Des signes qui ne trompent pas

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Souffrant d’un manque parfois criant de considération au vu de leur handicap, beaucoup reste à faire afin d’enseigner aux entendants le respect de la différence de tout un chacun, en l’occurrence les personnes atteintes de surdité.

Le silence se doit d’être audible de tous, il s’écoute

Avec 10 000 personnes sourdes et près d’un million de personnes malentendantes, la Suisse peine encore à mettre en place des solutions viables et pérennes aux problèmes rencontrés par une partie non-négligeable de sa population.

Prétendre au vivre ensemble, c’est avant tout apprendre à se comprendre

Le 4 mars dernier, à Berne, la langue des signes était au cœur du débat. Le Grand Conseil s’apprêtait à faire la sourde oreille aux propositions du député Mohamed Hamdaoui, sujet lui aussi à une forme d’incapacité, la poliomyélite.

 

Mon handicap est visible ! Leur souffrance, elle, est silencieuse

 

D’un côté, une demande fondamentale de l’élu, visant à imposer la reconnaissance officielle de la communication par les gestes dans l’administration du canton, faisant écho à celle déjà adoptée à Genève. De l’autre, les réticences du législatif, arguant qu’il serait disproportionné d’adopter un acte fondé sur une seule forme spécifique d’handicap.

Tous ne s’entendirent sur la forme, mais tous s’attachèrent à débattre du fond. Dès lors, remaniée puis adoptée, la motion se transforma en postulat. Le projet de loi se métamorphosa en simple rapport. Une victoire au goût amer diront certains, alors que d’autres auront le sentiment d’avoir été entendus. L’institution ne pourra pas bien longtemps se dérober aux responsabilités qui lui incombent. Immenses au demeurant.

En attendant, car il faudra attendre, il fait sens de rappeler que ce n’est pas la victoire qui rend beau, mais le combat.

Il y a toujours eu des langages gestuelles

À défaut d’être invisible, le langage des sourds et des malentendants a toujours eu du mal à exister. Entre incompréhensions, revirements et décisions dramatiques, les faits historiques ne plaident pas en faveur de la cause. A cela de cruel est sans doute le fait d’avoir ostensiblement ignoré son enseignement.

Même si l’existence de communautés sourdes est avérée durant l’Antiquité, même si le XIXe siècle voit émerger de grandes figures de sourds lettrés, la langue du corps n’a que rarement attisé l’empathie chez le plus grand nombre.

Fais-moi signe

Nous choisissons nos amis, mais pas notre famille. Serait-ce à dire que les personnes n’ayant jamais eu la capacité d’entendre ou l’ayant perdue au cours de leur existence forment une seule et même famille ? Devrions-nous distinguer une personne atteinte de surdité sévère et profonde de son cousin malentendant ? Il serait intéressant d’interroger les premiers concernés. Encore faudrait-il maîtriser un de ces langages, ô combien visuels !

Oui, en langue des signes, chaque pays a son propre vocabulaire, sa propre grammaire et un lexique en constante évolution. A la richesse linguistique s’ajoutent les variantes régionales, assimilables aux accents ; et l’on se surprend à croire que les phénomènes, déjà observés dans les langues orales, n’ont rien d’étrange. Les expressions faciales et les mouvements du corps se substituant à la parole.

L’école, vecteur d’intégration 

Les études dévoilent qu’une écrasante majorité d’enfants sourds ont des parents entendants, ce qui revient à dire que leur langue maternelle n’est pas « signée » mais parlée. Notons également la distinction à faire entre ceux qui sont nés sourds ou devenus sourds très tôt et ceux qui le sont devenus après l’apprentissage d’une première langue.

Deux constats qui valident l’idée que l’enfant sourd (voire l’entendant) devrait suivre un enseignement authentiquement bilingue, à la fois en langue des signes et de la langue des signes en première langue ainsi que le français écrit en seconde.

Les signes d’espérance ne manquent pas. D’inquiétude non plus, car seulement un faible pourcentage d’enfants ayant perdu l’audition pratique cette approche pédagogique.

Un arbre qui tombe ne fait-il du bruit que s’il y a quelqu’un pour l’entendre ?

 

Lectures complémentaires :

Plainpalais, la plaine de surprises par Alexandre Tabary

Des stigmates du réel aux frontières de l’irrationnel par Alexandre Tabary

Sources :

Le Matin – Députés pas 100% sourds à la revendication des malentendants

RTS – La langue des signes, comment ça marche

SGB-FSS – Fédération Suisse des Sourds

 

Crédits Photo : Jo Hilton sur Unsplash

Alexandre Tabary Alexandre Tabary

Tour à tour attaché de presse, animateur culturel et assistant administratif, mon parcours atypique m’a permis d’approfondir mes connaissances professionnelles et développer des compétences naturelles, à savoir mon côté diplomate, mes aptitudes créatives et mon sens de l’organisation.

Au bénéfice de plusieurs années d’expériences dans l’administration, dont sept à l’international, j’ai su m’enrichir de rencontres multiculturelles et de points de vue différents.

A même de remplir des fonctions multitâches en plus de garantir un support opérationnel efficace, je favorise l’harmonie et la fluidité dans mes interactions avec la bienveillance qui me caractérise.

Mon habilité d'analyse et ma capacité d’intégration me permettent de m’investir activement dans ce que j’entreprends.

Doté d’un solide esprit d’équipe, optimiste, animé par la volonté de contribuer au bien-être de tous et limiter l’impact de l’Homme sur notre environnement, j’aime à croire que nous sommes capables de faire émerger de nouvelles solutions.

Et si nous posions un regard neuf sur les choses que nous pensons connaître !?

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