genève, Le Matin, entre autres, puis j’ai débuté mon expérience télévisuelle à partir de 1991, à la section Sports. J’occupe actuellement le poste de rédacteur en chef adjoint à la RTS, dans cette même rubrique.”
Leurs conseils pour devenir journaliste
RJ : « Il faut ouvrir les yeux, être à l’écoute de tout, et surtout ne pas perdre espoir. Si on veut vraiment faire quelque chose, on y arrive.  L’avenir journalistique, selon moi, se trouve probablement sur le web, dans le contenu informatique. Le « web-documentaire » est probablement le grand avenir de demain. J’insiste cependant sur le fait qu’il était très certainement bien plus facile il y a quelques années de mettre un pied dans la profession.”
SF : “Si l’on souhaite vraiment devenir journaliste, il existe mille et une façons s’y entrer… Il faut surtout être tenace et vraiment insister.”
JFD : “A un moment donné, ce qui va faire la différence face à un patron, c’est l’envie que l’on montre, la motivation. Passer par des stages non-payés peut être très utile. La RTS n’engage actuellement que quatre stagiaires par année, les places de stage professionnalisant étant mises au concours, chaque année au cours du mois de janvier. De nombreux candidats y participent ce qui rend la place d’autant plus difficile à obtenir. Le métier de journaliste est très varié, très vaste. Il s’agit donc de trouver le domaine où l’on se sent le plus à l’aise. Avoir un diplôme universitaire en poche est toujours un atout, mais il est surtout important d’avoir terminé quelque chose, d’avoir fait une formation. A la RTS, un tiers des employés a un papier universitaire. La diversité est une bonne chose, nous ne sommes ainsi pas tous des « clones ».
Les écoles de journalisme, une solution ?
SF : “Les écoles privées en Suisse ne me font pas forte impression, certaines de ces écoles sont des « attrape-nigauds ». Je conseillerais plutôt de faire l’université, d’avoir des « bases solides ». La voie royale est l’université, puis un stage dans un média qui financera une formation au CRFJ à Lausanne (acquisition de la carte de presse, adhésion au registre professionnel suisse). Les écoles de journalisme à l’étranger sont aussi une bonne alternative.”
Internet et les nouveaux médias sociaux : une évolution positive pour la profession ?
RJ : “Il existe à l’heure actuelle des sources infinies pour s’informer, ce qui est extraordinaire ! Mais prudence : la fiabilité de l’information n’est par conséquent que très peu garantie. Le journaliste doit de toute façon, par essence, être doté d’un « 6ème sens ». Il s’agit surtout de conserver précieusement cet esprit critique et de discernement, d’autant plus, aujourd’hui. Le monde de la presse subit à l’heure actuelle une profonde crise et les journaux sont devenus des produits. Nous avons donc affaire à une énorme pression économique et part conséquent à une baisse dramatique des revenus. Il y a moins de presse « analytique » (avec recherches de fond, analyses, réflexions, enquêtes, documentaires…) et plus de « Main Stream » (informations grand public, sans développement vraiment digne d’intérêt). Un exemple significatif de cette évolution se trouve dans certaines villes américaines, qui n’ont à l’heure actuelle plus aucun journal, uniquement le web. « Le temps nous manque aujourd’hui. La presse doit être le contre-pouvoir, mais pour cela il faut avoir le temps, et pour avoir le temps, il faut avoir l’argent. »
SF : “Cette nouvelle technologie et ses outils d’information présentent des avantages et des inconvénients. Le support et la forme ont changé, mais les techniques restent les mêmes. Je vous rappelle qu’internet n’est apparu à Genève qu’en 1993. Avant cette date, les moyens d’information et de communication étaient radicalement différents… Les difficultés économiques ainsi que les nouveaux outils d’information engendrent une demande de journalistes de plus en plus flexibles et de plus en plus polyvalents. Les journalistes de la RTS doivent par exemple à présent maîtriser radio, web et TV !”
JFD : “L’argent est là, ça n’est est pas cela le problème, mais les patrons privés veulent de la rentabilité.  « Trop d’info tue l’info ». En effet, le nombre de sources mises à notre disposition à l’heure actuelle est tellement important, qu’il est très facile de s’y perdre… Il est donc nécessaire de savoir s’arrêter lorsque l’on a assez d’informations.”
Existe-t-il une censure, des sujets que les médias refusent de traiter ?
RJ : “Une censure en tant que telle non. Plutôt des sujets que l’on estime ne pas être d’intérêt public.”
JFD : “Même en Chine, les infos finissent par sortir, malgré les interdictions. Certains sujets sont traités pour des raisons économiques, car on sait qu’ils rapporteront de l’argent. Mais que des choses soient « cachées », cela je n’y crois pas. Il existe cependant un danger quant à la liberté d’expression : l’argent. En effet, celui qui paye, celui à qui le média appartient, commande…”
SF : “Des sujets sensibles peuvent être abordés et des informations délicates peuvent être données, mais l’on doit alors être « béton » dans l’authenticité des faits, l’information doit absolument être contrôlée.”
A la RTS, dans un magazine, est-il possible d’exprimer un avis, ou l’objectivité est-elle toujours de mise ?
RJ : “Dans les médias qui se veulent de service public (comme la RTS), l’objectivité est effectivement de mise. Un équilibre sur les positions est nécessaire, dans les débats notamment (équilibre entre  « droite » et « gauche » par exemple). Un nombre significatif de contrôles sont d’ailleurs effectués dans ce sens, également en ce qui concerne les divers cantons, langues du pays. Il est aussi de notre devoir de toucher à des sujets divers et variés. Il existe plus de souplesse dans l’objectivité pour les services « non-publics ».
JFD : Historiquement, les presses écrites étaient rattachées à des partis politiques, il y avait une liaison. Mais les journaux en sont morts… Certains journaux conservent néanmoins des tendances, des préférences politiques palpables.
Informations utiles, conseils divers ?
SJ : “Il est possible, si cela vous intéresse, de faire partie du public de l’émission « Infrarouge » de la RTS, de même que  de visiter les coulisses. Pour se faire, allez voir sur notre site internet et prenez contact avec les personnes de référence.”
La seconde conférence-rencontre de la journée, cette fois-ci sur la presse écrite, est retranscrite dans un second article, où l’on retrouve également un compte rendu de la Table Ronde qui s’est tenue ce même jour autour du  thème : « Que peuvent apporter les presses estudiantine et alternative au panorama médiatique ? »

photo credit: Lubs Mary. via photopin cc
photo credit: martinhoward via photopin cc

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