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De Téhéran à Genève : une ingénieure construit sa voie

Écrit par Souleima Majeldi
Paru le 13 mai 2026
ingénieure
Entretien avec Elham Abbassi

Diplômées universitaires, expérimentées et mobiles à Genève, les femmes migrantes hautement qualifiées incarnent un paradoxe au cœur des marchés du travail globalisés, où la reconnaissance des compétences et l’intégration professionnelle peuvent varier fortement en fonction des parcours et des contextes. C’est le cas d’Elham Abbassi, ingénieure iranienne spécialisée en développement logiciel et en intelligence artificielle. Derrière ce profil technique se dessine surtout une trajectoire marquée par la persévérance, la curiosité intellectuelle et une remarquable capacité à rebondir.

Installée à Genève, mère d’un enfant et titulaire d’un master en transformation numérique de l’Université de Genève, elle incarne un parcours où les compétences ne se limitent pas aux diplômes, mais se construisent aussi dans l’adaptation permanente et l’apprentissage continu.

Son arrivée en Suisse ne représente pas seulement un changement, mais aussi un nouveau départ exigeant. Confrontée à un environnement professionnel différent, elle ne renonce pas à son domaine : elle explore, s’adapte et continue d’avancer, en mobilisant ses compétences dans des contextes variés, allant d’un apprentissage en bijouterie à des stages techniques.

Ce parcours, loin d’être linéaire, révèle une détermination constante à rester en mouvement, à apprendre encore et à reconstruire progressivement un espace professionnel à la hauteur de son expertise en ingénierie.

 

Un parcours exceptionnel d'ingénieure en Iran … mis en veille suite à la migration

Elham est née à Téhéran au sein d’une famille de classe moyenne, où ses deux parents, tous deux universitaires, accordent une importance centrale à l’éducation. Très tôt, elle s’oriente vers les disciplines scientifiques et choisit naturellement de suivre une filière en mathématiques durant l’enseignement secondaire.

Ce choix s’inscrit dans la continuité de son parcours scolaire. Dans un système éducatif séparé entre filles et garçons, elle évolue dans un environnement où les filières scientifiques ne sont pas perçues comme masculines, mais comme des orientations scolaires naturelles et accessibles.

Elle poursuit ensuite ses études à «Islamic Azad University», où elle s’oriente vers l’ingénierie informatique. Jusqu’au milieu des années 2010, son parcours reste relativement linéaire, inscrit dans une trajectoire académique stable.

 

Le rôle central du capital social

À la fin de ses études, Elham s’est retrouvée confrontée à la réalité du marché du travail. Trouver un emploi correspondant à ses qualifications et à ses ambitions n’était pas évident. À la différence de ses collègues masculins, qui avaient plus de facilité à trouver des emplois et à être acceptés, notamment parce qu’une grande partie d’entre eux avaient effectué des stages durant leurs années universitaires.

« Le fait d’être une femme n’a pas été un frein pour étudier. En revanche, pour accéder au marché du travail, c’était différent. Les hommes trouvaient plus facilement des opportunités, notamment parce qu’ils cherchaient plus tôt à travailler et à gagner de l’argent » affirme Elham.

C’est grâce à l’intervention de son père, qui occupait un poste de responsable à la mairie de Téhéran, qu’elle a eu l’occasion de décrocher son premier emploi : éducatrice de femmes adultes dans le cadre de programmes de réduction de la fracture numérique. Elle avait également pour tâche d’assurer les mises à jour du site web de la mairie. Puis, c'est à travers l'intervention de son oncle qu'elle décroche deux autres propositions de travail plus ambitieuses.

 

D'une rencontre à un tournant…

En 2014, et en même temps que de nouvelles opportunités professionnelles se sont proposées, Elham rencontre son futur époux. Cette rencontre marque un tournant décisif dans sa vie : elle choisit alors de décliner ces opportunités professionnelles pour se marier et s’installer à Genève, amorçant ainsi un changement géographique et professionnel majeur, porté par un rêve d’un monde meilleur.

« À l’époque, je voyais la Suisse comme une opportunité, notamment professionnelle. Je pensais que ce serait plus simple de trouver du travail avec mon diplôme. En réalité, ça n’a pas été le cas ».

 

« Une autre planète » : le choc de l’arrivée

L’arrivée à Genève marque une rupture profonde. Malgré une bonne maîtrise de l’anglais, la barrière linguistique et les codes sociaux rendent les premiers mois particulièrement difficiles. « J’avais l’impression d’être sur une autre planète », confie-t-elle.

Avant même de penser à travailler, il lui faut apprendre à vivre dans ce nouvel environnement : lire les enseignes, comprendre l’environnement, les démarches, les institutions, les interactions du quotidien. Cette phase d’adaptation, souvent invisible, constitue pourtant une étape déterminante dans les trajectoires migratoires.

L’un des principaux obstacles rencontrés est l’absence de réseau, confirme-t-elle. Contrairement à son expérience en Iran, où les premières opportunités professionnelles étaient facilitées par des relations, elle doit ici reconstruire entièrement son capital social.

Elle réalise qu’à Genève, le simple fait d’être diplômée ne suffit pas toujours pour accéder à un emploi, en particulier pour les femmes issues de la migration. Elle le résume ainsi : « Même avec un diplôme, ce n’est pas facile de trouver sa place. Ici, il faut tout reconstruire, même quand on a déjà une carrière. »

Elle comprend alors qu’une stratégie d’action différente de celle adoptée en Iran est nécessaire, impliquant de nouvelles formes d’adaptation, de patience et de repositionnement professionnel.

 

Parcours atypique : bijouterie et pause professionnelle involontaire

L'inactivité était difficile à vivre pour Elham. C’est dans cette dynamique qu’elle prend l’initiative de proposer son aide à une artisane tenant une boutique de bijouterie, donnant ainsi naissance à une opportunité de formation et de collaboration. Elle débute alors un apprentissage en bijouterie et participe également aux activités de vente.

Même si cette expérience est éloignée de son domaine d’expertise, elle y trouve un espace pour créer, se sentir utile et sortir de son isolement. Elle la considère aussi comme un moyen concret d’intégration et d’apprentissage des codes sociaux de la ville.

L’expérience dure plus de deux ans. Au fil du temps, cette période de transition nourrit également une réflexion plus structurée autour de projets à dimension sociale, qui commence à prendre de l’ampleur.

 

La maternité comme moment de bifurcation

La naissance de son enfant a constitué un tournant majeur dans son parcours professionnel, « J’ai tout arrêté pendant trois ans pour mon enfant », confirme-t-elle.
Encore une fois, elle fait le "choix" de mettre sa carrière entre parenthèses pour se consacrer pleinement à son enfant pendant trois ans.

 

La superwoman et le rattrapage du temps passé…

À la suite de la pandémie de Covid-19, Elham reprend ses études afin de mettre à jour ses compétences et augmenter ses chances de réinsertion professionnelle. Elle s’inscrit à un master en transformation numérique à l’Université de Genève, où elle se distingue, puis obtient un stage d’une année dans une entreprise fédérale à Genève.

Elle attribue en grande partie ces opportunités au soutien déterminant de deux femmes : une enseignante à l’université et sa directrice de stage. Toutes deux ont joué un rôle clé de soutien, de confiance et de reconnaissance de ses compétences, en l’accompagnant dans des contextes exigeants et en facilitant son accès à de nouvelles opportunités professionnelles. Leur engagement illustre une forme de solidarité féminine discrète, mais essentielle dans la reconfiguration de son parcours.

 

Les décalages entre milieu universitaire et milieu professionnel

À Genève, la reprise des études constitue pour Elham une étape exigeante, mais particulièrement constructive. Elle doit se réadapter à un rythme académique soutenu après plusieurs années d’interruption, tout en conciliant ses responsabilités familiales. Le décalage générationnel avec des étudiants plus jeunes représente parfois un défi, mais cette expérience est globalement vécue de manière très positive. Elle souligne notamment la qualité de l’encadrement universitaire, marqué par l’écoute et l’encouragement des enseignants, qui ont contribué à renforcer sa confiance et à consolider sa reprise d’études.

L’entrée dans le monde professionnel, à travers son stage d’un an à la Centrale de Compensation CdC à Genève, introduit d’autres codes et modes de fonctionnement. Elle intègre une équipe, dans un environnement structuré autour de logiques de performance et d’autonomie.

 

Les ajustements interculturels, relationnels et le développement des compétences

Durant cette période, Elham fait également l’expérience de différences dans les styles de communication et les codes relationnels du milieu professionnel. Certains échanges, plus directs, nécessitent un temps d’adaptation et constituent une nouvelle manière d’interagir dans un contexte professionnel exigeant.

Dans cette continuité, elle décide de s’inscrire à des cours de théâtre afin de renforcer ses compétences en communication, sa prise de parole et sa confiance en elle. Cette démarche volontaire s’inscrit dans une logique d’apprentissage continu et illustre sa capacité à transformer les difficultés d’adaptation en opportunités de développement personnel et professionnel.

 

Une intégration positive dans un environnement bienveillant

En 2026, Elham rejoint un stage qu’elle considère comme une réelle opportunité professionnelle. Elle évolue dans un environnement bienveillant, où son travail est reconnu et où l’encadrement favorise son apprentissage et son intégration.

Elle se voit confier des responsabilités en lien avec sa formation en transformation numérique, notamment le développement d’un “sociomètre” permettant d’analyser les interactions entre les différents départements à travers un outil informatique. Ce projet lui offre une expérience concrète et formatrice, en lien direct avec ses compétences.

 

Un chemin encore en construction

Le parcours d’Elham reste en évolution, marqué par la volonté d’accéder à un emploi en adéquation avec ses qualifications et son potentiel. Elle avance avec détermination, tout en composant avec plusieurs responsabilités familiales et professionnelles, ainsi que la recherche d’un équilibre entre sphère privée et engagement personnel.

Son expérience illustre la complexité des trajectoires de migration qualifiée, où la reconnaissance des compétences ne va pas de soi et se construit progressivement. Elle met en lumière des parcours faits d’ajustements, de persévérance et de recompositions, dans lesquels la migration redéfinit les repères professionnels et l’accès aux réseaux, tout en ouvrant de nouvelles possibilités de transformation.

 

Crédit photo : Kendra ; Kendra Garcia Hofer

Souleima Majeldi

Titulaire d’un doctorat en sociologie culturelle, je suis chercheuse spécialisée dans les questions de genre, de diversité culturelle et de droits humains, et gestionnaire de projet certifiée PMP, avec plus de vingt ans d’expérience dans la conception et la coordination de projets sociaux et internationaux. J’ai collaboré avec des organisations internationales, des institutions académiques et des associations pour promouvoir l’égalité de genre, le développement et les droits des femmes. Mon engagement : bâtir des sociétés plus justes et inclusives, où les populations vulnérables – en particulier les femmes – ne subissent plus de discrimination, et partager des analyses accessibles pour valoriser les initiatives porteuses de changement.

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