Dans les coulisses du Festival Tous Ecrans

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FTE-equipeLe Festival Tous Ecrans a célébré son vingtième anniversaire du 6 au 13 novembre 2014, en nous proposant un programme riche de découvertes originales dans l’univers de l’image d’auteur, un programme structuré en trois sections : Cinéma, Télévision, Web & Transmédia ainsi qu’une exploration délinéarisée de l’univers audiovisuel. De plus, le Workflow a permis de rassembler les professionnels de l’audiovisuel autour de plusieurs tables rondes pour discuter du présent, et des défis à venir de la réalité médiatique. Nous avons rencontré deux personnes de l’équipe qui ont participé au succès de cet événement culturel romand et qui nous ont illustré certaines étapes de l’organisation complexe d’un festival.

La série, produit phare de la télévision

Le Festival Tous Ecrans (FTE) s’est distingué par l’attention conférée aux séries télévisées dès sa création en 1995, par Léo Kaneman, réalisateur et scénariste franco-suisse. Vingt ans après, alors que nous vivons l’âge d’or de la série télévisée, de nouvelles productions foisonnent sur toutes les plateformes, et ce produit médiatique redéfinit clairement son statut et ses caractéristiques : nouveaux personnages et nouvelles valeurs sont au centre de l’attention des spectateurs. Toutefois, même à l’ère du cross média, la combinaison de plusieurs médias dans la communication, la série garde sa place centrale dans l’intérêt du public et reste un objet passionnant.

Léo Soesanto, en charge de la Programmation séries TV a répondu à nos questions, nous livrant ainsi les secrets d’une programmation à succès. « Le public est friand de personnages complexes, fascinants qu’une série permet de déployer au fil des épisodes, sur la longueur, avec un sentiment d’intimité. Celle-ci a toujours été la clé de la télé, en direct, en différé ou sur un écran tiers. Elle entre chez les gens, dans le tramway, quand vous regardez une série sur tablette ou sur ordinateur. Ce qui est intéressant est que ces personnages ne sont ni blancs, ni noirs de nos jours, loin des Columbo et Charles Ingalls lisses d’antan, sans histoire, ni vraie profondeur. On s’attache à des serial killers (Dexter), à des mafieux (Tony Soprano), à des dealers de drogue (Walter White dans Breaking Bad), ou à des outsiders, des exclus (le nain Tyrion dans Game of Thrones), tous avec des existences chargées. Dans la compétition du FTE, la série gagnante “Transparent”, (Reflet d’or de la meilleure séries TV) présente le personnage de Mort, le père qui veut changer de sexe et qui est très représentatif de cette tendance, c’est-à-dire qu’il est quelqu’un de forcément complexe et troublant qui dit « s’être habillé en homme toute sa vie ! ».

La mise en place du programme

« Je travaille avec Emmanuel Cuénod, le directeur artistique, et Florian Pfingsttag, le coordinateur des programmes. Comme dans tout programme, il est nécessaire d’avoir un panorama de genres, de pays, même si on ne choisit pas une série « par charité » pour citer Emmanuel Cuénod, juste parce qu’elle est moldave ou guatémaltèque. Etant aussi programmateur de films dans d’autres festivals, j’avais à coeur d’avoir de grands noms du cinéma « s’encanaillant » dans les séries, comme Danny Boyle ou Del Toro ».

Léo Soesanto est journaliste de presse écrite et audiovisuelle, en charge de la sélection pour la Semaine de la critique à Cannes et Directeur artistique du Festival international du film indépendant de Bordeaux. Il nous explique son parcours après ses études universitaires :

« J’ai fait Sciences Po et un Master en Ressources Humaines à l’université Panthéon-Sorbonne à Paris, mais ma passion a toujours été de visionner des films et d’écrire sur ceux-ci. J’ai la chance d’en vivre à peu près. Je suis journaliste indépendant, j’ai commencé à écrire aux Inrockuptibles où j’écris toujours. J’ai également contribué à des émissions sur Canal Plus et à d’autres médias. La Semaine de la Critique m’a engagé parce que j’étais… critique (condition pour y être sélectionneur), alors que le Festival de Bordeaux m’a sollicité parce que j’étais « à la Semaine ». J’écris aussi sur les séries TV et je suis devenu le nouveau directeur éditorial d’une jeune revue française sur les séries, appelée Soap. Je bénéficie du fait que cinéma et séries convergent beaucoup de nos jours. Pour le FTE, j’ai simplement postulé et me voilà ! ».

Plusieurs casquettes  

Est-ce que porter plusieurs casquettes est le secret pour enrichir son bagage et être toujours innovant ? Pour Léo Soesanto c’est sûrement le meilleur remède contre l’ennui : «Au FTE, je me suis retrouvé à présenter des films et des séries, à faire des masterclass avec des showrunner (les patrons artistiques d’une série aux USA) et des cinéastes. C’est probablement le seul festival au monde qui me permette ça. Je remercie donc FTE de me permettre de concilier mes deux passions. Ce que j’ai appris, à diverses échelles de responsabilité ou de festivals est que, dans tous les cas, la polyvalence est de mise : préparer les cafés pour le jury avant une projection est aussi important que de demander de l’argent à des sponsors ou aux pouvoirs publics ».

L’organisation du « Workflow », le programme professionnel du festival

FTE n’est pas seulement images, puisque un grand espace y est consacré à la discussion, à l’échange et à la rencontre créative. En effet du 11 au 13 novembre, le FTE, la Radio Télévision Suisse et l’Université ont invité les professionnels de l’audiovisuel à une réflexion approfondie, sur les nouveaux défis numériques pour les télévisions généralistes, ainsi que sur les métiers et les produits destinés aux nouveaux médias. Enfin, le premier Forum de la Série Web Francophone a clôturé les discussions avec la présentation de neuf projets, choisis parmi les 30 en lice, et les « one-to-one meetings » ont finalisé la recherche de coproductions internationales ou d’achats.

La deuxième édition du Workflow, le programme de conférences dédiées aux professionnels de l’audiovisuel a vu trois jours denses de réflexions et de rencontres autour de 12 thématiques. Les protagonistes en étaient : la production francophone, le Canada en tant qu’hôte d’honneur, 50 intervenants et 800 participants. Derrière cet incontournable rendez-vous de la scène romande s’opère une longue et soigneuse organisation, chapeautée par Paola Gazzani Marinelli, coordinatrice du Workflow. Nous sommes allés à sa rencontre, afin qu’elle nous délivre quelques détails de son travail.

Ce processus d’organisation s’est déroulé sur à peu près cinq mois, une durée conséquente dans l’organisation d’un festival. Pour cela, Paola a participé assidûment aux séances de réflexion et de conception, avec Emmanuel Cuénod, directeur général et artistique du festival, Florian Pfingsttag, coordinateur de programmes et Oriane Hurard en charge de la  programmation Web & Transmedia. Le partenariat avec la Radio Télévision Suisse et l’Université de Genève a été très précieux et a permis de repérer les idées et les thématiques originales, fruits d’une étude précise du marché suisse romand et étranger.

Pour Paola Gazzani Marinelli, c’était un grand début. Après des études en Sciences Politiques en Italie et un master sur la culture des pays asiatique, le cinéma s’est révélé être sa voie principale. Une collaboration avec le FIFDH, le Festival du Film et Forum International sur les droits humains, et l’arrivée au Festival Tous Ecrans en 2013 au poste de responsable « infos films et catalogue » (casquette portée également cette année en parallèle de l’organisation du Workflow) ont construit son parcours.

Une organisation méticuleuse, le suivi constant des phases d’organisation jours après jours et la capacité d’être à l’écoute des exigences d’une organisation aussi complexe se révèlent être les compétences clés de son travail. Il faut noter également l’apport précieux et indispensable de son assistante Cassandre Poirier-Simon.

Un tel festival demande donc une organisation complexe faisant appel à une véritable équipe. Durant les différentes étapes, du choix des programmes à l’organisation en elle-même, chacun a un rôle important à jouer pour qu’au final le festival soit un succès aux yeux du public.

Photo credit : Copyright Rebecca Bowring

Comments

  1. Wendt Juan-Carlos

    Malgré toutes les informations détaillées dans cet article, je peux m’imaginer que l’organisation d’un tel événement est bien plus complexe dans sa totalité… Mais bravo pour cette mise en bouche…

    • Anonyme

      Oui, un festival est le fruit du travail de beaucoup de personnes, sans oublier tous les bénévoles qui collaborent très activement à la réussite de tels événements! Bravo à tous!

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