Travailler moins, ou plus du tout, pour mieux vivre. Utopie ou réalité ?

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frugalisme

Arrêter de “worker” comme un dingue dès la quarantaine venue, c’est possible. Mais cela a un prix : business plan, économies tous azimuts et placements financiers à haut risque.

Adieu labeur, stress, restructurations, flexibilité, manque de sens et d’épanouissement personnel. Bonjour, temps pour soi et ses proches aimés, plages et cocotiers, monastères et montagnes apaisées. En anglais, la tendance se nomme “early retirement”. Version française, le frugalisme. C’est le rêve caressé par de multiples salariés, qui ne jouent pas forcément au Loto.

S’interrompre tôt implique néanmoins une discipline, voire une ascèse. Soit être susceptible de mettre beaucoup d’argent de côté, consommer moins (jusqu’à 15 % du train de vie habituel) et assurer une longue durée à la retraite précoce par des placements financiers avisés, mais souvent axés sur des sociétés peu équitables.

D’autres expériences du frugalisme sont l’occasion pour les personnes qui ont fait ce choix de se rendre davantage utiles à la société, en dégageant du temps pour être bénévole dans le domaine social ou humanitaire, par exemple.

 

Ego trip pour les happy few?

Aux hippies et altermondialistes désireux de changer la société et les rapports de force qui y prévalent ont succédé des individus apolitiques, hyper-individualistes et égotistes, selon certains, qui veulent simplement changer leur vie, en étant notamment adeptes de la déconsommation. Pour y parvenir, ils échafaudent des stratégies très poussées. Le but est souvent identique : accumuler le plus rapidement possible un capital afin de se retirer de la vie active et retrouver un mode de vie estimé plus sain. «Stratège du quotidien», le frugaliste type serait ainsi une personne entre 35 et 50 ans issue de la classe moyenne. Cela exclut une grande partie de la population, dont le salaire est mobilisé exclusivement pour la subsistance.

Aux États-Unis et en Europe, l’early retirement fait l’objet de nombreux blogs. Parmi les plus suivis, celui de Mr Tako. Sur son site, on apprend qu’il s’est retiré à l’âge de 38 ans, que son compte bancaire affiche plus de trois millions de dollars, et que le montant annuel de ses dividendes s’élève à 53 504 dollars. Mais comment, diable, le pas encore vieux Mr Tako a-t-il réussi ce tour de force ? Il explique avoir commencé par mettre de côté la moitié de ses revenus (100 000 dollars par an). Ce, jusqu’à parvenir à économiser, avec son épouse, plus de 2 millions de dollars.

Plusieurs études relèvent que le frugalisme se limiterait aux classes moyennes et supérieures à fort pouvoir d’achat. Dans le même temps, cette tendance témoignerait de l’effritement du culte de la performance comme indicateur de réussite sociale.

 

Frugalisme : rapport au travail bouleversé

Ce mouvement génère nombre d’interrogations ouvertes et problématiques, qui demeurent sans réponses tranchées. Pourquoi cette volonté de plier bagage du monde professionnel, alors même que l’exercice d’une profession est ce qui conditionne, forge et définit encore essentiellement notre identité et notre place dans la société ?

Mais il y a plus crucial encore. Si les personnes actives ne cotisent plus pour les générations à venir, que deviendra la nécessaire solidarité entre générations ? Avec les discussions actuelles sur le revenu universel, qui a fait l’objet d’une votation en Suisse (l’initiative « Pour un revenu de base inconditionnel », rejetée par 76,9% des citoyens, le 5 juin 2016), est-ce une preuve que la valeur et les politiques privées et publiques attachées au travail doivent être redéfinies ?

Le revenu de base est un revenu minimum immuable, cumulatif avec d’autres revenus et versé à tous de la naissance à la mort. Un tel dispositif a déjà été testé dans différents pays alors que la robotisation des tâches confirme l’avènement d’un chômage de masse d’une ampleur encore inconnue dans l’histoire de l’humanité post-industrielle. Et met en péril la cohésion sociale. En ce sens, le frugalisme peut ressembler, par certains aspects, à une Arche de Noé réservée à un nombre restreint de privilégiés ou non, travaillant souvent très dur pour y embarquer.

 

Pour en savoir plus :

 

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Bertrand Tappolet Bertrand Tappolet

Professionnel de la communication et des relations publiques, je maîtrise la gestion de projets, du concept à l’évaluation et la promotion, en me servant des stratégies et outils les plus pertinents. Journaliste, je suis créateur de liens et sais mettre en valeur personnes, institutions et réalisations.

As a professional in communications and public relations, I am adept at promoting cultural activities, productions and events using the most appropriate tools. I create links between clients and target audience.

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